Viggo Mortensen: loin des conventions

Le premier rôle au cinéma de Viggo Mortensen... (Photo Joel Ryan, Associated Press)

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Le premier rôle au cinéma de Viggo Mortensen était dans Witness de Peter Weir avec Harrison Ford. Il a également joué dans la trilogie Lord of the Rings de Peter Jackson et dans trois films de David Cronenberg.

Photo Joel Ryan, Associated Press

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De son propre aveu, Captain Fantastic, qui a pris l'affiche vendredi, est l'un des meilleurs films auxquels il ait participé. Toute une déclaration de la part de  Viggo Mortensen, acteur de 57 ans à l'impressionnant curriculum vitae, qui s'est glissé pour l'occasion dans la peau de Ben, dévoué père de six enfants de 7 à 18 ans qu'il a choisi d'élever en marge de la société dans la forêt, jusqu'à ce que le destin frappe sa famille et l'amène à découvrir le monde extérieur.

Qu'est-ce qui vous a séduit dans Captain Fantastic?

Le fait que cette histoire soit si originale. Je l'ai adorée dès la première page. J'ai tout d'abord cru qu'elle parlait d'un libéral au rêve utopique et de sa famille vivant dans une situation extrême de marginalité qui sortirait de la forêt pour s'opposer aux conservateurs. Mais j'ai vite réalisé que ce n'était pas le cas. Ce film parle de la nécessité de trouver des moyens de communiquer. Il m'a fait beaucoup réfléchir sur mon rôle de père et sur mon fils, mais aussi sur la société.

Quel regard ce film vous a-t-il fait porter sur notre société?

On est dans une période de rigidité, de polarisation de la société. Spécialement aux États-Unis. Tout cela est basé sur un réel problème de communication, je pense. Avec les nouvelles technologies, on a davantage accès à l'information et aux divers points de vue, mais les gens semblent rester dans leur camp sans communiquer. Ce film traite de ça indirectement. Au début des années 70, les tensions sociales et la polarisation étaient aussi importantes et cela a donné lieu à des films comme Easy Rider ou même Taxi Driver. Ils mettaient le doigt sur un phénomène de société après la guerre du Viêtnam. Je crois que Captain Fantastic fait partie de ces films représentatifs et significatifs de notre époque dont les gens vont se souvenir.

Toute l'équipe du film a participé à un camp d'entraînement de deux semaines dans la forêt avant le tournage. Pouvez-vous nous parler de cette expérience?

Les enfants et moi devions avoir des aptitudes particulières pour le film. On avait aussi besoin de passer du temps ensemble, de jouer de la musique pour mieux se connaître. On a pratiqué les arts martiaux, l'escalade, mais on a surtout appris à se connaître, à développer une complicité. Dès le premier jour de tournage, on formait déjà une équipe, une famille. Le plus beau compliment que j'ai reçu venait des enfants qui ont commencé à m'appeler «leur papa d'été». Ils me faisaient confiance, tout comme leurs parents. Le camp qu'on découvre à l'écran est celui où nous sommes restés pendant ces deux semaines. J'ai aimé cette expérience, surtout construire un potager. Le réalisateur trouvait important que les premières scènes soient crédibles, qu'on puisse croire qu'ils soient vraiment autosuffisants.

Ben entraîne ses enfants comme le ferait un militaire et les pousse à se dépasser à travers la lutte, le maniement des armes, etc. Qu'avez-vous appris?

Je devais avoir l'air de savoir escalader. Ç'a été difficile pour moi, car je n'aime pas trop les hauteurs. Disons que j'avais hâte que cette journée de tournage où j'escalade la montagne avec les enfants finisse! Eux grimpaient comme de petits singes, sans peur!

De quelle manière vous êtes-vous glissé dans la peau de ce personnage?

Ben est complexe. C'est un des plus beaux personnages qu'il m'ait été donné de jouer: il est drôle, passionné, fait des erreurs, mais essaie de les corriger. Il est à la fois complexe et passionné. J'ai déjà joué certains aspects de sa personnalité dans d'autres films, mais jamais tous en même temps. J'ai aimé ce défi. Il y a certains de mes personnages que je n'aimerais pas croiser dans la rue! Mais je dois quand même aller chercher quelque chose en moi pour me rattacher à eux. Avec Ben, c'est son effort d'essayer de communiquer avec les autres, de trouver un moyen de dialoguer avec ses enfants.

George MacKay, Viggo Mortensen, Annalise Basso et Samantha... (Photo Erik Simkins, fournie par Bleecker Street) - image 2.0

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George MacKay, Viggo Mortensen, Annalise Basso et Samantha Isler dans Captain Fantastic de Matt Ross

Photo Erik Simkins, fournie par Bleecker Street

Quelle relation avez-vous établie avec le réalisateur Matt Ross, qui a remporté le prix de la mise en scène à Cannes dans la section Un certain regard?

Après avoir lu le scénario, j'avais hâte de le rencontrer. On devait se rencontrer pour discuter une demi-heure autour d'un café et on a fini par parler pendant quatre heures à propos de la paternité, du sens que l'on donnait à cette histoire. Peu de choses ont changé. On s'est surtout assurés de la véracité des propos mathématiques, philosophiques ou sur la littérature avancés par les personnages du film. C'est un réalisateur qui me fait beaucoup penser à David Cronenberg. Ils sont tous les deux très ouverts aux suggestions de l'équipe et ne voient pas les questions comme des menaces ou une insulte à leur autorité. Ils ont l'intelligence de penser qu'on ne sait jamais d'où peut surgir une bonne idée. C'est une approche très adulte de faire de l'art et j'adore ça!

En quoi Captain Fantastic a-t-il changé votre regard sur l'éducation?

Il confirme certaines choses que j'ai faites avec mon fils et m'a fait remettre en question certaines autres. Il est impossible d'être un parent parfait, présent 100 % du temps. Cette histoire est un cas extrême de conscious parenting («parentalité consciente»). Ben renonce à tout pour élever ses enfants. Chaque fois que mon fils voulait jouer, j'aurais bien aimé tout laisser tomber pour le faire. Mais il fallait préparer le dîner, répondre au téléphone, etc. La vie est courte. On peut toujours s'améliorer en matière de communication avec les autres et c'est ce que le film montre. Ce n'est pas parce qu'on fait quelque chose de mal qu'il faut abandonner. On peut s'adapter, être flexible. On n'a pas besoin de partir vivre dans la forêt pour ça. On oublie, dans l'urgence de la vie de tous les jours, de prendre le temps d'observer. J'essaie de sortir ou, si ce n'est pas possible, de prendre le temps de regarder dehors. C'est pour cela que j'aime écrire des poèmes, prendre des photos ou même jouer dans des films.

Un acteur qui a plusieurs cordes à son arc

En 2002, Viggo Mortensen crée sa propre maison d'édition, Perceval Press, qui publie ses recueils de poésie et ses livres de photos.

Le photographe émérite ne se sépare jamais de son appareil sur les plateaux de tournage et est souvent exposé dans des galeries américaines.

Mortensen est aussi musicien de jazz et souhaite bientôt passer derrière la caméra pour réaliser l'an prochain son premier long métrage.

Peintre nourri à l'abstrait, il a signé toutes les peintures du film A Perfect Murder d'Andrew Davis.

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