Pour décrocher de juteux contrats en Afrique, Ari Ben-Menashe promet à des dirigeants plus ou moins autocratiques de leur obtenir tout un arsenal militaire. À l'un, il a fait miroiter des hélicoptères de combat russes. À l'autre, il a proposé de mettre sur pied une légion étrangère destinée à assurer sa sécurité.

Publié le 14 oct. 2012
Isabelle Hachey LA PRESSE

Ari Ben-Menashe se défend bien d'être un trafiquant d'armes. Cette étiquette lui colle à la peau depuis son arrestation aux États-Unis en 1989. Alors qu'il croyait vendre trois avions militaires israéliens à l'Iran, il avait été piégé dans une opération secrète du FBI.

À son procès, Ari Ben-Menashe a soutenu qu'il avait agi sous les ordres d'Israël. Le jury l'a cru. Mais l'image du marchand d'armes «est restée», explique-t-il.

Il admet qu'il promet du matériel militaire lorsqu'il négocie avec des dirigeants africains. Mais il soutient que son rôle se résume à celui d'un entremetteur. «Nous organisons des rencontres entre deux gouvernements, et ils font des affaires entre eux.»

En novembre 2010, l'avocat Jacques Bouchard fils s'est rendu en République centrafricaine pour signer, au nom de M. Ben-Menashe, un contrat de 4 millions de dollars américains avec le président François Bozizé.

Le contrat promettait «au moins une douzaine» d'hélicoptères de combat. «Les Russes avaient accepté de livrer ces hélicoptères dans le cadre de l'accord de consultation. Nous ne vendions pas les armes directement», nuance M. Ben-Menashe.

N'empêche que Me Bouchard a été bouté hors du prestigieux cabinet montréalais Heenan Blaikie après cette affaire. D'un ton amer, l'avocat a refusé de ressasser ces mauvais souvenirs.

Au secours de Gbagbo

En mai 2010, quelques mois avant la chute de Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire, Ari Ben Menashe a proposé au président 20 hélicoptères Black Shark et une «légion étrangère» formée de 2000 combattants zimbabwéens pour mater une éventuelle rébellion.

Dans une proposition non signée obtenue par le National Post, la firme de Ben-Menashe, Dickens&Madson, promettait à Laurent Gbagbo de bâtir «un programme visant à stabiliser le pays et à le ramener sous le ferme contrôle du président».

Le contrat officiel, consulté par La Presse, ne mentionne ni hélicoptères, ni légion étrangère. Pour 6 millions de dollars américains, Dickens&Madson offre plutôt de fournir «le personnel clé, la formation, l'équipement et l'assistance technique» à la Côte d'Ivoire.

Battu au scrutin présidentiel de décembre 2010, Laurent Gbagbo s'est accroché au pouvoir pendant des mois, provoquant une crise politique qui a fait 3000 morts. Il est aujourd'hui accusé de crimes contre l'humanité, dans l'attente de son procès à la Cour pénale internationale de La Haye.

«Nous avons tenté de l'aider, mais il n'a pas suivi nos conseils, dit M. Ben-Menashe. Je ne peux pas entrer dans les détails, mais s'il nous avait écoutés, il serait probablement encore président...»

Une milice en Somalie

Quand il ne fraie pas avec des dictateurs, Ari Ben Menashe brasse des affaires avec de douteux personnages. L'un de ses clients - un multimillionnaire blanc d'origine zimbabwéenne - a ainsi été dénoncé dans un rapport de l'ONU pour avoir créé une milice en Somalie, pays déchiré par 20 ans de guerre civile.

Paul Calder Le Roux a versé un total de 13,4 millions de dollars américains à Dickens&Madson en 2007 et 2008, selon des documents du ministère américain de la Justice.

M. Le Roux a ainsi pu mettre la main sur des terres agricoles saisies aux fermiers blancs par le gouvernement zimbabwéen de Robert Mugabe, qui entretient de bonnes relations avec M. Ben-Menashe.

Or, M. Le Roux est accusé d'avoir mis sur pied, dès l'année suivante, une milice de 220 combattants en Somalie.

Dans un rapport remis en 2011 au Conseil de sécurité des Nations unies, deux enquêteurs accusent M. Le Roux d'avoir «grossièrement violé» l'embargo sur la vente d'armes dans ce pays.

Équipée de kalachnikovs et de lance-missiles, la milice représentait «l'une des forces les plus puissantes du sud de Mudug (centre), qui avait le potentiel de modifier l'équilibre du pouvoir dans la région», selon le rapport.

M. Ben-Menashe dit avoir été «très surpris» par cette affaire. M. Le Roux, assure-t-il, était «un gars normal».