Le riz doré plaide sa cause en Europe

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Le riz doré peut, à raison d'un bol par jour, combler le déficit en vitamine A qui affecte les populations défavorisées.

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Anne CHAON
Agence France-Presse
PARIS

Promettant d'éradiquer la cécité liée à la malnutrition, les avocats du riz doré enrichi en vitamine A prêchent la bonne parole en Europe pour vaincre les réticences toujours vives, notamment de l'ONG Greenpeace qui dénonce un cheval de Troie des OGM.

L'ONG s'oppose partout à sa culture, y compris dans les pays d'Asie du Sud-est où il fait l'objet d'essais en plein champ comme aux Philippines, sous l'égide du Centre international de recherche sur le riz (Irri), au Bangladesh, au Vietnam et en Inde notamment.

Ancien membre de Greenpeace aujourd'hui «défroqué», le Canadien Patrick Moore, 67 ans, docteur en sciences de l'environnement, militant antinucléaire qui pourchassait les chasseurs de baleines et de bébés phoques et qui comptait parmi les pères fondateurs du mouvement écologiste, affronte désormais ses anciens camarades pour défendre la cause du riz doré, à la tête de la campagne «Allow Golden Rice Now».

Mardi, il était à Paris dans le cadre de sa tournée européenne qui l'a déjà mené de Londres à Bruxelles, Hambourg et Amsterdam, manifestant devant le siège de Greenpeace pour dénoncer l'hostilité, «purement idéologique» selon lui, de l'ONG contre le riz doré.

La plante a été mise au point en 1999 par le biologiste suisse d'origine allemande Ingo Potrykus, avec son associé Peter Beyer de l'Université suisse de Fribourg. Le premier prototype comportait deux gènes de jonquille, remplacés depuis par un gène de maïs et des micro-organismes favorisant la production de bétacarotène dans le grain - d'où il tire sa couleur jaune.

Contre la cécité

Le riz doré peut, à raison d'un bol par jour, combler le déficit en vitamine A qui affecte les populations défavorisées. Celui-ci touche 250 millions d'enfants dans le monde, selon l'Organisation mondiale de la santé. Près de 500 000 enfants de moins de 5 ans sont touchés chaque année dont 350 000 deviennent aveugles.

Joint par l'AFP l'automne dernier, M. Potrykus attendait toujours une autorisation de mise en culture quelque part dans le monde. Bien sûr, confiait-il, «le riz doré déclenche beaucoup d'hostilité de la part des ONG. Mais beaucoup de soutien aussi des gouvernements».

Le chercheur a abandonné tout brevet payant sur le riz doré et entend qu'il soit distribué gratuitement aux paysans gagnant moins de 10 000 dollars par an. «L'Amérique du Sud est très intéressée, l'Afrique aussi» assurait-il. «J'espère que les essais conduits aux Philippines achèveront d'ici deux ans de convaincre les derniers sceptiques. Et que je serai toujours vivant».

Ingo Potrykus, 81 ans aujourd'hui, a été reçu en novembre par le pape François à Rome, qui a béni un bol de riz doré. Un message fort pour un pays catholique comme les Philippines, souligne M. Moore.

Mais l'été dernier, un champ d'essai a été piétiné par quelque 400 personnes: des «fermiers», affirme Greenpeace; des militants», rétorque M. Moore, qui cite les tatouages et cheveux rouges de certains manifestants: «Les paysans philippins ne se tatouent pas et ne se teignent pas les cheveux», insiste-t-il.

Le soutien des Gates

Pour lui, «des gars bien nourris de Greenpeace, à Hambourg ou au Canada, empêchent des enfants d'accéder à un traitement contre la cécité» s'insurge-t-il.

«Les travaux sur le riz doré ont coûté en tout 30 millions de dollars financés par des fondations. La distribution de comprimés de vitamine A coûte un milliard de dollars par an».

Outre l'Irri, le riz doré a reçu parmi d'autres les soutiens des fondations Rockfeller, Bill et Melissa Gates et aussi du semencier Syngenta.

Une étude menée en 2012 par l'Université Tufts à Boston avec des chercheurs chinois, qui concluait positivement à l'usage du riz doré, a été accusée par Greenpeace d'avoir utilisé des enfants chinois comme «cobayes», à l'insu de leurs parents. Trois chercheurs ont été suspendus. Mais les résultats de l'étude confirmés, rappelle M. Potrykus.

Récemment, le ministre français de l'Agriculture Stéphane Le Foll, hostile aux cultures d'OGM herbicides, s'est dit ouvert «aux OGM de seconde génération, comme le riz doré».

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