La Sûreté du Québec enquête sur des allégations de fraude visant une ex-membre de la haute direction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) qui aurait pendant 10 ans falsifié ses comptes de dépense pour faire payer à son employeur une fortune en voyages, vêtements de luxe et matériel scolaire pour ses enfants.

Publié le 21 sept. 2012
David Santerre LA PRESSE

Selon des documents judiciaires obtenus par La Presse, l'ex-directrice des ressources humaines du CUSM, Stella Lopreste, aurait selon la SQ détourné à son profit l'argent des contribuables pour une somme difficile à établir. Les documents de Cour font état de1,6 millions de dollars, mais un sergent chargé de l'enquête nuance ce montant en disant que la réalité pourrait être «de beaucoup» inférieure.

Ces documents ont été déposés en Cour supérieure par le Directeur des poursuites criminelles et pénales au nom de la Sûreté du Québec, dans le cadre d'une requête visant à obtenir des documents internes sous scellé du CUSM à des fins d'enquête.

Le tout repose essentiellement sur la dénonciation du sergent Jerry Sirois, du Service des enquêtes sur l'intégrité financière de la SQ, une unité qui a entre autres le «mandat particulier de protéger les organismes publics contre (les crimes financiers)», lit-on dans le document.

Le sergent Sirois y explique son enquête, qui reproche à Mme Lopreste une fraude de plus de 5000 $, la fabrication et l'emploi de faux documents.

Jerry Sirois y explique que Mme Lopreste a dû quitter son emploi en 2010 après la découverte par son employeur «d'irrégularités commises par celle-ci».

Ces irrégularités, elles auraient d'abord été mises au jour par une enquête interne menée pour le compte du CUSM par la firme d'avocats Borden, Ladner, Gervais.

Lors de son départ, une entente de confidentialité aurait été signée entre le CUSM et sa cadre supérieure quant aux modalités de la cessation d'emploi et la direction a déclaré aux enquêteurs qu'elle ne porterait pas plainte contre son ancienne employée.

Mais une employée du CUSM elle, a porté plainte, ce qui a déclenché l'enquête en cours le 12 janvier dernier.

Dans sa dénonciation, le sergent Sirois dit avoir rencontré plusieurs personnes, dont le directeur général et chef de la direction par intérim du CUSM, Normand Rinfret, ce qui lui a «permis de constater que (Stella) Lopreste aurait produit des réclamations de dépenses personnelles à même le budget du CUSM en falsifiant des factures. De plus, elle aurait réclamé des primes non travaillées», dit-il.

Plus loin, il précise que ces falsifications de factures lui auraient permise de se faire payer des «articles vestimentaires de luxe», des repas au restaurant, des livraisons de fleurs pour sa famille, des articles scolaires pour ses enfants comme des ordinateurs portables, des téléphones cellulaires et intelligents et même des produits nettoyants.

Elle aurait aussi obtenu des remboursements relatifs à des voyages personnels «justifiés par de fausses rencontres d'affaires».

«Selon des versions de certains témoins, (Stella) Lopreste leur demandait dans le cadre de leur travail de modifier certaines factures afin d'en obtenir la réclamation», écrit encore le sergent Sirois.

Mais plus loin dans le document, le sergent Sirois tempère encore une fois la somme de 1,6 millions de dollars qui émanerait de la plaignante.

«Les montants impliqués dans cette affaire seraient de beaucoup inférieurs au 1,6 million allégué», écrit-il.

Jerry Sirois demande notamment à la Cour de lui permettre de mettre la main sur «tout rapport d'enquête et/ou de vérification préparé par le CUSM ou à sa demande, ainsi que les documents et/ou informations ayant servi à rédiger le rapport», les «réclamations faites par ou à la demande de Lopreste et pièces justificatives s'y rattachant» et «toute instruction donnée par Lopreste sous forme de papier ou courriel relativement à des modifications ou falsifications de réclamations».

Il dit en avoir besoin pour corroborer des informations, établir une stratégie d'enquête, démontrer les réclamations frauduleuses et déterminer les montants impliqués.

Ce vendredi matin en Cour supérieure, devant le juge Fraser Martin, Me Patrick Trent, de chez Borden, Ladner, Gervais, a indiqué que leCUSM ne mettra pas de bâtons dans les roues de la police.

«On ne conteste pas, on n'acquiesce pas. On s'en remet à vous. Il y a certains documents demandés qui pourraient être protégés par le secret professionnel des avocats, et d'autres, comme des déclarations de témoins, qui ne sont pas touchés par le secret», a-t-il expliqué.

La cause a été reportée au 1er novembre, et à cette date un juge devrait trancher la question.

Quant à Stella Lopreste, lorsque jointe par La Presse, elle a nié toute malversation.

«Tout ça est nouveau pour moi. Je suis à la retraite. Une retraite que j'ai prise volontairement», a-t-elle commenté.

La police s'intéresse particulièrement aux affaires du CUSM par les temps qui courent. Mardi dernier, les enquêteurs de l'Unité permanente anticorruption ont perquisitionné ses bureaux administratifs dans le cadre d'une enquête qui supposerait des malversations dans l'octroi du gigantesque contrat de construction du nouveau CUSM. Un contrat obtenu par SNC-Lavalin et entre autres réalisé par une firme de Tony Accurso.