L'homme irrationnel, une tragi-comédie ciselée de Woody Allen à Cannes

Woody Allen était à Cannes, vendredi.... (Archives AFP)

Agrandir

Woody Allen était à Cannes, vendredi.

Archives AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Catherine MARCIANO
Agence France-Presse
CANNES

Un professeur de philosophie, anti-héros désabusé et dépressif, mais bien sûr irrésistible, revient à la vie en fomentant le crime parfait: Woody Allen a offert vendredi aux festivaliers de Cannes L'homme irrationnel (Irrational Man), tragi-comédie enlevée qui sonde les choix existentiels.

Irrational Man... (Photo: fournie par Métropole Films) - image 1.0

Agrandir

Irrational Man

Photo: fournie par Métropole Films

La dernière livraison du prolifique Woody Allen, très fidèle à ses obsessions persistantes, ne surprendra pas, mais déroule répliques drolatiques et rebondissements divertissants.

«Avez-vous déjà pensé assassiner quelqu'un?», demande un journaliste à Woody Allen, qui s'est prêté au jeu des questions vendredi à Cannes. «À l'instant même où vous le dites!», rétorque le réalisateur du tac au tac.

Le choix de commettre un meurtre du professeur est aussi «irrationnel» que «de croire au paradis», remarque-t-il. «Vous faites des choix dans la vie et vous allez de l'avant!»

Le film permet de retrouver la pétillante actrice rousse américaine Emma Stone à la carrière météorique. Elle joue une jeune étudiante qui tombe amoureuse de son professeur de philosophie torturé, forcément plus âgé.

Woody Allen dirige pour la première fois l'acteur Joaquin Phoenix, dans le personnage d'Abe Lucas, charismatique tombeur de ces dames malgré son petit bedon et sa fiole de whisky à portée de main. Même si le professeur a perdu toute joie de vivre.

Il estime que ses cours auront peu d'influence sur les vies conventionnelles de ses étudiants, il a passé sa vie à écrire des articles savants uniquement lus par ses pairs, il est abattu par la laideur du monde...

L'intrigue se noue dans l'université d'une petite ville de la côte Est. Le professeur de philosophie, que Woody Allen (79 ans) aurait sans doute incarné plus jeune, énonce sa vision du monde emplie de noirceur à ses étudiants médusés.

Il entame une liaison avec une prof de sciences malheureuse en couple (incarnée par Parker Posey) et subit les assauts de sa meilleure étudiante (Emma Stone).

Abe Lucas va retrouver sa joie de vivre, son sourire, son appétit et sa libido grâce à une décision irrationnelle et insolite. Il fomente un meurtre, moralement justifié à ses yeux, bouleversé après avoir entendu fortuitement une conversation. «Tuer est un acte de créativité», s'enthousiasme le professeur, convaincu que la planète se porte mieux sans sa victime.

Kant inutile dans la vraie vie 

Quant à la jeune étudiante qui met sur un piédestal un professeur désaxé, elle recevra en plein visage une leçon de vie qui va davantage la marquer que ses lectures philosophiques, note Woody Allen.

Le cinéaste américain s'est toujours nourri des philosophes, tout en les tournant parfois en dérision. «Je ne jette pas Kant à la poubelle», mais ses conseils «ne sont pas fiables» pour prendre «des décisions quotidiennes terre à terre», a-t-il expliqué.

Après l'esthétique romantique de son précédent Magic in the Moonlight, campé dans les années 20, sur un prestidigitateur anglais qui tente de démasquer une jeune médium américaine, Woody Allen reprend ici une veine réaliste rappelant notamment son long métrage plus sérieux sur fond d'assassinat, Match Point (2005).

«Nous allons tous terminer dans une mauvaise posture un jour» et «nous vivons dans un monde aléatoire où tout va disparaître», lâche Woody Allen, lorsqu'on l'interroge sur sa vision pessimiste de la vie. «Face à la réalité déprimante», il a choisi de «distraire» les autres et «se distraire».

«Je me distrais en faisant des films et c'est une merveilleuse distraction», ironise-t-il. «Lorsque je regarde Fred Astaire danser, je ne pense pas que je serai vieux... dans un futur très lointain. C'est comme donner des activités de tressage de paniers en osier à des détenus» pour qu'ils oublient leur sort.

«J'ai toujours voulu être un réalisateur sérieux», ajoute cet admirateur d'Ingmar Bergman. «Si on m'avait laissé le choix, j'aurais fait toute ma vie des films prise de tête.»

Le film est présenté comme toujours hors compétition au Festival de Cannes, malgré les appels du délégué général Thierry Frémaux. «Je n'ai pas l'esprit de compétition», a justifié le cinéaste.

Partager

À découvrir sur LaPresse.ca

publicité

publicité

publicité

la boite:1977421:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

publicité

Autres contenus populaires

image title
Fermer