La course aux fibres

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Tous ces aliments contiennent de la fibre de bale d'avoine ou de l'inuline, deux nouvelles fibres. «Il y en a de plus en plus sur le marché», indique Alexandra Leduc, présidente de Makéa Nutrition Conseil.

Photo Jean-Marie Villeneuve, le Soleil

Mangeriez-vous des résidus de brasserie, de la paille de blé, de la farine de noyaux d'abricots, de la pulpe de banane non mûre, de l'enveloppe de légumineuses ou de la fibre de café? Vous le ferez peut-être bientôt, puisque l'industrie tente d'incorporer ces sous-produits dans vos aliments préférés. But de l'opération: les rendre riches en fibres, quasiment incognito.

Chaque portion de céréales Froot Loops fournit désormais deux grammes de fibres. Comment un tel miracle est-il possible, sans qu'on voie le moindre grain à l'oeil nu? De la fibre de bale d'avoine a tout simplement été ajoutée aux petits anneaux colorés.

En parcourant les listes d'ingrédients, on découvre cette fibre de bale d'avoine (ou fibre d'avoine) dans plusieurs pains, biscottes et barres de céréales riches en fibres. «La bale d'avoine est l'enveloppe recouvrant le grain d'avoine», explique Alexandra Leduc, nutritionniste et présidente de Makéa Nutrition Conseil. C'est l'équivalent des feuilles des épis de maïs.

Se faire des oreillers...

On peut en faire des oreillers... ou la transformer en fibres alimentaires. «On prend la bale d'avoine, on la lave avec de la soude caustique, on la décolore avec du peroxyde d'hydrogène, on la moud et on obtient un concentré à 90% de fibres», explique Pierre Gélinas, chercheur spécialiste des céréales à Agriculture et Agroalimentaire Canada.

L'avantage de cette fibre, c'est qu'elle est presque invisible. «Mais d'après de rares études cliniques sur la fibre de bale, elle aurait peu ou pas de propriétés laxatives, précise Mme Leduc. Elle ne serait que de la poudre aux yeux pour faire acheter des produits dits riches en fibres qui, au fond, n'ont pas les propriétés recherchées: effets laxatifs, satiété, diminution du cholestérol, contrôle de l'appétit et du poids.»

L'inuline - qui provient de la racine de chicorée ou de topinambour - est une autre nouvelle fibre facile à ajouter aux aliments. «Elle aurait un léger effet laxatif, mais n'a pas de pouvoir rassasiant», souligne la nutritionniste. Bien que l'inuline soit aussi prébiotique, ce n'est pas la fibre révolutionnaire qu'on pense parfois acheter.

C'est dommage, parce que les déficits en fibres sont importants. Chaque jour, les femmes devraient consommer 25 g de fibres et les hommes, 38 g, selon les recommandations de l'Institute of Medicine (IOM) des États-Unis. Or, la plupart des Canadiens «ne consomment qu'environ la moitié de ce qui est suggéré», note Paul Boisvert, de la chaire de recherche en obésité de l'Université Laval.

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Les Froot Loops fournissent désormais deux grammes de fibres par portion.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

Un marché en explosion

Les fabricants s'activent, évidemment, pour trouver des solutions à ce problème. «Il y a une effervescence du côté de l'industrie alimentaire pour proposer des concentrés de fibres en récupérant des sous-produits alimentaires, rapporte M. Gélinas. C'est tout un marché qui est en explosion.»

Ça tombe bien: Santé Canada vient de modifier sa définition de fibres alimentaires, qui datait de 1988, ce qui facilitera l'arrivée de nouveaux produits. «La notion de fibre a été réévaluée: c'est maintenant tout ce qui ne se digère pas par l'intestin grêle, y compris ce qu'on appelle des amidons résistants», explique le spécialiste.

Les fibres alimentaires peuvent désormais être tirées de sous-produits agricoles, de matières végétales brutes, de substances d'origine animale ou bactérienne, de produits de synthèse, etc. On est loin du classique son de blé! Les résidus de la fabrication du jus, la fibre de cacao, la pulpe de citrouille: tout cela, comme les autres produits nommés dans l'introduction de cet article, pourraient bientôt être ajoutés aux aliments à titre de fibres. «Ils ne sont pas encore approuvés par Santé Canada, mais ça s'en vient», résume M. Gélinas.

De pâles copies du son de blé et du psyllium

Gros hic: ces sous-produits alimentaires, qu'il surnomme squelettes de fibres, «n'ont jamais la même efficacité que le son de blé et le psyllium», avertit le chercheur.

Ce scepticisme est partagé par Mme Leduc. «Je crois que la multiplication des fibres nouvelles sera un encouragement à manger encore plus d'aliments peu rassasiants, regrette-t-elle. Il est mieux de consommer des aliments naturellement riches en fibres, de choisir des produits céréaliers faits avec des fibres qu'on peut voir, plutôt que des fibres moulues à outrance.»

Une journée de conférences sur l'introduction de nouvelles fibres alimentaires, à laquelle participe notamment Pierre Gélinas d'Agriculture et Agroalimentaire Canada, est organisée demain par la fondation Initia. Info: www.initia.org




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