L’usine de Sanimax à Montréal devra fermer ses portes si l’administration Plante peut appliquer un règlement plus féroce sur les odeurs et les rejets dans l’atmosphère, s’est inquiétée mardi l’entreprise, au moment où Québec est toujours en analyse.

Publié le 9 août
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« L’application telle quelle et stricte du règlement causerait la révocation de nos permis et mettrait fin à nos opérations à Montréal, avec des répercussions environnementales, sanitaires et agroalimentaires importantes partout au Québec. C’est une situation très préoccupante », a soutenu mardi le PDG de Sanimax en Amérique du Nord, Martial Hamel.

Il affirme que plus globalement, ce règlement « aurait des conséquences majeures pour la chaîne agroalimentaire du Québec, dans laquelle Sanimax joue un rôle charnière de récupération et de revalorisation des matières organiques ».

M. Hamel se dit « toujours déterminé à mettre en œuvre les mesures et les investissements présentés à la Ville de Montréal ». « Nous avons transmis la semaine dernière une demande de rencontre à la mairesse Valérie Plante afin de dénouer l’impasse, et nous sommes toujours en attente d’un retour », insiste-t-il.

Fin juillet, la Ville avait annoncé qu’elle comptait serrer la vis à Sanimax, dont l’usine située dans Rivière-des-Prairies employant 300 personnes continue de susciter l’ire des citoyens en raison des odeurs nauséabondes. En vertu de ce règlement, l’entreprise devrait entreposer les matières animales dans un bâtiment et ne pourra plus la conserver à l’extérieur, donnant 18 mois à Sanimax pour construire un garage.

Le règlement « sur les rejets à l’atmosphère », adopté à la mi-juin par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), inclut aussi des balises sur les heures d’ouverture et le respect d’un seuil d’odeur, en plus de donner le pouvoir aux autorités municipales de suspendre ou de révoquer un permis d’exploitation si elles jugent que la situation n’est pas conforme. M. Hamel avait dénoncé dans la foulée que la démarche rate la cible, affirmant que la solution réside dans un « plan global », qu’il affirme avoir déposé à la Ville dès 2019, incluant la construction d’un garage.

Québec en analyse, Montréal réagit

C’est à Québec qu’il reviendra de trancher à savoir si ce règlement pourra être appliqué ou non : le gouvernement a normalement 60 jours pour y répondre, soit jusqu’à la mi-août.

« La décision n’est pas encore prise. On est toujours en train d’étudier la question au ministère », a évoqué mardi l’attachée de presse du ministre de l’Environnement Benoit Charette, Rosalie Tremblay-Cloutier, en insistant sur la nécessité pour Montréal et Sanimax « de trouver un terrain d’entente » qui tienne compte « des populations, de l’environnement et de la chaîne agroalimentaire ».

La Ville, elle, plaide avoir agi de bonne foi depuis le départ. « L’entreprise n’a déposé aucun plan complet respectant la réglementation. Les discussions ont plutôt été axées sur la présentation d’options et d’idées d’agrandissement de son usine, faisant fi des règlements en place. En aucun cas, la Ville n’a eu entre les mains un plan complet, chiffré avec un engagement sur les réductions des nuisances », martèle l’attachée de presse, Marikym Gaudreault.

« On ne souhaite pas que Sanimax intensifie les activités de son usine qui est située en plein cœur d’un secteur résidentiel alors qu’elle ne respecte pas les normes en matière de qualité de l’air. […] Ce que nous souhaitons, c’est qu’elle se conforme aux normes et réduise ses nuisances », poursuit-elle.

Montréal affirme qu’un plan gouvernemental est urgent à Montréal, pour encadrer les activités de Sanimax. Un tel plan a déjà été annoncé en avril, pour réduire les odeurs à l’usine Sanimax de Lévis.