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Ice Bucket challenge: un défi... à l'industrie de la philanthropie

Plusieurs organismes se demandent si le succès retentissant... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE)

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Plusieurs organismes se demandent si le succès retentissant du Ice Bucket Challenge aura un impact négatif sur leur propre campagne de financement.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Jasmin Lavoie, Ariane Lacoursière
La Presse

Le succès phénoménal du Ice Bucket Challenge, une collecte de fonds au profit de la recherche sur la maladie de Lou Gehrig, constitue un gros défi... pour le milieu philanthropique, au moment où le nombre de causes ne cesse d'augmenter et les dons, de stagner.

Pierre Lavoie, à la tête de la fondation du Grand Défi Pierre Lavoie - au profit du combat contre les maladies héréditaires - , pense que la balle est dans le camp des fondations et qu'elles doivent innover pour s'assurer de rester importantes aux yeux des donateurs. «Il faut se renouveler constamment», affirme-t-il.

Mais ce renouvellement se fait dans un contexte très compétitif.

Le président de l'Association des professionnels en philanthropie, Denis Lalonde, souligne quant à lui la hausse du nombre d'organismes de bienfaisance au Québec. «On en compte aujourd'hui 16 000. Au Canada, 1400 organismes travaillent pour le cancer. C'est énorme. Et l'assiette de dons ne grossit pas tant que ça.»

«Le succès phénoménal d'une campagne va peut-être pénaliser d'autres organismes», indique André Beaulieu, porte-parole à la Société canadienne du cancer.

Martin Munger, directeur général pour le Québec de la Société canadienne du rein, reconnaît également qu'il y a de plus en plus de défis en philanthropie. «On cogne tous aux mêmes portes. Mais j'ose espérer que les gens donnent davantage», dit-il.

Un succès comme le Ice Bucket Challenge - plus de 70 millions amassés aux États-Unis et près de 1 million au Québec -, on souhaiterait tous que ça nous arrive», note M. Munger. Il est encore trop tôt, selon lui, pour savoir si le Ice Bucket Challenge aura un impact sur les dons aux autres Fondations. «Mais puisque c'est quelque chose de spontané, je pense que ça va faire augmenter l'enveloppe globale de dons plutôt que de la répartir différemment.»

L'impact des médias sociaux

Chose certaine, l'utilisation des réseaux sociaux dans les campagnes de collecte de fonds est maintenant «un incontournable», selon lui.

M. Munger se dit «très heureux» du succès de la campagne Ice Bucket Challenge. «On cherche toujours des façons de se renouveler et d'être original.»

Daniel Cauchon, chargé de cours au certificat en gestion philanthropique de l'Université de Montréal, mentionne qu'au cours des dernières années, la mode a été aux grands événements. «Il y a un intérêt dans la population pour la forme physique. Plusieurs fondations ont capitalisé là-dessus en faisant des événements de vélo, de course, de marche...»

Aujourd'hui, la tendance semble se diriger davantage vers la création d'un «buzz» à la Ice Bucket Challenge, souligne Michel Leveillé, directeur général de la Croix-Rouge au Québec. «De plus en plus, ce sera un outil de marketing direct», conclut-il.

La campagne de SLA Québec

Argent amassé jusqu'à maintenant: 1,1 million $

À pareille date l'an dernier: 3000$

Nombre de donateurs uniques jusqu'à maintenant: 39 000

Nombre de donateurs uniques l'an dernier: 28

Où vont les dons?

> 60% pour les familles:

«On donne 500$ par famille pour les aider à mettre en place quelque chose qui les aide, que ce soit de l'aide ménagère, de la massothérapie, du transport...», explique Claudine Cook, directrice générale de la Société de la SLA du Québec. L'organisme prête également de l'équipement, comme des fauteuils roulants.

> 40% pour la recherche:

«Les sommes sont envoyées à SLA Canada, qui a un comité de recherche qui étudie les demandes des chercheurs et distribue les fonds», explique Mme Cook.

Qu'arrivera-t-il ensuite?

Même si quelques personnes ont choisi de faire des dons mensuels à la Société de la SLA du Québec plutôt qu'un don unique, l'organisme ne s'attend pas nécessairement à voir son budget dépasser les 700 000$ l'an prochain. Mme Cook précise que les organismes de charité n'ont pas le droit de conserver une réserve importante d'argent en prévision des années à venir.

Dons aux organismes au Québec en 2013

Croix-Rouge Québec: 39 millions

Société canadienne du cancer: 32,9 millions

Fondation Grand Défi Pierre Lavoie: 700 000$

Campagnes payantes, porte-parole (parfois) déchus

Kony 2012

Ah, le projet de ce «bon papa» américain, qui rêvait que son fils et la planète entière s'intéressent à Joseph Kony, chef des rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA). Dans une vidéo de 30 minutes qui ne fait pas l'économie de clichés, Jason Russell expliquait comment l'organisation Invisible Children voulait attirer l'attention sur «l'homme le plus dangereux du monde». La vidéo est vite devenue la plus virale de l'histoire: elle a été vue plus de 100 millions de fois en une semaine. Au total, Invisible Children a empoché 26,5 millions de dollars en 2012. Une somme que l'organisation attribue à la campagne #Kony2012 et assure avoir dépensée pour «mettre fin au conflit de la LRA». Quant à Jason Russell, il a été arrêté quelques jours après le lancement de la campagne: la police l'a retrouvé nu (et confus) dans les rues de San Diego.

Livestrong

Elle est bien révolue (malgré quelques résistants), l'époque des bracelets jaunes élastiques. Mais ils ont été nombreux à afficher le symbole de la fondation que le cycliste Lance Armstrong a lancée en 1997, un an après avoir reçu un diagnostic de cancer des testicules. En 2004, la fondation a frappé un grand coup en lançant ses fameux bracelets jaunes. En un an, elle en a vendu plus de 55 millions. Depuis sa fondation, Livestrong a recueilli plus de 500 millions de dollars, qui ont servi principalement à sensibiliser les autorités à la réalité du cancer, à aider les survivants de la maladie et à éduquer la population sur le cancer. Aujourd'hui, le bracelet n'est plus le seul accessoire Livestrong: la fondation vend manteaux, cahiers et accessoires de sport. Quant à Lance Armstrong, il a avoué avoir consommé des produits dopants pendant sa carrière de cycliste et a été suspendu à vie de son sport.

Movember

L'idée de tabler sur le «pouvoir de la moustache» pour sensibiliser la population au cancer de la prostate est née en 2003 à Melbourne, en Australie. Elle a fait beaucoup de chemin depuis. En 2012, 1,1 million de personnes ont participé à la campagne - aujourd'hui organisée dans 21 pays - et recueilli plus de 146 millions de dollars dans le monde. La tendance aux «moustaches de charité» a aussi été payante au Canada: 572 millions ont été amassés au pays depuis 2003. Movember assure que 87,2% des fonds amassés globalement ont servi à «soutenir des initiatives sur le cancer de la prostate et la santé mentale des hommes». Et à ceux qui se le demandent: sachez que les fondateurs de Movember semblent en bonne santé physique et mentale jusqu'ici!

- Marie-Michèle Sioui




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