Des autochtones de partout au pays se mobilisent contre le superprojet d'oléoduc Énergie Est, qui permettrait d'acheminer le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta jusqu'au Nouveau-Brunswick en passant par le Québec.

Mis à jour le 20 mai 2014
Martin Croteau LA PRESSE

Des membres d'une cinquantaine de communautés autochtones de l'Alberta au Nouveau-Brunswick se sont réunis à Winnipeg, récemment, pour élaborer une stratégie qui vise à stopper la construction de ce pipeline par la société albertaine TransCanada.

La rencontre rassemblait surtout des militants et des citoyens. Mais la présence du grand chef Derek Nepinak, de l'Assemblée des chefs du Manitoba, témoigne d'un «sentiment d'unité grandissant» au sein des Premières Nations contre le projet, selon Clayton Thomas-Muller, du Réseau environnemental autochtone.

«Le projet Énergie Est est une nouvelle proposition, a-t-il dit. Vous verrez l'émergence d'une opposition farouche, comme vous l'avez vu avec le projet Northern Gateway en Colombie-Britannique.»

Un seul représentant du Québec était présent à la rencontre de Winnipeg. Il s'agit de Clifford Nicholas, un résidant de Kanesatake, non loin de Montréal. Des membres de sa communauté se sont mobilisés contre l'inversion du flux du pipeline 9B d'Enbridge, l'automne dernier, et ont organisé une manifestation contre le projet.

M. Nicholas craint une catastrophe s'il y avait déversement près du lac des Deux Montagnes, aux abords de sa communauté.

«Le danger, c'est l'eau, a-t-il dit. On sait que les pratiques des compagnies pipelinières ne sont pas les meilleures. Il y a eu plusieurs déversements.»

Quelque 155 communautés autochtones sont bordées, de près ou de loin, par le futur oléoduc. La société TransCanada, qui pilote le projet, dit avoir signé des lettres d'entente avec une soixantaine d'entre elles.

Ces lettres ne constituent pas une adhésion au projet, concède l'entreprise, mais elles indiquent que les leaders de ces communautés sont ouverts à dialoguer avec elle.

«Nous avons engagé la conversation avec les communautés des Premières Nations et Métis tout au long du trajet d'Énergie Est, et ce, très tôt dans le processus, a indiqué le porte-parole de l'entreprise, Philippe Cannon. Nous croyons fermement que c'est en ayant un dialogue ouvert que nous pouvons maintenir de bonnes relations.»

Un rôle-clé

Sur la côte Ouest, les Premières Nations jouent un rôle de premier plan dans l'opposition au projet d'oléoduc Northern Gateway. Le gouvernement Harper doit décider dans les prochaines semaines s'il donne son approbation à cette initiative d'Enbridge, qui a reçu le feu vert de l'Office national de l'énergie.

Plusieurs s'attendent à ce que, même avec l'aval d'Ottawa, des Premières Nations invoquent les droits qui leur sont conférés par la Constitution et par les traités pour contester le projet devant les tribunaux. Des communautés de la côte du Pacifique craignent qu'un déversement n'anéantisse leur mode de vie.

L'entrée en scène des Premières Nations dans le débat sur Énergie Est prouve que l'opposition gagne du terrain, selon le porte-parole de Greenpeace, Patrick Bonin.

«Ça montre que ce n'est pas une poignée d'extrémistes qui sont préoccupés par cette question, a-t-il indiqué. C'est autant des scientifiques que des Premières Nations. Et ce genre de front uni, c'est ce dont on a besoin face à un gouvernement déterminé à faire approuver ce projet et face à un puissant lobby pétrolier.»

TransCanada a levé le voile sur Énergie Est l'été dernier et a déposé une demande préliminaire à l'Office national de l'énergie en mars.

Selon le plan actuel, TransCanada convertirait son gazoduc qui relie l'Alberta à l'Ontario. La société construirait ensuite un nouvel oléoduc entre Cornwall et le Nouveau-Brunswick.

L'entreprise projette aussi de bâtir un port à Cacouna, dans le Bas-Saint-Laurent, d'où elle souhaite exporter du pétrole bitumineux. Elle prévoit réaliser des forages préparatoires dans le secteur au cours des prochaines semaines.