Passez au sous-sol

Réaménager le sous-sol est une option de plus... (Photo Olivier PontBriand, La Presse)

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Réaménager le sous-sol est une option de plus en plus privilégiée lorsque l'on veut gagner de l'espace de vie sans déménager ou encore agrandir sa maison.

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Gagner de l'espace de vie peut passer par un déménagement ou un agrandissement. La première option est de plus en plus onéreuse, alors que la seconde implique bien souvent de sacrifier une partie du terrain, la rendant moins attrayante. C'est pourquoi plusieurs choisissent plutôt de réaménager leur sous-sol. Témoignages, conseils et trucs de spécialistes.

Éric Hébert et Isabelle Desrochers-Galipeau... (Photo Olivier Pontbriand, La Presse) - image 1.0

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Éric Hébert et Isabelle Desrochers-Galipeau

Photo Olivier Pontbriand, La Presse

Un projet clés en main pour rester en ville

C'est un dilemme auquel font face bon nombre de jeunes familles urbaines avec l'arrivée d'un deuxième enfant. Et c'est ainsi que plusieurs font le choix de s'éloigner du coeur de l'île de Montréal. Mais Isabelle Desrochers-Galipeau et Éric Hébert tenaient à rester en ville. La solution est passée par le réaménagement de leur sous-sol.

  • Espace rénové: 600 pi2
  • Coût des rénovations: 75 000 $
C'est à l'occasion du renouvellement de leur contrat hypothécaire que le couple dans la trentaine a réfléchi aux options qui s'offraient à lui. « On ne voulait pas garder les enfants dans la même chambre à long terme et on tenait aussi à dormir sur le même étage qu'eux, du moins pour les premières années, nous a expliqué Éric. On a donc pensé vendre, on a même contacté une agente d'immeubles pour voir ce qu'il y avait sur le marché. »

Après une vingtaine de visites, le couple s'est aperçu qu'un duplex avec un sous-sol pleine grandeur comme le leur était une perle rare. « On a analysé l'idée de déménager dans un triplex et convertir deux logements en un seul, mais cela impliquait d'importantes rénovations, a poursuivi le jeune consultant en informatique. Comme on venait de dépenser plus de 70 000 $ pour des rénovations au rez-de-chaussée, mais aussi pour le remplacement des fenêtres, des portes et de la toiture, on se voyait mal recommencer le même processus. C'est donc notre courtière immobilière qui nous a suggéré de refaire l'aménagement du sous-sol... »

« Tant qu'à déménager et refaire des travaux, aussi bien rénover ici. »

Projet clés en main

Après avoir négocié autour de certaines contraintes réglementaires, le couple a demandé quelques soumissions avant d'embaucher un entrepreneur général qui lui avait été recommandé. « On a commis des erreurs dans nos rénovations au rez-de-chaussée, a reconnu Éric. Nous avons eu des surprises et comme nous avions choisi de payer nos ouvriers à taux horaire, ça nous a coûté plus cher. On voulait donc un projet clés en main cette fois. »

« On a deux enfants maintenant, je ne voulais plus jouer le rôle de gestionnaire de projet », s'est empressée d'ajouter Isabelle, qui a assuré le suivi de chantier lors des rénovations précédentes, au rez-de-chaussée.

L'entrepreneur a exigé de travailler avec un plan, sans quoi il aurait fait le travail à taux horaire pour parer à tout imprévu. Il leur a ainsi suggéré de faire appel à une designer. Le jeu en a valu la chandelle. « Le drain principal de la maison passait dans le plafond du sous-sol, coupant le chemin de la poutre de soutien que l'on voulait encastrer dans le plafond, a expliqué Éric Hébert. Il a donc fallu installer une nouvelle colonne, mais ça n'a pas entraîné de coût supplémentaire étant donné qu'on a choisi un projet clés en main. » Sans compter que les conseils de la designer leur ont permis d'harmoniser cette colonne imprévue dans le décor.

L'entrepreneur n'a pas non plus exigé de frais supplémentaires pour colmater une fissure dans la fondation révélée en découpant une ouverture pour agrandir une fenêtre. « Par contre, la facture n'a pas été revue à la baisse quand on a découvert que la tuyauterie était déjà en place pour l'évacuation de l'eau vers le drain français, a nuancé Isabelle, qui travaille comme agente de recherche en milieu universitaire. Mon entrepreneur a fait valoir qu'il pouvait y avoir de bonnes surprises pour nous, mais aussi pour lui. »

La totale

Isabelle et Éric auraient pu compléter eux-mêmes l'aménagement de leur nouveau sous-sol, mais ils ont choisi de poursuivre la démarche avec leur designer Marie-Andrée Demers, qui les a donc guidés dans le choix des matériaux et du design.

« En magasin, les représentants nous attendaient, ils avaient les plans en main et avaient reçu les suggestions de notre designer, basées sur nos préférences générales, a indiqué Isabelle Desrochers-Galipeau. Aussi, elle nous a sortis de notre zone de confort avec des choix plus audacieux comme la mosaïque du plancher de salle de bains. Tout ça nous a permis de sauver temps et tracas, a conclu la jeune femme. Si c'était à refaire, on ferait les mêmes choix. »

Audrée Gosselin et Vuthy Thong... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE) - image 2.0

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Audrée Gosselin et Vuthy Thong

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Parents autoconstructeurs

Enceinte de son quatrième enfant, Audrée Gosselin a dû se rendre à l'évidence : elle et son conjoint Vuthy Thong devaient trouver un moyen de loger toute cette joyeuse marmaille. L'idée de déménager a vite été évacuée ; c'est en rénovant le sous-sol de leur maison de la Rive-Sud qu'ils allaient aménager un espace de vie pour voir grandir leur fille et leurs trois garçons.

  • Espace rénové: 1300 pi2
  • Coût des rénovations: 75 000$

Les circonstances sont à la base favorables. On parle d'un couple d'ingénieurs, Audrée est en congé de maternité et son père, qui demeure dans le logement du haut, est un habitué des rénovations. « On a donc pensé au concept, Vuthy a dessiné le plan et l'a modélisé en trois dimensions. Quant à mon père, il a aussi un très bon oeil », nous a dit Audrée, qui a, depuis, retrouvé sa tâche de professeure à l'École nationale d'aérotechnique.

Après avoir réglé la question de l'entreposage en empilant des boîtes jusqu'au plafond dans la chambre à coucher, en plus d'investir le garage de la soeur d'Audrée, le couple a d'abord dû décider jusqu'où aller quant à l'aménagement de la dalle et du revêtement de plancher, en tenant pour acquis qu'il voulait aménager un système de chauffage radiant à l'eau chaude. « On s'est aperçu que la dalle existante était simplement constituée de deux pouces de béton coulé directement sur la terre, a expliqué Vuthy. Comme on voulait l'isoler sans perdre de hauteur, il fallait donc creuser pour faire l'installation du gravier et des panneaux de mousse isolante. »

C'est à ce moment que le couple de trentenaires a demandé des soumissions à plusieurs entrepreneurs, de la firme haut de gamme qui demandait 90 000 $ à celui trouvé par une agence de référence en rénovation. Celui-ci promettait de tout faire pour seulement 35 000 $, mais il s'est avéré être un charlatan - l'agence a d'ailleurs modifié ses procédures de vérification des entrepreneurs après avoir découvert le pot aux roses. Si bien qu'Audrée et Vuthy ont choisi leurs ouvriers à la pièce, et seulement pour les travaux qu'ils ne pouvaient pas faire eux-mêmes.

« Qu'est-ce qu'on peut faire pour réduire nos coûts ? On a donc évalué la gestion du risque que ça impliquait si on prenait en charge certaines parties des travaux », expliqe Vuthy Thong.

Mettre la main à la pâte

Comme ils songeaient à garder le plancher de béton visible, l'option du béton renforcé en fibre de verre était à proscrire. Il fallait donc opter pour une armature en treillis de métal, et c'est Audrée qui s'est chargée de l'acheter. Quand les ouvriers spécialisés en dalles de sous-sol se sont mis au boulot, ils ont stoppé le travail à mi-chemin, le roc étant trop dur. « On avait demandé que l'on creuse la dalle d'un pied, a dit Vuthy. Nous avons donc décidé de mettre la main à la pâte ; ils nous ont prêté l'équipement pendant tout un week-end, et nous en sommes venus à bout. »

Avant le coulage du béton, un plombier a installé la tuyauterie du plancher radiant ainsi que celle du système de drainage et de la salle de bains. Audrée et Vuthy voulaient aussi en profiter pour dégager du plafond la tuyauterie du circuit de chauffage existant. Comme le plombier demandait un prix exorbitant, ils ont décidé de faire le travail eux-mêmes. « On a trouvé sur les petites annonces un vieux plombier retraité qui vendait sa machine à fileter les tuyaux, s'est rappelé Vuthy. On a ainsi refait les raccords des tuyaux existants avec un système de tuyauterie neuf en plastique PEX. »

Ils ont ensuite laissé le béton mûrir pendant un mois avant de procéder à la finition artistique à l'uréthane poli. Période pendant laquelle on a procédé au sablage des poutres du plafond, qu'ils voulaient apparentes pour accentuer l'effet de hauteur. « Deux grosses semaines de travail, a affirmé Vuthy. C'était incroyablement salissant, le bois avait été noirci pendant des années par les vapeurs de l'ancien système de chauffage au mazout. » C'est aussi à ce moment qu'ils ont déplacé le chauffe-eau et la fournaise électrique existante.

Travail d'équipe

Vuthy, Audrée et son père Michel ont à peu près fait tout le reste, mis à part les divisions, la céramique de la salle de bains et l'installation d'un nouveau panneau électrique. Ils ont aussi confié la fabrication et l'installation de leur nouvel escalier - les rampes en fer forgé étaient sur le point d'être livrées au moment de notre visite.

« Heureusement, on forme une équipe complémentaire, a soutenu Vuthy. Audrée était responsable de la logistique, Michel s'y connaît beaucoup en plomberie alors que je suis très à l'aise avec l'électricité, grâce à ma formation d'ingénieur électrique. Tout compte fait, on aurait pu tout faire, sauf la dalle de béton. »

Au total, ils ont investi près de 825 heures de travail en huit mois, sans compter la gestion et la surveillance de chantier. Mais le couple estime qu'il aurait payé près de 50 000 $ de plus s'il avait opté pour un projet clés en main.

« Ce n'est pas donné à tout le monde de faire un projet comme celui-là, a reconnu Audrée. Il faut avoir des connaissances et un esprit technique concret. »

L'avis des spécialistes

Planifier des travaux dans le sous-sol commande une série de précautions qui sont propres à ce type de rénovation, selon que l'on veut simplement aménager un espace déjà adéquat ou que l'on cherche à l'agrandir. Le tour de la question avec un entrepreneur spécialisé, une architecte et une designer.

LES FONDATIONS

« Au fil du temps, les mouvements de la maison peuvent créer des fissures dans la fondation, soutient Marc-André Ferland, propriétaire du Groupe TCR. L'eau peut ainsi s'infiltrer, autant en raison d'un mauvais drainage, de l'absence ou de l'obturation du drain français. » Il faut donc tester l'étanchéité des fondations, tout comme il faut faire l'examen préalable du sous-sol. « On peut malgré tout avoir de mauvaises surprises, soutient M. Ferland. Dans un sous-sol, j'ai touché du roc en cinq endroits, malgré des tests préalables. C'est donc judicieux de s'informer auprès de voisins pour savoir à quel genre de sol on a affaire. »

PENSER AU RADON

Le radon est un gaz radioactif qui provient de l'uranium naturellement présent dans la croûte terrestre. Il peut s'infiltrer par les fondations et peut entraîner des problèmes de santé quand sa concentration est trop importante. « Si on casse la dalle, on peut prévoir un système de ventilation, explique l'architecte Renée D'Amours. On aménage dans le gravier une chambre d'air avec un tuyau qui amène les gaz à l'extérieur. » On en profite aussi pour ajouter une membrane pare-vapeur.

CREUSER UN SOUS-SOL

« Il y a deux façons d'augmenter la profondeur d'un sous-sol, explique Marc-André Ferland, qui se spécialise dans ce genre de travaux. La première méthode consiste à couler des murs de béton à côté des fondations existantes. C'est la solution retenue pour les vieilles maisons construites en rangée. On perd toutefois de l'espace, mais on peut utiliser ces murs pour y aménager des espaces de rangement. Pour les fondations installées en sous-oeuvre, on fait appel à un leveur de maison et on refait une nouvelle fondation. C'est de 25 à 30 % plus cher, toutefois. » Au total, pour une nouvelle dalle complète isolée à l'uréthane avec un système de tuyauterie complet, on peut aller jusqu'à 60 $ du pied carré.

CHOIX DE REVÊTEMENT

« Le revêtement de plancher est très important. Le sous-sol est plus frais, les risques d'inondation sont plus grands, fait valoir la designer Marie-Andrée Demers. Un revêtement de béton ou de tuile va permettre de limiter les dégâts. Un plancher flottant se remplace aussi facilement en cas de pépin. Enfin, les planchers radiants sont aussi de plus en plus en vogue, ça accroît énormément le confort, d'autant plus que ça coupe aussi l'humidité. De base, le plancher radiant n'est pas un appareil de chauffage, mais s'il a été bien installé, on va obtenir un bon confort, et ce n'est pas trop gourmand en électricité. »

ÉTAT DES STRUCTURES

« Pour une maison neuve ou ancienne, il faut valider avec les villes et arrondissements pour connaître les différents règlements, avertit Marie-Andrée Demers, qui a ouvert son bureau de design à Mont-Saint-Hilaire en 2001. Aussi, il faut s'assurer que la structure de soutènement est suffisamment solide. Parfois, les montants ont été drôlement entretenus, des tuyaux passent parfois dans des poutres principales. Les escaliers sont dans certains cas non conformes et très dangereux. Bref, il faut regarder tous les points de construction avant de commencer les rénovations. Ça peut évidemment affecter la facture. »

FAIRE ENTRER LA LUMIÈRE

« Il faut déterminer où sont les entrées de lumière naturelle et tirer le meilleur parti des pièces lumineuses, explique Renée D'Amours. On organise ensuite le rangement dans les endroits moins éclairés. Si la règlementation le permet, on peut aussi aménager des sauts de loup ; au lieu de mettre une margelle classique, on peut faire quelque chose de plus profond. Ça permet de faire entrer davantage de lumière. » Des miroirs disposés dans un corridor qui distribue bien la lumière peuvent être un ajout judicieux, autant que le choix et la disposition des luminaires.

REVÊTEMENT DE PLAFOND

« Afin d'éviter les ennuis, on doit d'abord s'assurer que tout ce qui est mécanique est en ordre avant de fermer le plafond, recommande Marie-Andrée Demers. Quand le plafond est plus bas, je préconise l'utilisation de panneaux de gypse, ça prend moins d'espace qu'un plafond suspendu. Aussi, le gypse se répare assez facilement. Par contre, s'il y a des fils ou de la tuyauterie, on doit tricher un peu en aménageant des retombées. On garde le maximum de hauteur aux endroits où c'est possible et on essaie d'harmoniser les retombées ; on a moins l'impression de se retrouver dans une petite caverne. »

UNE VALEUR AJOUTÉE ?

« Il faut évaluer notre investissement en fonction de la surface disponible et la valeur que cette surface peut ajouter, soutient l'architecte Renée D'Amours. Par exemple, sur le Plateau Mont-Royal, un sous-sol vaut son pesant d'or, ça vaut la peine d'y aller pour une rénovation de qualité. » « Ce n'est pas ce qui augmente le plus la valeur d'une maison, il est généralement plus avisé d'investir dans une cuisine, par exemple, suggère de son côté la designer Marie-Andrée Demers. Par contre, ça peut devenir une plus-value quand on y aménage une salle de bains, surtout quand il y en a une seule dans la maison. »

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Note: Soyez avisés que tous travaux d'électricité dans une propriété doivent être effectués par un entrepreneur électricien, sans quoi, les propriétaires s'exposent à une amende.




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