Les Tunisiens de Montréal se sont rendus en grand nombre aux urnes, aujourd'hui, pour élire les représentants qui auront la tâche de rédiger la nouvelle constitution à la suite de la chute du régime Ben Ali. Le gouvernement canadien, qui s'oppose à la tenue du scrutin, a fini par le tolérer puisque les locaux diplomatiques sont inviolables en vertu du droit international. Ottawa envisage toutefois d'entreprendre des sanctions diplomatiques.

Daphné Cameron LA PRESSE

Il y avait de l'électricité dans l'air et beaucoup d'émotion, cet après-midi, dans le couloir menant au bureau de vote érigé au consulat de Tunisie, situé au centre-ville de Montréal. Dans la file menant aux urnes, tous se disaient émus de participer à ce moment qu'ils qualifiaient d'«historique».

«On s'apprête à cueillir les fruits de notre révolution», a expliqué Mourad Chirchi. «L'heure du changement a sonné et les élections constituent un vrai test. Le défi, c'est de construire une démocratie. Je suis confiant, mais tout dépend du peuple.»

«Il s'agit d'une étape déterminante pour les orientations futures du pays. Est-ce qu'on embarque dans la démocratie ou on reste sur le quai?», a ajouté Sonia, qui faisait la file quelques mètres derrière lui.

Les élections tunisiennes visent à nommer 217 représentants, dont deux dans une circonscription qui comprend le Canada, les États-Unis, la Russie et quelques pays d'Europe. L'assemblée qui résultera des élections aura la tâche de rédiger la nouvelle constitution et de désigner un gouvernement intérimaire.

Près de 16 000 ressortissants tunisiens sont éligibles pour voter à l'un des trois bureaux de vote situés au Canada (deux à Montréal et un à Ottawa).

Le ministère des Affaires étrangères estime toutefois que la tenue du vote n'est pas «conforme à la politique canadienne sur la non-inclusion du Canada dans un district électoral extraterritorial».

«Nous respectons les politiques des autres pays, de sorte que nous nous attendons à ce que les milieux diplomatiques en fassent autant en ce qui concerne les politiques canadiennes», a écrit dans un courriel, Joseph Lavoie, l'attaché de presse du ministre des Affaires étrangères, John Baird. «Nous examinons toutes les options en ce qui concerne la poursuite de nos relations à l'avenir», a-t-il ajouté.

Vers 17h, ce soir, plus de 1500 personnes s'étaient prévalues de leur droit, a indiqué Bouchra Manaï, secrétaire générale de l'Instance indépendante pour les élections de la circonscription Amériques et reste de l'Europe. Elle affirme que la majorité des candidats qui briguent l'un des deux sièges de la circonscription vivent au Canada. Le vote se poursuit samedi. Les organisateurs s'attendent à ce qu'entre 9000 et 11 000 électeurs qui vivent au Canada exercent leur droit de vote.