Éric Bernier dans Last Night I Dreamt...: Narcisse contemporain

Dans Last Night I Dreamt That Somebody Loved... (Photo IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Dans Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me, Éric Bernier campe un homme au mitan de sa vie, obsédé par son vide intérieur qu'il ne parvient jamais à combler.

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En résidence à l'Usine C, Angela Konrad a écrit une partition sur mesure pour le fabuleux comédien Éric Bernier. Une pièce à la fois philosophique et dérisoire, qui aborde la quête d'amour et la souffrance du moi contemporain. Mon spleen à moi...

«Le narcissisme est une tragédie et non un égoïsme. Ce n'est pas par complaisance mais par désespoir que les gens s'absorbent en eux-mêmes», a écrit le sociologue Alain Ehrenberg, dans son livre La société du malaise.

Pour Angela Konrad, la nouvelle solitude, c'est le narcisse contemporain. Figure qui est au centre de sa première pièce, Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me, qu'elle met en scène depuis mardi à l'Usine C, avec Éric Bernier dans le rôle principal.

Après leur rencontre «électrisante et stimulante» l'an dernier, dans la production du Royaume des animaux au Quat'Sous, Angela Konrad désirait travailler à nouveau avec Éric Bernier, mais cette fois avec un projet autour d'un personnage unique. «Mon personnage du Royaume - un metteur en scène névrosé, complètement centré sur lui-même, mais très lucide - a été un élément déclencheur pour le texte d'Angela. Elle voulait témoigner du narcissisme du monde actuel», explique Bernier.

«Dans la vie, je suis attiré par les narcissiques. Et je suis souvent entouré de gens narcissiques. Je les trouve fascinants, intéressants, charismatiques, même s'ils deviennent envahissants. Coïncidence? J'en joue de plus en plus au théâtre...»

Moi et les autres

L'idée a donc germé dans la tête de Konrad. Et elle est devenue Last night..., une pièce hybride, construite autour de «Lui», un homme au mitan de sa vie, obsédé par son vide intérieur qu'il ne parvient jamais à combler. Un personnage qui cherche désespérément l'amour, mais qui est confronté à son double: ces amants de passage sont des miroirs de lui-même. Ils sont ici joués par cinq danseurs (quatre hommes et une femme) aux physiques et aux tempéraments très différents. Éric Bernier est heureux de travailler avec «cette nouvelle génération d'interprètes en danse» (dont Luc Bouchard Boissonneault et Marilyn Daoust). «Ils sont fabuleux comme danseurs... et aussi comme acteurs. Ils sont très vrais et capables de répondre à une improvisation sur scène.»

Le résultat donne, selon Bernier, un spectacle vaste dans ses thèmes et hybride dans sa forme. Un mélange de théâtre, de danse, de stand-up, de psychanalyse et de musique pop.

La poésie de Morrissey

Les chansons de Shirley Bassey et du groupe The Smiths sont très présentes du début à la fin. 

«Le rapport à la musique est viscéral. Quand les mots manquent, la musique arrive pour compléter la pensée du personnage. Ce dernier est traversé par la musique et les paroles des chansons.»

Angela Konrad n'est pas allée chercher loin son répertoire musical : elle a puisé dans les goûts de son acteur: Bernier a longtemps été habité par la poésie de Morrissey et des Smiths. «À 15 ans, j'ai entendu mon premier album des Smiths et j'ai eu l'impression que leur disque avait été réalisé pour moi! Morrissey évoque tout ce qu'il y a de nihiliste et de désespéré dans l'adolescence. Il a mis des mots sur ce que je ressentais à l'époque. En vieillissant, ce que j'aime, c'est que les projets dans lesquels je m'investis me ressemblent de plus en plus.»

Le piège de Facebook et d'Instagram

L'acteur souhaite avoir une véritable rencontre avec le public. Par moments, le spectacle s'apparente à une confession d'un homme qui revisite son passé, ses amours, ses fantômes. Parfois, la proposition ressemble à une conférence sur la quête effrénée du bonheur, l'amour absolu, le culte de la performance et l'individualisme. Sans oublier ce nouveau narcissisme déployé à travers les réseaux sociaux.

«Depuis l'arrivée de Facebook et d'Instagram, je constate une espèce d'aliénation autour de moi. On dirait qu'il n'y a plus de place pour l'intimité et le privé. J'ai beaucoup d'amis, très intelligents, qui se font prendre dans ce piège et qui sont incapables d'en sortir.»

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Last Night I Dreamt That Somebody Loved Me, texte et mise en scène d'Angela Konrad. À l'Usine C, jusqu'au 21 octobre.




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