L'enquêteur correctionnel s'inquiète de l'augmentation des cas d'automutilation dans les pénitenciers fédéraux, dans son rapport annuel rendu public hier.

Publié le 23 oct. 2012
Hugo de Grandpré LA PRESSE

Le rapport de M. Sapers indique aussi que le nombre de détenus augmente, de même que le nombre d'incidents violents, de blessures, de fouilles ou de confinements aux cellules, de recours à l'isolement ainsi que de double occupation.  

Pour ce qui est de l'automutilation, le nombre d'incidents a plus que doublé depuis 5 ans, a indiqué Howard Sapers. On en a répertori 822 en 2010-2011, chez 304 détenus. Près de 50 % de tous les incidents sont le fait de détenus autochtones.  

«Bien que l'automutilation ait déjà été principalement associée aux délinquantes, de plus en plus de jeunes hommes adoptent ces comportements derrière les barreaux», a précisé l'enquêteur.

Les actes vont de l'entaille avec une lame de rasoir à des coupures à la bouche avec des canettes, en passant par des coups de tête contre les murs et l'ingestion d'objets dangereux.

Le fait que le personnel ait de plus en plus recours à la force pour interrompre ou prévenir ces incidents préoccupe particulièrement l'enquêteur. «Dans certains cas, les mesures utilisées pour arrêter ou prévenir les comportements d'automutilation peuvent en fait renforcer ces comportements», a-t-il souligné.  

Surpopulation et autres préoccupations

Par ailleurs, «de mars 2010 à mars 2012, le nombre total de détenus est passé de 14 027 à 14 983», a noté Howard Sapers.

«On s'attend à ce qu'il continue d'augmenter, a-t-il ajouté, au fur et à mesure que se feront sentir les effets des réformes stratégiques et législatives récentes, comme la Loi sur l'adéquation de la peine et du crime, la Loi sur la lutte contre les crimes violents et la Loi sur la sécurité des rues et des communautés.»

Or, la population carcérale est de plus en plus touchée par des problèmes de santé mentale. Plus de 9000 délinquants ont obtenu des soins de santé mentale en établissement dans la dernière année, «ce qui signifie que le nombre d'interventions en matière de santé mentale a dépassé 45% de l'ensemble de la population», a précisé l'enquêteur.

Selon lui, l'occupation double qui augmente est loin d'aider la situation. À 17,2 %, le taux d'occupation double frôle maintenant le sommet de 20 % atteint en 1994. C'est aussi le seuil maximal établi par les directives du gouvernement. «La surpopulation carcérale mine la capacité d'assurer une garde humaine, sûre et sécuritaire», met en garde le rapport.

Le SCC a d'ailleurs signalé 1248 agressions et bagarres entre détenus, «une hausse de près de 33% en quatre ans».

Les pensionnaires des pénitenciers fédéraux passent aussi «plus de temps enfermés dans leur cellule en raison de l'interruption des activités».

«En tout temps, a indiqué l'enquêteur correctionnel, plus de 800 détenus sont logés dans des unités d'isolement à l'échelle du pays» et le nombre de ces isolements a augmenté de 500 par rapport à l'année précédente.

«Le Bureau considère particulièrement inquiétant le fait que près d'un tiers de ces incidents sont survenus dans des unités d'isolement», a-t-il ajouté au sujet de l'automutilation.

Howard Sapers a émis une série de recommandations, dont la nomination d'un spécialiste clinique pour examiner les actions du gouvernement fédéral à l'égard de l'automutilation. Il souhaite aussi que SCC interdise le placement en isolement prolongé les délinquants souffrant de troubles mentaux ou à risque de suicide ou d'automutilation grave.