Frédéric Blanchette: Blanchette et les justes

Frédéric Blanchette est au coeur du vent de... (PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE)

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Frédéric Blanchette est au coeur du vent de renouveau qui souffle chez Duceppe en mettant en scène la première pièce de la saison Quand la pluie s'arrêtera de l'Australien Andrew Bovell, qui met notamment en vedette Normand D'Amour dans un long monologue d'ouverture.

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Mario Cloutier

Frédéric Blanchette réalise quatre mises en scène durant la saison 2017-2018. Il jouera aussi dans L'Idiot au TNM. Pas idiot, pas plus que bourreau de travail, c'est l'humilité qui le décrit lemieux dans sa quête de justesse au théâtre.

Frédéric Blanchette n'est pas une vedette. Il ne souhaite pas le devenir non plus. Même s'il travaille beaucoup sur scène, vous ne le verrez jamais comme chroniqueur à la télévision. 

Il est pourtant au coeur du vent de renouveau qui souffle chez Duceppe en mettant en scène la première pièce de la saison Quand la pluie s'arrêtera de l'Australien Andrew Bovell, qui met notamment en vedette Normand D'Amour dans un long monologue d'ouverture. 

« Le mandat chez Duceppe est de faire un théâtre accessible et émotif ; il est respecté avec cette pièce, dit-il. En plus, il y a ce réalisme magique qui résonne un peu plus large. On ouvre un peu. Ça allie, à mon avis, le passé et le futur de Duceppe. »

Le quadragénaire faisait déjà partie de la famille des nouveaux patrons de la maison, David Laurin et Jean-Simon Traversy, même si c'est Michel Dumont qui avait sélectionné cette « pièce sérieuse sans être didactique », croit son metteur en scène.

« Pour moi, c'est la plus grande pièce environnementale que j'ai lue. On parle de changement climatique, de hausse du niveau des océans. C'est imbriqué dans les personnages, dans leur quête. »

Au service du texte

Se mettre humblement au service du texte, qu'il soit réaliste, fantastique ou poétique, reste le leitmotiv de Frédéric Blanchette. 

« Je suis un véhicule. Dans tout. Je cherche ça, c'est au coeur de mes préoccupations, que je sois auteur, metteur en scène ou acteur. Je n'ai aucun désir de mettre mon talent ou mes aptitudes à l'avant-plan. J'aime beaucoup les gens humbles. J'admire les gens qui arrivent à être humbles tout en prenant leur place. »

« L'humilité, pour moi, c'est de dire que ma personne n'est pas la finalité. C'est là que l'acteur ou l'actrice est à son plus fort, qu'il ou elle n'est pas en train de nous prouver quoi que ce soit. Sans s'effacer, mais sans s'imposer. L'humilité, c'est important et notre époque en manque cruellement. »

Tout de même, cinq pièces en une saison, dont trois autres mises en scène (Dans le champ amoureux de Catherine Chabot, Amour et information de Caryl Churchill et Trahison d'Harold Pinter), c'est beaucoup pour quelqu'un qui n'était pas intéressé, au départ, par la direction d'acteurs et qui a vendu des cartes de téléphone, transporté des oeuvres d'art et travaillé dans un centre jeunesse à sa sortie du Conservatoire.

« Moi, je voulais jouer. Quand j'ai fondé ma compagnie avec Catherine-Anne [Toupin] et François [Létourneau], j'ai mis en scène parce que j'étais le plus habile pour photocopier les textes. »

Une technique «radicale»

Humilité quand tu nous tiens ! Frédéric Blanchette n'est pas de l'école de l'Actors Studio de New York qui a formé de grandes « personnalités théâtrales » à la Brando, Pacino et De Niro. Sa méthode lui vient plutôt de David Mamet et de William H. Macy. 

« C'est une technique assez radicale. Il n'y a pas de personnage, il n'y a pas d'émotion. Tout ce qu'il y a, c'est l'intention. Le reste, c'est de la bullshit. »

Une technique qu'il n'impose à personne, précise-t-il. Bien évidemment quand on a compris l'artiste qu'il est, pourrait-on ajouter. N'empêche, Frédéric Blanchette y voit un mode de jouer, si ce n'est un mode de vie, qui fait en sorte que les théâtres se l'arrachent.

« Je ne suis pas la star nulle part, mais je suis toujours bienvenu dans tous les partys de famille. [...] Les gens viennent à moi, je suis chanceux. Il y a beaucoup de gens autour de moi qui ont autant, sinon plus de talent, mais qui n'ont pas la même chance. »

Écoute et justesse

Ses collègues le lui rendent bien. Partout, on n'entend que de bons mots à son sujet et sur son sens de l'écoute. 

« L'écoute, c'est ne pas être centré sur soi. Si pendant le monologue d'un autre, je pense à comment jouer mon écoute, je ne suis pas sur l'autre et ça paraît. Avec une petite faculté d'abnégation, on y arrive. J'aime les Britanniques pour ça. Ils ont de l'humilité. On n'est pas passif dans l'écoute. J'aime l'image d'un match de tennis. »

Grand amateur de vélo et hockeyeur dans son enfance à Brossard, il manie bien la métaphore sportive.

« La note que je donne le plus à un acteur c'est : "Parle-lui, dis-lui, sois avec lui." Pour moi, les répliques, ce sont des dards qu'on lance. Je perds l'attention quand un acteur lance ses dards et qu'ils tombent par terre. »

Justesse, encore là. Un mot qui ressemble beaucoup à justice quand l'humble serviteur du texte aborde des thèmes tels l'environnement, comme dans Quand la pluie s'arrêtera.

« Dans un scénario où la terre prendrait un degré de plus de température, ça signifie 7 % de plus d'évaporation d'eau, donc 7 % plus de pluie. L'auteur est parti de ce fait-là pour écrire la pièce. Il s'est très bien documenté. Dans le futur tel qu'il l'imagine, il n'y a plus de poissons dans les océans. » 

Et si on était plus respectueux envers les autres aussi, tant qu'à y être.

« Un chef d'entreprise qui gagne 40 millions et qui se vote un boni pendant que son employé va dans une banque alimentaire, je dis non. Ça manque d'humilité et de bon sens. »

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Quand la pluie s'arrêtera est présentée chez Duceppe jusqu'au 14 octobre.




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