Alors que les consultations sur la succession du cardinal Marc Ouellet comme archevêque de Québec vont bon train, l'Église québécoise s'apprête à subir une transformation en profondeur. Sept des 17 évêques titulaires de la province prendront leur retraite d'ici deux ans parce qu'ils atteindront l'âge canonique de 75 ans.

Mathieu Perreault LA PRESSE

«C'est un remaniement majeur», explique Gilles Leblanc, directeur de Présence Magazine, publié par des communautés religieuses. «On ne verra probablement pas de nouvel évêque progressiste. Mais en même temps, c'est un changement qui mettra du temps à avoir des effets concrets. Les successeurs des évêques qui prennent leur retraite seront probablement choisis parmi les évêques auxiliaires et ceux d'autres diocèses. Donc on verra des changements, mais d'ici cinq à dix ans.»

Le cas de l'évêque de Rimouski, Pierre-André Fournier, illustre le processus dont parle M. Leblanc. Il avait été nommé en 2005 évêque auxiliaire de Québec par Mgr Ouellet, avant de devenir évêque de Rimouski en 2008.

Les quatre archevêques québécois - Québec, Montréal, Sherbrooke et Gatineau - seront ainsi remplacés, en plus des évêques d'Amos, Mont-Laurier, Nicolet et Trois-Rivières. Quatre autres évêques ont été nommés depuis 2008, dont celui de Longueuil, qui est sulpicien comme Mgr Ouellet. Ce dernier participera activement à la nomination des nouveaux évêques en tant que préfet de la Congrégation pour les évêques au Vatican, poste auquel il a été nommé au début de l'été.

Dans les traces de Mgr Ouellet

«Nous sommes confiants que les nouveaux évêques ressembleront plus à Mgr Ouellet qu'aux autres évêques québécois», explique de son côté Sophie Bouchard, du magazine Nouvel informateur catholique. «Ils s'entendent tous sur l'enseignement de l'Église. Mais les évêques actuels ont tendance à ne pas mettre l'emphase sur certains aspects de l'enseignement, notamment sur la sexualité, quand ils pensent que ça peut faire des vagues. Les nouveaux évêques auront moins peur de parler.»

Raymond Gravel, prêtre du diocèse de Joliette, est du même avis que Mme Bouchard mais cela l'inquiète. «La façon de nommer les évêques ne correspond pas au monde d'aujourd'hui, dit l'abbé Gravel. Les pasteurs et les fidèles du diocèse devraient avoir une plus grande influence sur le genre de bonhomme qu'on veut. À Québec, on leur a imposé le cardinal et ça n'a pas été très positif, même si je suis sûr que certaines personnes l'ont apprécié. On aurait besoin d'évêques pasteurs, pas de moralistes. Des évêques d'ouverture, pas de fermeture.»

Remettre sa démission

À 75 ans, tout évêque est tenu d'envoyer sa démission au pape, qui n'est cependant pas obligé de l'accepter immédiatement. «Ça peut prendre deux ou trois ans, explique Bertrand Ouellet, secrétaire général de l'AECQ (Assemblée des évêques catholiques du Québec). «Mgr Berthelet à Longueuil a par exemple eu 75 ans en 2009 et son successeur vient seulement d'être nommé.»

C'est le nonce apostolique, l'ambassadeur du Vatican au Canada, qui suggère des candidats au pape et au préfet de la Congrégation pour les évêques. «Les évêques suggèrent régulièrement au nonce des prêtres qui pourraient devenir évêques, dit M. Ouellet. Le nonce fait enquête en envoyant très confidentiellement des questionnaires auprès des gens qui connaissent ou qui travaillent avec les candidats. Il envoie à la Congrégation pour les évêques trois noms, une liste appelée terna. Le pape n'est pas obligé de la suivre, cependant.»

Mgr Ouellet faisait-il partie de la terna quand il a été nommé à Québec en 2002? «On ne peut pas le savoir, dit M. Ouellet. Mais ce n'était pas un inconnu. Il avait dirigé le Grand séminaire de Montréal dans les années 80.»