Le chef de l'ADQ, Gérard Deltell, veut «bâillonner» les syndicats comme le ferait un «pays totalitaire», a réagi dimanche la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau, lors de l'ouverture du congrès de la centrale syndicale, qui marquera la fin de sa présidence.

Mis à jour le 15 mai 2011
Catherine Handfield LA PRESSE

Claudette Carbonneau a vivement réagi aux propos que Gérard Deltell a tenus, samedi matin, lors du conseil général de l'Action démocratique du Québec (ADQ), à Trois-Rivières. Le chef adéquiste a notamment accusé les grandes centrales syndicales d'outrepasser leur mandat de défense des travailleurs en s'immisçant dans le débat public.

«C'est une volonté de contrôler les syndicats et c'est une attaque en règle contre la liberté d'action syndicale, a réagi Claudette Carbonneau. Il n'y a que les pays totalitaires qui veulent bâillonner les gens, restreindre la liberté d'expression et contrôler les syndicats.»

Gérard Deltell a également exigé que les syndicats fassent preuve de plus de transparence dans leurs états financiers. Les militants ont voté en faveur de propositions en ce sens plus tard dans la journée.

Selon Claudette Carbonneau, le chef de l'ADQ «parle de ce qu'il ne connaît pas». Elle a rappelé que le débat sur les finances de la CSN, qui aura lieu lundi après-midi, est ouvert au public.

Le chef adéquiste a répliqué aux propos de Claudette Carbonneau, dimanche, en affirmant qu'il n'acceptait pas que de tels propos soient tenus envers un parti tout à fait démocratique.

Le congrès du renouvellement

Le 63e congrès de la CSN, qui se déroulera jusqu'à vendredi au palais des congrès de Montréal, s'est ouvert sur le thème du «renouvellement» cette année. Les quelque 2000 délégués attendus aborderont trois grandes problématiques: la lutte aux inégalités, la nécessité de se doter d'un nouveau modèle de développement économique durable et l'avenir du syndicalisme.

«Dans la société d'aujourd'hui, le rapport au travail n'est plus le même, a dit Mme Carbonneau, qui a souligné la réalité des emplois temporaires et à temps partiel chez les jeunes. Peut-on brasser un peu la cage et inscrire ces thématiques-là dans nos thématiques de négociation?»

Le congrès sera aussi l'occasion d'élire le successeur de Claudette Carbonneau, qui a annoncé son départ en mars. À ce jour, seul l'actuel premier vice-président de la CSN, Louis Roy, a manifesté son intérêt.

En conférence de presse, Claudette Carbonneau a dressé le bilan de ses neuf ans à la tête de la CSN. Elle a rappelé les batailles importantes que la centrale a menées sous sa présidence, dont celle de l'équité salariale, des congés parentaux et de la première convention collective des responsables en services de garde.

Questionnée sur ses échecs, la présidente sortante a cité en exemple le décret gouvernemental de 2007, qui a imposé les conditions de travail à 500 000 travailleurs du secteur public québécois.

Elle gardera aussi en mémoire certains combats syndicaux difficiles, dont celui au Journal de Montréal. Selon Mme Carbonneau, les syndiqués du quotidien montréalais ont dû affronter le couple maudit dans leur lutte: un «employeur dur» et un «État complice d'un rapport de force complètement débalancé».

«J'en voudrai toujours aux trois ministres du Travail qu'on a tenté de convaincre de moderniser les dispositions anti-briseurs de grève (...) et qui ne l'ont pas fait», a-t-elle dit.