Des experts canadiens en défense voient d'un bon oeil la décision du président Donald Trump de créer une force spatiale aux États-Unis et le directeur d'un groupe de réflexion suggère même que le Canada devrait emboîter le pas aux Américains.

Mis à jour le 5 janv. 2019
PETER RAKOBOWCHUK LA PRESSE CANADIENNE

Matthew Overton, le directeur principal de la Conférence des Associations de Défense, croit que le gouvernement canadien aurait avantage à songer à une force spatiale, car selon lui, il faut penser l'espace comme une « entité distincte qui mérite de l'attention et de l'expertise ».

Mais ce n'est pas quelque chose qui peut être fait immédiatement, a-t-il reconnu. Selon lui, le Canada devrait d'abord instaurer un centre d'excellence sur les connaissances spatiales.

Le mois dernier, Donald Trump a fait un premier pas vers une force spatiale lorsqu'il a signé un décret pour ordonner la création d'un commandement spatial américain, qui regroupe les unités liées à l'espace de tous les services militaires au sein d'une organisation coordonnée et indépendante.

Cette décision survient alors que plusieurs craignent que la Chine et la Russie travaillent à trouver des moyens de perturber, de désactiver ou même de détruire des satellites américains.

L'armée de l'air américaine dirige un commandement de l'espace depuis 1982 et a pour mission « de fournir à la force aérienne des capacités spatiales résilientes, défendables et abordables ». Il exploite également le mystérieux avion spatial X-37B, un véhicule d'essai orbital. L'avion sans pilote a déjà effectué quatre missions clandestines, transportant des charges utiles classifiées sur des vols de longue durée.

Une unité spatiale au Canada

Matthew Overton, qui a servi 39 ans dans les Forces armées canadiennes, a rappelé que l'Aviation royale canadienne avait déjà une unité spatiale, qui est dirigée par le brigadier général Kevin Whale. Sa mission est de « maintenir la surveillance du domaine de l'espace et de développer, livrer et assurer des capacités spatiales », a indiqué un porte-parole par courriel.

Selon M. Overton, établir une force spatiale américaine est sensé, mais il s'attend à des tensions lorsque la nouvelle entité se mettra au travail avec d'autres branches de l'armée. Il a donné l'exemple du réseau GPS, qui est crucial pour les forces terrestres, aériennes et maritimes, mais qui pourrait aussi devenir une responsabilité de la force spatiale.

« Quelle est la relation avec les autres forces ? Comment cette dynamique fonctionnera ? », s'est-il demandé.

Wayne Ellis, qui a été dans l'armée pendant 20 ans, croit lui aussi que les Américains ont pris une bonne décision.

« Je pense qu'il y a suffisamment d'activité et d'activités potentielles pour concentrer les ressources dans ce domaine, qui mérite probablement une séparation des forces aériennes », a déclaré en entrevue M. Ellis, un ancien président de la Société spatiale canadienne.

« Peut-être qu'il y a maintenant une bonne occasion d'envisager une branche totalement séparée - du moins pour les États-Unis. »

Il a souligné que les militaires canadiens travaillaient aux côtés de l'armée américaine depuis des décennies. « Un grand nombre de ces postes sont en réalité des postes liés à l'espace dans différentes bases, alors à un moment donné, notre personnel affecté interagira avec la force spatiale américaine au fur et à mesure de sa mise en place », a-t-il expliqué.

Un espace militaire ou pacifiste ?

James Bezan, le porte-parole conservateur de la défense, souhaite avoir plus de détails sur les capacités spatiales envisagées par les Américains.

« Pour le Canada, je crois que nous devons regarder cela et voir comment cela évolue », a-t-il déclaré.

Avant que le Canada envisage de créer sa propre force spatiale, a-t-il ajouté, il devrait se concentrer à rendre le NORAD - le commandement bilatéral de la défense aérospatiale nord-américaine - plus efficace.

« Je pense que toute coopération que nous entretenons avec les États-Unis dans le cadre de la défense nord-américaine et de l'aérospatiale devrait faire partie des discussions du NORAD », a-t-il soutenu.

Randall Garrison, le porte-parole néo-démocrate en matière de défense, critique le plan des Américains.

« Les néo-démocrates sont fondamentalement opposés à la militarisation de l'espace et sont convaincus qu'il ne devrait être utilisé par l'humanité entière qu'à des fins pacifiques », a-t-il écrit dans un courriel.

M. Overton a souligné que l'espace était exploité depuis longtemps à des fins militaires et qu'il était impossible de l'éviter.

Le bureau du ministre de la Défense a déclaré dans un communiqué que « les capacités spatiales sont devenues essentielles pour les opérations du Canada au pays et à l'étranger. »

« C'est pourquoi la politique de défense du Canada [...] s'engage à investir dans un éventail de capacités spatiales telles que les communications par satellite, pour aider à atteindre une couverture mondiale, y compris dans l'Arctique. »

Le communiqué poursuit en disant que le « Canada continuera à promouvoir l'utilisation pacifique de l'espace et à jouer un rôle de premier plan dans l'établissement de normes internationales en matière de comportement responsable dans l'espace ».