Bruno Marcil: la fin des utopies

Le comédien Bruno Marcil incarne le gourou des années 60 Timothy Leary... (Photo Ivanoh Demers, La Presse)

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Le comédien Bruno Marcil incarne le gourou des années 60 Timothy Leary dans Psychédélique Marilou, à La Licorne, du 19 septembre au 28 octobre.

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Tout vient à point à qui sait attendre. Cette maxime s'applique parfaitement à (la carrière de) Bruno Marcil. À 45 ans, il est l'un des acteurs les plus demandés au théâtre au Québec. Le polyvalent interprète collabore régulièrement avec Denis Marleau et René Richard Cyr, des metteurs en scène reconnus comme rigoureux et exigeants. En plus de bien gagner sa vie avec la publicité, la télévision et le doublage.

Elle fut longue, la route de Bruno Marcil. Adolescent, il est déjà doué pour la scène. Or, jusqu'au début de sa vingtaine, Marcil rejette l'idée de devenir acteur. «Je me cherchais dans la vie et j'étais assez snob. Je n'aimais pas le milieu du théâtre et de la télévision. Je trouvais ça futile», dit Marcil, rencontré début septembre à La Licorne, où il joue dès demain soir dans Psychédélique Marilou, une création de Pierre-Michel Tremblay (Au champ de mars, Coma Unplugged), mise en scène par Philippe Lambert.

Bruno Marcil va passer par la philosophie à l'UQAM. Après son baccalauréat, il a voyagé autour du monde et travaillé en infographie, avant d'atterrir à l'option théâtre de Sainte-Thérèse (promotion 1999). À sa sortie du collège, Marcil devra patienter. Encore. Il ne peut jouer ni les jeunes premiers (à cause de sa voix très basse, de son visage mature) ni les hommes mûrs, à cause de son jeune âge. 

«Tout le monde me disait, Bruno, sois patient, ton tour va arriver... Dans quelques années.»

La musique va l'aider à patienter. Auteur-composteur-interprète, Bruno remporte le concours Ma première Place des Arts, en 2006; il fait aussi la première partie de spectacles de Robert Charlebois, avant de lancer son premier album, Pas dormir.

Aujourd'hui, le chanteur a mis sa carrière musicale sur la glace. Il ne sait si son deuxième album, qu'il a terminé depuis un bout de temps, va sortir! «En musique, la "game" est plus difficile qu'au théâtre, dit-il. C'est toujours à recommencer. Les tournées et la promo sont de plus en plus exigeantes. Chaque fois, c'est un défi pour remplir les salles. Je me souviens d'un concert à Baie-Saint-Paul, avec cinq autres chanteurs - dont Luc De Larochellière et Jérôme Minière -, où on s'est produit devant 16 spectateurs!»

Acteur caméléon

Finalement, sa carrière d'acteur décolle rapidement en 2007. Au théâtre, Denis Marleau lui donne un rôle dans Othello au TNM. Par la suite, il joue dans une demi-douzaine de pièces sous la direction du metteur en scène, avec qui il est devenu ami et complice. 

«Avec Denis [Marleau], je veux toujours me surpasser d'un rôle à l'autre. Je trouve ça formidable de travailler avec des artistes brillants et intelligents, comme Marleau ou Cyr.»

À la même époque, Bruno Marcil devient porte-parole, non pas d'une, mais de deux campagnes publicitaires à la télévision : l'acteur décroche le rôle du grand séducteur des Plaisirs Gastronomiques et celui du réparateur de Vidéotron. Son visage devient connu, tout comme son talent.

Bruno Marcil est un acteur caméléon. Du professeur du Déclin de l'empire américain au barbier Shu-Fu de La bonne âme du Se-Tchouan, on ne le reconnaît jamais d'un rôle à l'autre. «C'est une question de méthode, dit-il. Daniel Day-Lewis versus Al Pacino: Day-Lewis se transforme d'un film à l'autre. Alors que Pacino joue toujours Pacino. Ils ont deux méthodes différentes, et ils sont deux excellents acteurs.»

La philosophie dans l'acteur

Chassez le philosophe, il revient au galop. Si Bruno Marcil affirme aujourd'hui qu'il n'était pas fait pour la philo, on voit tout de suite que sa formation a déteint sur lui. L'acteur a confiance en son jugement. Il ne craint pas d'exprimer ses opinions. «La philosophie, ça touche à tout, dit-il. La logique, les idées, la littérature, l'anthropologie, la culture... Et ça t'apprend surtout à penser par toi-même.»

Dans Psychédélique Marilou, production de La Manufacture qui prend l'affiche à La Licorne, la philosophie lui sert pour jouer Timothy Leary, l'écrivain américain et militant pour l'utilisation scientifique des drogues hallucinogènes. 

«Pour Leary, la drogue représentait une façon d'atteindre un autre niveau de conscience, de se réinventer afin de trouver ses propres codes de vie.»

Le comédien nous prévient: la pièce de Tremblay n'est pas un biopic sur Leary, mais plutôt «une comédie philo-psychédélique» qui se sert du personnage pour aborder la crise existentielle d'une femme de 20 ans (Alice Moreault) qui cherche le sens de la vie. «Ses parents [Isabelle Vincent et Jacques Girard] sont aussi des ex-hippies, poursuit Marcil. Ils ont des valeurs d'une autre époque. Alors, le gourou du psychédélisme représente ici le grand rêve des années 60, le flower power, l'utopie libertaire qui va s'agglutiner à l'économie de marché.»

La fin des utopies, en somme.

Le programme de Bruno Marcil...

- Il joue le curé dans Olivier, la nouvelle série de Serge Boucher, réalisée par Claude Desrosiers, sur ICI Radio-Canada Télé, les lundis à 21 h.

- Il incarne le gourou des années 60 Timothy Leary, dans Psychédélique Marilou de Pierre-Michel Tremblay. Au Théâtre La Licorne. Du 19 septembre au 28 octobre.

- Il sera en vedette dans Les Harding, une création de et mise en scène par Alexia Bürger, au Centre du Théâtre d'Aujourd'hui, du 10 avril au 5 mai 2018.




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