Partir du bon pied

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Martine Thériault et Christian Garon ont pris le temps de bien faire les choses, quand ils ont voulu rénover leur cuisine. Lorsque les travaux ont débuté, ils savaient exactement à quoi s'attendre.

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Vous avez un projet de rénovation et vous désirez que tout se passe bien ? Prenez le temps de suivre quelques conseils afin de bien le préparer et d'éviter de mauvaises surprises.

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Avant de débuter les travaux, le designer Denis Bourgeois a présenté des soumissions pour tous les produits, des armoires jusqu'à la robinetterie et les luminaires. Les propriétaires n'ont pas déboursé 1 cent de plus que ce qui était prévu.

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Le rez-de-chaussée étant très ouvert, les propriétaires en ont profité pour changer le recouvrement de plancher, redécorer le salon et changer la rampe d'escalier. Tout l'espace a été maximisé.

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L'importance du plan

Une rénovation entraîne souvent son lot d'imprévus. Pour mettre toutes les chances de son côté, mieux vaut essayer de tout prévoir avant que ne commencent les travaux.

Martine Thériault et Christian Garon ont été patients. Après avoir agrandi leur maison en 2009, gagnant une salle à manger à l'arrière et un garage sur le côté, ils ont attendu huit ans avant de s'attaquer à la cuisine.

Ils désiraient maximiser l'espace au rez-de-chaussée. Insatisfaits des propositions soumises par des cuisinistes, ils ont profité du Salon national de l'habitation, l'an dernier, pour rencontrer Denis Bourgeois, designer-vedette à Canal Vie.

« Le rez-de-chaussée est tellement ouvert, on voulait harmoniser le tout, indique Mme Thériault. On a touché aussi au salon, à l'escalier, à la salle à manger et même à la salle de bains, qui a été refaite. »

Ils ont suivi Denis Bourgeois jusqu'où il voulait les mener, tout en demeurant raisonnables dans le choix des matériaux.

« Il nous a fourni des plans complets, des vues en 3D en couleur qui correspondent exactement à ce qui a été fait, souligne Christian Garon. Lorsqu'il a présenté le projet, il a donné un prix final, qu'on a accepté. Il avait des soumissions pour tous les produits, des armoires jusqu'à la robinetterie et les luminaires. Cela ne nous a pas coûté un cent de plus. »

Le couple aurait pu économiser sur certains aspects, reconnaît M. Garon. « Mais on ne voulait pas dénaturer le projet, précise-t-il. Cela n'aurait pas été logique. On lui avait demandé de nous apporter des solutions créatives et on voulait, dès le départ, sortir de notre zone de confort. On a eu ce qu'on désirait, et plus. »

Les rêves les plus fous de Martine Thériault sont devenus réalité puisqu'elle peut tout mettre dans son nouveau mur de rangement, qui monte jusqu'au plafond. Sa famille (le couple a trois enfants : Annabelle, Thomas et Antoine, âgés de 16, 13 et 6 ans) mange par ailleurs autour de l'immense îlot de quartz la moitié du temps.

En planifiant tout en amont, bien confortablement assis chez soi, on s'évite beaucoup de stress, mentionne Denis Bourgeois.

« À partir du moment où on a un plan, on arrive à établir un budget, précise-t-il. On fait ensuite des ajustements. Le client peut choisir un comptoir en stratifié plutôt qu'en quartz ou prendre des poignées moins chères. Cela ne nuira pas au projet. »

Des attentes irréalistes

Trop souvent, les propriétaires veulent trop en faire sans en avoir les moyens et tournent certains coins ronds, déplore l'entrepreneur Luc Gendron, fondateur d'Habitation Plani-Conseil.

« Il faut pouvoir injecter une somme d'argent suffisante en prévoyant les taxes, dit-il. Sinon, on augmente de façon exponentielle les chances d'être déçu. »

La clé du succès ? Définir son projet et poser beaucoup de questions, dit-il. Il faut s'assurer, par exemple, que l'entrepreneur détient une licence de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ). En cas de litige, les clients insatisfaits auront certains recours et pourront être dédommagés si les travaux prévus au contrat sont mal faits, non exécutés ou non achevés.

Beaucoup de gens ferment les yeux, constate M. Gendron, qui est accrédité Réno-Maître et est recommandé par CAA-Habitation. « Si un entrepreneur contourne un règlement bon pour vous, quel règlement bon pour lui contournera-t-il ? », demande-t-il.

Confiance trahie

Une résidante de Montréal a d'ailleurs appris à ses dépens à quel point il est important de procéder dans les règles. Elle a agi de bonne foi, mais en faisant aveuglément confiance à un travailleur autonome recommandé par une connaissance, elle se trouve aujourd'hui dans une situation désastreuse.

Au départ, elle désirait régler un sérieux problème d'infiltration d'eau au rez-de-chaussée et au sous-sol. Elle avait entamé des démarches pour embaucher un entrepreneur détenant un permis de la Régie du bâtiment du Québec, mais elle tardait à obtenir un rendez-vous.

Le travailleur qu'elle a finalement engagé a admis d'entrée de jeu qu'il ne détenait ni permis de la RBQ ni numéro de compte de TPS/TVQ, ce qui n'est pas légal. Mais il a fait savoir qu'il les obtiendrait sous peu.

« Je l'ai cru », avoue celle dont nous préservons l'anonymat, car elle s'expose à des amendes pour avoir embauché un travailleur illégalement, même si elle a payé les taxes. Or, elle s'est retrouvée avec des travaux mal exécutés, qui devront être refaits. En attendant, son salon est dans un désordre indescriptible et ses murs sont percés de trous. La propriétaire se doute bien qu'elle sera incapable de récupérer quoi que ce soit.

Son conseil ? « L'opinion des proches et des amis est importante, mais il ne faut pas s'y fier à 100 %, indique-t-elle. Il faut aussi valider l'information. »

L'Association des consommateurs pour la qualité dans la construction (ACQC) veut mieux outiller les propriétaires avant qu'ils entreprennent des travaux. En novembre, à Laval, un premier cours donné en partenariat avec Me Claude Coursol, de CBG Avocats, juriste spécialisé en droit de la construction, portait un nom évocateur : « Rénovez sans vous faire flouer ».

« Il y a souvent une dichotomie entre ce qui est promis et ce qui est fait, explique Guy Giasson, porte-parole de l'organisme. Or, l'étape de la préparation est cruciale pour réussir une rénovation. »

Le choix de l'entrepreneur, la description détaillée des travaux et des paiements dans le contrat ainsi que le fait d'éviter le travail au noir sont tous des éléments essentiels à la réussite d'un projet, explique Me Coursol. Plus que jamais, la planification vaut le travail.

Me Claude Coursol, en partenariat avec l'ACQC, donnera la formation « Rénovez sans vous faire flouer » le 17 mars, à Laval. Une autre formation est prévue à Longueuil, en avril. 

Conseils pour une réno réussie

Voici huit pistes à suivre pour que votre projet de rénovation se déroule sans anicroche, avec un entrepreneur général ou spécialisé.

Qui peut faire quoi ?

On peut faire appel au travail bénévole d'un proche quand il s'agit de la construction ou de la rénovation d'un ouvrage destiné à son usage personnel ou à celui de sa famille. Les travaux doivent être de petite envergure et ne pas toucher la structure du bâtiment ni s'appliquer à une installation électrique ou à des équipements destinés à l'utilisation de gaz ou de pétrole. Il peut s'agir par exemple de repeindre les murs, de poser du gypse, d'installer des tuiles de céramique ou un plancher de bois. Mais quand on choisit d'embaucher un entrepreneur général ou spécialisé, il se doit de détenir les licences appropriées au type de travaux envisagés.

Avoir « ses cartes » ne suffit pas

« Ça peut être tentant de faire affaire avec un homme à tout faire, mais il faut savoir qu'il ne peut pas offrir de protection s'il y a des travaux qui ne tournent pas rond ; le propriétaire n'aura aucun recours », avertit François-William Simard, vice-président au développement stratégique et aux communications de l'Association des professionnels de la construction et de l'habitation du Québec (APCHQ). Embaucher un ouvrier qui possède ses cartes de compétences de la Commission de la construction du Québec n'offre pas davantage de protection : « Si un ouvrier veut faire affaire directement avec des clients, il doit avoir sa licence de la RBQ », précise Michel Talbot, enseignant en entrepreneuriat général à l'École des métiers de la construction.

Un entrepreneur en règle

Assurez-vous que l'entrepreneur détienne une licence de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ). Il est possible de vérifier si un entrepreneur spécialisé possède les licences appropriées en se rendant sur le site de la RBQ. Il s'agit d'entrer le numéro de licence pour vérifier si elle est en règle et si elle correspond aux travaux envisagés. Michel Talbot, de l'École des métiers de la construction, ajoute toutefois qu'il peut être préférable d'appeler directement à la RBQ : « Le site n'est pas toujours parfaitement mis à jour, le mieux est donc d'appeler », soutient-il. « Il est aussi recommandé d'aller sur le site de l'Office de la protection du consommateur pour vérifier si l'entrepreneur a des plaintes contre lui », ajoute de son côté François-William Simard, de l'APCHQ.

Les trois soumissions

Demandez absolument trois soumissions, recommande François-William Simard, de l'APCHQ. « Si une soumission est beaucoup moins élevée, il y a peut-être quelque chose qui cloche, dit-il. Il faut discuter de ses besoins et de l'enveloppe budgétaire, et s'assurer que ses attentes sont réalistes. » Pour faciliter la prise de contact avec ses membres, l'organisme vient de lancer un nouveau répertoire qui permet de trouver des entrepreneurs dans sa région et de leur envoyer une demande de soumission. Ils feront ensuite un suivi.

Un contrat précis

Servez-vous du modèle de contrat de rénovation résidentielle de la Régie du bâtiment du Québec pour savoir quelles informations demander : numéros de licence RBQ, TPS et TVQ, description détaillée des travaux, calendrier de leur réalisation, coût (pourcentage payé à chaque étape, en versant la plus petite somme possible à la signature du contrat), etc. « Écrivez toutes les choses sur lesquelles vous vous êtes entendus dans un courriel et posez une question afin de recevoir une réponse. Ce sera votre accusé de réception, indique Me Claude Coursol, spécialisé en droit de la construction. Pendant les travaux, consignez tout par écrit dans un journal de bord. »

Un chantier bien supervisé

Plus il y a de sous-traitants, plus il y a de risques d'avoir des malentendus, souligne MeClaude Coursol. « Demandez alors qui suivra le chantier pour s'assurer qu'il y ait une bonne communication. » Précisez dans le contrat comment seront payés les sous-entrepreneurs et stipulez qu'à la fin, une somme de sûreté sera retenue (10 % ou 15 % du total) jusqu'à ce que les travaux soient terminés et les sous-traitants payés, renchérit Charles Tanguay, porte-parole de l'Office de la protection du consommateur. Cela pourrait éviter que ceux-ci contractent une hypothèque légale contre votre maison.

Assurances travaux

Demandez à l'entrepreneur s'il a une assurance responsabilité adéquate, indique Me Coursol. « C'est rare que ce soit le cas, dit-il. Mais même s'il dit oui, ne prenez pas de risque et appelez votre propre assureur, surtout si vous faites des travaux de plomberie et d'électricité, qui entraînent une augmentation du risque. » L'assureur indiquera s'il est nécessaire d'ajouter un avenant pour la durée des travaux.

Les fautifs et les amendes

À moins qu'il s'agisse de proches bénévoles, faire appel à des ouvriers non qualifiés, non autorisés ou incorrectement rémunérés peut entraîner des poursuites de la part de la Commission de la construction du Québec (CCQ), de la RBQ, mais aussi de Revenu Québec ou de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). Une licence non conforme peut entraîner jusqu'à 28 000 $ d'amende, alors qu'un travail sans licence peut coûter aux fautifs jusqu'à 84 000 $. « Personne n'est à l'abri de la venue d'un inspecteur, soutient Michel Talbot, de l'École des métiers de la construction. Les inspecteurs peuvent consulter les permis de construction délivrés par les municipalités et aller vérifier sur place si tout est en règle. »

- Danielle Bonneau et Pierre-Marc Durivage




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