FFM: grandeur et misères d'un événement ambitieux

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Le cinéma Le Parisien accueillait autrefois le Festival des films du monde.

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Samedi, 6 h du matin. Alors que les billets seront mis en vente trois ou quatre heures plus tard, la file d'attente commence déjà à s'allonger dans la rue Sainte-Catherine.

Serge Losigue a créé le Festival des films du... (Photo Marco Campanozzi, Archives La Presse) - image 1.0

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Serge Losigue a créé le Festival des films du monde en 1977.

Photo Marco Campanozzi, Archives La Presse

Robert De Niro au FFM en 2002... (Photo Ivanoh Demers, Archives La Presse) - image 1.1

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Robert De Niro au FFM en 2002

Photo Ivanoh Demers, Archives La Presse

Peu de temps après l'ouverture des guichets, des séances affichent déjà complet. Une fois le festival lancé, le rituel des files d'attente interminables, à l'intérieur comme à l'extérieur du cinéma Le Parisien, fait partie de la fête. Il n'y a souvent plus assez de places dans les salles pour accueillir à la fois tous les accrédités et les spectateurs dûment munis de billets. Des accrochages ont parfois lieu.

Certaines séances se déroulent dans des salles où plusieurs spectateurs se retrouvent même assis par terre dans les allées. Une fois les quatre ou cinq films quotidiens visionnés, le festivalier se tourne alors vers Télé-festival, diffusé 24 heures sur 24 sur une chaîne câblée, pour prendre des nouvelles et entendre des interviews réalisées avec les vedettes de passage. Un magazine quotidien - Ciné festival - est aussi publié, permettant ainsi au cinéphile de tromper l'attente dans les files.

Quand on évoque la grande époque du Festival des films du monde (FFM) - celle des années 80 et 90 -, les plus jeunes cinéphiles regardent parfois leurs aînés d'un air un peu ahuri. Parle-t-on vraiment du même festival ? Celui que tout le monde dit être en déliquescence depuis au moins 15 ans ? Il appert pourtant que cet événement, fondé par Serge Losique en 1977, a été animé pendant des années d'une véritable ferveur populaire. Il était aussi considéré alors comme l'un des plus importants rendez-vous cinématographiques de la planète.

UN CONTEXTE DIFFÉRENT

À la création du FFM, l'échiquier était pour le moins différent de celui d'aujourd'hui. Le contexte aussi. On ne compte alors qu'une vingtaine de festivals de cinéma en Amérique du Nord. Plusieurs d'entre eux ont une vocation plus spécialisée que généraliste. Le festival de Toronto, lancé l'année précédente, a l'ambition de présenter aux cinéphiles torontois les meilleurs films produits dans le monde, particulièrement du côté anglo-saxon. À Montréal, il n'existe alors que le Festival international du film 16 mm (qui deviendra ensuite le Festival du nouveau cinéma), créé six ans plus tôt. La vocation plus expérimentale et underground du festival montréalais n'est alors pas mise en concurrence avec celle du festival généraliste que compte organiser Serge Losique. Tous les festivals de cinéma « de niche » qu'on retrouve aujourd'hui dans la métropole québécoise (Fantasia, Cinemania, Rencontres internationales du documentaire, Festival du film sur l'art, Image et Nation, Festival du film Black et quelques autres) verront le jour beaucoup plus tard.

L'idée de créer un grand festival de cinéma « à l'européenne » en Amérique du Nord s'est révélée excellente, d'autant que le créneau n'avait encore été pris par personne. Après Cannes et Berlin, des festivals réputés et établis depuis longtemps, Montréal s'est inscrit rapidement - et avantageusement - sur le circuit des grands festivals internationaux. La Mostra de Venise, le plus ancien des festivals, battait sérieusement de l'aile à l'époque.

SANS ENTRAVES

De plus, le monde de la distribution des films n'avait strictement rien à voir avec celui d'aujourd'hui. En plus d'avoir assez d'attrait pour retenir dans sa compétition des films réalisés par des cinéastes réputés, le FFM présentait dans ses sections parallèles tous les grands films déjà primés ou sélectionnés auparavant par Berlin et Cannes. Ces oeuvres très attendues prenaient ensuite l'affiche à Montréal en programme régulier dans la foulée, permettant ainsi au festivalier de prolonger « son » festival pendant deux semaines ou plus s'il le voulait.

À cette époque, maintenant révolue, plusieurs distributeurs québécois avaient pignon sur rue et pouvaient accéder sans entraves à toutes les productions internationales offertes sur le marché. Cette dynamique a complètement basculé le jour où des distributeurs américains se sont mis à acheter des films internationaux - y compris français - pour tout le territoire nord-américain. À cet égard, il est bien difficile d'évoquer le déclin du FFM sans souligner en parallèle l'émergence du festival de Toronto.

LES FRÈRES ENNEMIS

Alors que le FFM, malgré certaines controverses, connaissait bon an, mal an un succès enviable, de premiers signes inquiétants sont apparus à la fin des années 90. Des films français attendus des cinéphiles se sont alors mis à passer par-dessus nos têtes - avec les stars qui les accompagnaient - pour aboutir directement dans la Ville Reine. Hollywood ayant désormais choisi le TIFF comme rampe de lancement pour ses productions de prestige - bonjour, les Oscars -, tous les grands intervenants du cinéma mondial ont suivi, y compris les Français, pour qui le Québec constitue quand même, du moins en principe, un territoire « naturel ».

Le festival de Toronto, considéré comme le deuxième en importance au monde, ayant lieu quelques jours seulement après la fin du FFM, il est devenu de plus en plus difficile pour les programmateurs montréalais d'obtenir des primeurs intéressantes. La presse internationale et les médias dits « de référence », américains ou français, n'inscrivent plus le rendez-vous montréalais dans leur calendrier.

CHANGEMENT DE VOCATION

Au fil des ans, la vocation du Festival des films du monde s'est tournée vers la notion de diversité culturelle et de cinéma émergent. Dénué de grands films porteurs, abandonné à son sort par les distributeurs, les institutions et pratiquement tout le milieu du cinéma, le FFM se retrouve aussi coincé dans des dates où il devient bien difficile de manoeuvrer. La Mostra de Venise - qui a repris du poil de la bête de façon spectaculaire - et le TIFF se disputent en effet les grandes primeurs du début de l'automne.

Envers et contre tous, l'événement montréalais a quand même miraculeusement survécu au fil des ans. Même s'il a du mal à se renouveler, le FFM peut toujours compter sur le soutien de fidèles cinéphiles, dont un certain nombre qui le suivent depuis plusieurs décennies. Nos concitoyens issus des communautés culturelles, heureux de pouvoir voir des oeuvres venues de leur pays d'origine, célèbrent aussi ce festival qui, dans les faits, a toujours fièrement porté son nom.

Le 40e Festival des films du monde de Montréal a lieu du 25 août au 5 septembre au Cinéma Impérial et au Cineplex Forum.

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