À la fois produit alimentaire de base et symbole de la gastronomie tricolore, le pain reste important dans l'alimentation des Français même si sa consommation s'est effritée, notamment auprès des plus jeunes, incitant les professionnels à repenser leurs baguettes.

Plus de neuf Français sur dix (95%) mangent du pain au moins une fois par jour et 84% d'entre eux en achètent au moins une fois par semaine, selon une étude OpinionWay/Treize Articles présentée mardi dans le cadre du salon Europain.

«Il n'y a pas de produit en France qui suscite une telle consommation», souligne Bruno Jeanbart, directeur général adjoint d'OpinionWay.

Pourtant, sur le long terme, la consommation de pain a nettement baissé, passant de 600 grammes par jour et par personne au début du XXe siècle à seulement 130 grammes aujourd'hui, estime Steven Kaplan, historien du pain.

«L'histoire du pain en France, c'est l'histoire d'un objet de survie. Mais, l'image bascule au début du XXe et il perd ce statut» pour devenir «produit d'accompagnement», explique cet universitaire américain grand spécialiste de l'histoire du pain.

«Il y a eu une chute de la consommation, quantitative et qualitative»  poursuit-il, mettant en cause «une désaffection sensorielle» due à «un travail de banalisation du pain» où l'on ajoute additifs et produits chimiques.

Puis en 1993, un décret incite à revenir à la fermentation et les professionnels reviennent à une fabrication plus traditionnelle, ce qui «a permis de stabiliser la consommation ces dernières années», selon lui.

Les habitudes de consommation varient toutefois avec l'âge, 25% des 18-24 ans disant manger du pain à chaque repas contre 60% des plus de 65 ans, note ainsi l'étude, réalisée pour Rétrodor (minoteries Viron), une marque de farine pour des pains de tradition française.

Les personnes sans enfants mangent davantage de pain que les personnes avec enfants, ce qui montre un «vrai problème d'éducation» gustative, regrette l'étude, relevant que le rapport au pain est «une affaire de transmission familiale et d'éducation» pour laquelle «chacun a son histoire personnelle à raconter, ses rites».

Déguster le pain comme on déguste le vin

Pour M. Kaplan, l'éducation au goût du pain est essentielle. Dans cette optique, il a mis au point une grille de dégustation, comparable à celle de l'oenologie, qui a suscité «un réel intérêt» parmi les sondés.

«La fermentation du pain est beaucoup plus compliquée que celle du vin», explique-t-il.

Et pour les Français interrogés dans l'étude, le goût est un critère déterminant lors de l'achat du pain, devant le prix, la majorité d'entre eux (69%) privilégiant l'achat en boulangerie.

«Garant des traditions», le boulanger est plébiscité pour son savoir-faire (73% des sondés) et la qualité du pain produit (72%), même si près d'un tiers des sondés (26%) achètent leur pain en grande et moyenne surface.

C'est sur ce capital que parient les meuniers, à l'image d'Alexandre Viron, PDG des minoteries du même nom, qui souhaite «faire déguster le pain, faire connaître la palette des produits».

Or, plus de huit Français sur dix (85%) considèrent déjà le pain comme un produit gastronomique à part entière, qui s'apprécie seul (92%) et se consomme par gourmandise, par plaisir (93%).

Le pain est aussi un symbole de la gastronomie française pour 78% des personnes interrogées, juste après le fromage (87%) et le vin (85%).

«C'est le sens même de votre art de table, de votre art de vivre», résume M. Kaplan.