Source ID:579928; App Source:cedromItem

Disparition de femmes autochtones: «nous avons été ignorés»

Laurie Odjick a dû insister pendant des mois... (PHOTO TIRÉE D'UNE VIDÉO, MARTIN LEBLANC, LA PRESSE)

Agrandir

Laurie Odjick a dû insister pendant des mois pour convaincre la police que sa fille n'avait pas simplement fugué.

PHOTO TIRÉE D'UNE VIDÉO, MARTIN LEBLANC, LA PRESSE

Laurie Odjick voit approcher la date du 6 septembre avec une boule dans l'estomac. Ce jour-là, il y aura exactement six ans que sa fille Maisy a disparu sans laisser de traces.

Le 6 septembre 2008, l'adolescente de 16 ans et son amie Shannon Alexander, 17 ans, originaires de la communauté autochtone de Kitigan Zibi, se sont littéralement évaporées. Elles devaient passer le week-end seules chez Shannon, dont le père s'était absenté pour quelques jours. Lorsqu'il est revenu, les filles n'étaient pas là.

Depuis, les familles n'ont eu aucune nouvelle. Pas de piste. Zéro indice. Rien.

Alors que les appels à une commission d'enquête nationale sur la mort et la disparition de près de 1200 femmes autochtones en 30 ans au Canada se multiplient, Laurie Odjik a accepté de nous accorder une entrevue. Une entrevue pleine d'amertume, de tristesse et de désespoir.

«Quand Maisy a disparu, personne n'est venu vers nous pour nous soutenir. C'est moi qui ai dû aller cogner aux portes pour avoir de l'aide. Ce n'est pas normal.» Elle n'a pu compter que sur sa famille et ses amis.

Pire encore, il lui a fallu des mois pour convaincre la police que sa fille n'avait pas simplement fugué. «Pourtant, je la connais. En voyant qu'on la cherchait comme ça, elle aurait appelé à la maison. Même si c'était pour nous dire qu'elle ne reviendrait pas.»

Délai de six mois

La GRC a mis six mois avant d'ajouter les photos des deux adolescentes à sa liste des personnes disparues, et la famille de Maisy a dû faire une collecte de fonds pour offrir une récompense. Il a fallu deux ans.

Sans compter que les dossiers des deux adolescentes ont longtemps été traités séparément: celui de Maisy par la police de Kitigan Zibi et celui de Shannon, qui habitait Maniwaki, par la Sûreté du Québec.

«Je me souviens de l'histoire d'un petit garçon blanc qui était disparu de chez lui. Il y avait eu un tel ralliement autour de sa famille... J'aurais aimé avoir la même chose. Mais nous avons été ignorés.»

Le nom de sa fille et celui de son amie se sont ajoutés dans le silence à ceux de 162 femmes autochtones disparues au Canada, dont une autre au Québec, selon un récent rapport de la GRC.

Selon le même document, 46 meurtres de femmes autochtones ont été répertoriés au Québec depuis 1980.

«Certains ont l'impression que ce n'est pas un problème qui touche le Québec, et c'est vrai que la proportion n'est pas la même ici. Mais il y en a, des meurtres et des disparitions, et chacun est de trop», dit la présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi.

Comme Laurie Odjik, elle croit que les disparitions de femmes autochtones ne sont pas traitées comme les autres. «Quand on voit des histoires horribles comme celle de Cédrika Provencher, les gens se disent: «Elle, elle est nous. Elle est de notre gang. Il faut se mobiliser.» Quand c'est une Autochtone, c'est les autres.»

Une réalité «affolante», dit-elle, qu'il faut à tout prix corriger. «C'est comme s'il était entendu que les femmes autochtones fuguent. Oui, il y en a qui fuient. Mais ça ne justifie pas cette espèce d'inertie.»

Sombre anniversaire

Laurie Odjick, elle, se sent déjà plus écoutée. Un nouvel enquêteur de la Sûreté du Québec s'occupe du dossier de sa fille, et elle lui fait confiance.

Cela ne rend pas l'attente plus facile.

«Chaque journée est difficile. Je me lève le matin en pensant à elle et je me couche le soir en pensant à elle.» Ce qu'elle n'arrive pas à comprendre, c'est qu'il n'y ait absolument aucun indice. «C'est sûr que quelqu'un sait quelque chose. Deux jeunes femmes n'ont pas été rayées de la carte comme ça sans que personne n'ait rien vu.»

Six ans plus tard, à l'aube d'un sombre anniversaire, la femme garde de même un peu d'espoir: «Je n'arrêterai pas de me battre tant que je n'aurai pas eu de réponse. J'espère juste qu'elle est en sécurité et qu'elle ne vit pas l'enfer. On voit tellement de choses sur le trafic humain. Ça me fait peur, mais j'essaie de ne pas y penser. Sinon, je ne tiendrai pas le coup.»

Toute information concernant Maisy Odjick et Shannon Alexander peut être communiquée à la Centrale d'information criminelle de la Sûreté du Québec au 1-800-659-4264.




À découvrir sur LaPresse.ca

la boite: 1600127:box; tpl: 300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Actualités

Tous les plus populaires de la section Actualités
sur Lapresse.ca
»

Autres contenus populaires

La liste:-1:liste; la boite:219:box; tpl:html.tpl:file
image title
Fermer