Fille de flip: la passion d'acheter pour revendre

Marie-Jeanne Rivard a fait du flip un travail à temps... (PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE)

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Marie-Jeanne Rivard a fait du flip un travail à temps plein et une passion.

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Charles-Édouard Carrier

Collaboration spéciale

La Presse

Acheter une maison pour la rénover, puis la revendre. L'opération, baptisée flip, peut s'avérer payante. Mais elle est risquée. Avec 20 transactions de ce genre à son actif, Marie-Jeanne Rivard semble avoir trouvé la bonne recette... Portraits et conseils.

Marie-Jeanne Rivard, la jeune trentaine, maîtrise comme pas une l'univers du flip. Avec près d'une vingtaine de maisons achetées, repensées, rénovées et revendues, elle en a fait un travail à temps plein et une passion. Entrepreneure en construction, elle est aussi la vedette de la nouvelle émission Flip de fille présentée à l'automne à la chaîne Moi&Cie.

Son premier projet de rénovation, c'était en 2006, avec sa soeur. «Nous avons acheté un duplex ensemble. Nous l'avons complètement rénové et habité pendant trois ans. À cette époque, j'étais étudiante à la maîtrise. Nous avions l'habitude de rénover nos appartements pour les mettre à notre goût. Puis on a fait des calculs et on s'est dit qu'acheter quelque chose et l'aménager selon nos besoins serait bien mieux que de le faire entre quatre murs qui ne nous appartiennent pas.» Celle qui se destinait à une carrière en psychiatrie s'est laissé emporter par le tourbillon d'un travail passionnant et a troqué le sarrau d'un centre de recherche et des études au doctorat pour le casque de construction et la vie sur un chantier.

«Ça occupe tellement de place dans mon quotidien et celui de mon chum! Il est urbaniste de formation et nous aimons travailler ensemble sur les projets. La journée commence en parlant rénos, et se termine de la même façon. C'est une passion que l'on partage à deux.» Mais il faut aussi se ressourcer et recharger les batteries. La maison qu'ils ont construite au nord de Montréal est leur havre de paix. «Mon chum a son érablière, moi, sans connexion cellulaire, j'en profite pour relaxer et déconnecter.»

Des succès et une émission

Après presque 10 ans, Marie-Jeanne Rivard cumule plusieurs projets d'envergure. «Si personne ne veut acheter, il y a de bonnes chances que ça m'intéresse. Je suis reconnue pour choisir des projets compliqués, mais le résultat en vaut le coût.»

Alors que d'autres abandonneraient, la dynamique entrepreneure garde sa motivation en pensant à ce qu'elle obtiendra au final. Elle voit le potentiel dès la première seconde et excelle dans la gestion de chantier, peu importe les embûches.

Si bien qu'on lui a proposé d'avoir sa propre émission de rénos: Flip de fille, diffusée  à Moi&Cie. Avec un budget de 400 000$, elle doit acheter, rénover et vendre une maison en 90 jours. «L'idée, c'était d'avoir une émission réaliste et informative. On y montre mon travail en tant qu'entrepreneure générale, les hauts et les bas de la rénovation majeure et on détaille chaque étape du processus, du choix de la propriété à rénover, jusqu'à la livraison à son acheteur», explique Marie-Jeanne Rivard.

Mais l'émission pourrait aussi jouer un autre rôle important, espère-t-elle. «J'aimerais que ça inspire d'autres femmes à entrer dans le domaine de la construction. C'est un milieu qui n'est pas du tout réservé aux femmes et c'est un métier très stimulant intellectuellement. Ce n'est pas l'art de manier le marteau tant qu'une longue série de défis d'organisation.»

Le projet  Boxotel 

La femme d'affaires planifie déjà une retraite qui pourrait arriver beaucoup plus rapidement qu'on ne le croirait: «L'idée de vouloir prendre ma retraite à 35 ans est en fait de pouvoir atteindre une autonomie financière qui me permettra de travailler sur des projets qui m'intéressent au moment où je le veux bien. Et le projet d'hôtel, baptisé  Boxotel , va dans cette direction-là.»

En plein coeur du Quartier des spectacles, Marie-Jeanne Rivard a acheté un vieil immeuble qu'elle a rasé au complet: «J'aime travailler avec l'existant, pour conserver le patrimoine et limiter les coûts, mais cette fois-ci, c'était tout simplement impossible.» Sur cette même intersection, elle a amorcé la construction d'un petit complexe de 20 micro-appartements complètement équipé avec café, bar, salle de réception, gymnase et terrasse sur le toit. «Je veux tester le concept et voir si cela pourra ensuite s'exporter ailleurs.»

Ses maisons, sa signature

Dans chacun de ses projets, elle ajoute une touche personnelle, une sorte de signature: «De l'extérieur, c'est l'adresse inscrite en clair, dans une vitre givrée. En se promenant dans le Sud-Ouest, à Montréal, on peut reconnaître les projets que j'ai réalisés. Puis à l'intérieur, ce sont les planchers de béton chauffant partout dans la maison.»

Le design minimal et fonctionnel de Marie-Jeanne Rivard est aussi en quelque sorte une caractéristique à laquelle elle a été associée. Elle maximise l'entrée de lumière et crée un aménagement fonctionnel, mais ne s'en tient qu'à l'essentiel. «C'est ce qui m'importe le plus: des espaces de vie sains que je conçois de A à Z tout en maximisant le potentiel de la propriété.»

Chaque maison signée Marie-Jeanne Rivard a trouvé preneur: des gens sensibles pour qui le coup de coeur justifiait l'achat. «On me dit souvent que mes maisons ont une belle âme. Elle est là, ma réussite.»

Conseils pour se lancer

Cinq conseils de Marie-Jeanne Rivard avant de se lancer dans un flip.

Pas de maquillage

«Il faut éviter de tomber dans le piège des flips à l'américaine.» Pour Marie-Jeanne Rivard, cela veut dire faire une opération qui se résume à un travail de maquillage. Peinture, sablage de plancher, rénovation sommaire: le but est de minimiser les coûts et de maximiser les profits. «Je trouve que c'est tricher. Ce n'est pas un vrai flip si tu n'as pas été au fond des choses. Quand je revends, je sais que la personne en a pour son argent. Pour que ce soit un flip réussi, on doit viser un produit zéro inquiétude.»

Penser que nous sommes au Québec

La plupart des émissions de télévision qui présentent des projets de rénovations majeurs et des flips sont tournées aux États-Unis. «Au Texas, les fenêtres n'ont pas de thermos, on ne parle ni d'isolation ni de l'hiver.» En outre, le Code du bâtiment québécois est strict. Comme les règles changent d'une province à l'autre, se baser sur les chiffres d'un flip américain ou même ontarien est une erreur qui peut coûter cher.

Avoir son équipe

Dans un projet de rénovation majeure, il faut travailler avec les bonnes personnes. «Ça facilite les choses d'avoir une équipe dès les premières visites d'une maison. Surtout, il faut déjà avoir choisi son entrepreneur. En visitant avec lui, il pourra faire des comparaisons, effectuer quelques calculs rapides et voir le potentiel réaliste du flip. Un entrepreneur peut déjà visualiser le chantier et se prononcer sur le réel intérêt de la propriété.»

Inspecter et poser des questions

«Toute personne qui achète une maison devrait la faire inspecter par quelqu'un de qualifié, comme un inspecteur en bâtiment. Et avant de signer le contrat d'achat, il faut s'assurer que notre projet est acceptable auprès de la municipalité. L'architecte pourra faire les démarches auprès des autorités municipales pour valider le projet avant l'achat.» Il arrive que des gens achètent, puis au moment de démarrer leur projet, ils réalisent que la municipalité ne le permet pas.

Être différent

Si l'on décide d'entreprendre un flip dans le but de revendre, le résultat final doit être unique. «Ça ne signifie pas de trouver une façon d'installer une piscine creusée dans la minuscule cour arrière. Je parle plutôt d'arriver à faire un produit unique du point de vue du design et de l'espace: jouer avec la fenestration, les plafonds, préserver l'histoire du bâtiment, etc. On ne peut pas espérer revendre avec un bon profit si on ne fait que du copier-coller. Il faut se distinguer.»

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