Critique
Bullet to the Head : une bulle dans la tête
Aleksi K. Lepage
Célébrons, sans tambour ni trompette, le retour de Walter Hill, qui n'est pas précisément un jeune premier. C'est plutôt un vieux de la vieille, un routier qui connaît bien les rouages et les ressorts du cinéma d'action viril et un peu épais. On lui doit, entre autres, The Warriors (1979), 48 Hrs. (1982), Streets of Fire (1984) et le très discutable Red Heat (1988). Hill a aussi écrit les scénarios d'Alien, Alien 3, produit Alien, Prometheus et autres films agités dans lesquels les personnages ne passent pas leur temps à jaser de leur ambivalence sexuelle. Walter est un peu le beau-frère spirituel de John Milius (Conan the Barbarian, Red Dawn), un spécialiste des films de gars.
Bullet to the Head, adapté d'une bande dessinée d'Alexis Nolent (Du plomb dans la tête) et dans lequel Walter Hill essaie, plutôt péniblement, de faire du Tarantino, se présente comme un polar violent, sombre et profondément macho. Stallone y incarne un tueur à gages vieillissant et fatigué, entiché d'un jeune policier coréen (Sung Kang) venu expressément de Washington jusqu'en Louisiane. À peu près tout les oppose, mais ils feront quand même équipe, puisqu'ils ont des comptes communs à régler avec les mêmes ennemis, des gens de la pègre (Christian Slater en particulier).
Non, ce n'est pas un film sans fusil. Et les militants progressistes qui, avec juste raison et bonne foi, demandent un contrôle plus serré des armes à feu ne sont pas bienvenus ici. Mitraillades, courses-poursuites, cassage de gueules, humour de cour d'école, Stallone en mode Stallone... Bullet to the Head nous ramène directement aux années 80 et 90 - à Cobra, à Lethal Weapon, aux films de police avec Jackie Chan, à ceux de John Woo, mais sans poésie, à ces buddy movies qui présentent des duos improbables pourchassés par des bandits, enfin à ce cinéma de pur divertissement sans grande prétention (et trop souvent sans grand intérêt).
Le mérite de Walter Hill, et de Stallone (lequel persiste et signe depuis quelques années avec ses nouveaux Rocky, Rambo et ses Expendables), est de ne jamais lâcher le morceau, de ne jamais rendre l'os, de faire des films de gars à l'ancienne sans se soucier des opinions bienveillantes, quitte à subir les semonces des critiques politiquement corrects. Cette résistance aux dictats de la rectitude est belle à voir, mais ça ne fait pas de Bullet to the Head un vrai bon film. Dit vite: c'est le fun, mais c'est niaiseux. On n'en sort pas édifié.
* * 1/2
Bullet to the Head (Du plomb dans la tête). Film d'action de Walter Hill. Avec Sylvester Stallone, Sung Kang, Christian Slater. 1h31.
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