Théâtre Québec-Montréal: sur les planches de l'autoroute 20

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Frédéric Dubois, directeur artistique de la section française de l'École nationale de théâtre

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Mario Cloutier

Vous connaissez les compagnies Niveau Parking, Théâtre Blanc, Les enfants terribles, La Vierge Folle ? Non ! Pourtant, vous avez vu Dans la république du bonheurTrainspottingGloucesterPhotosensibles. Toutes ces productions nous viennent de Québec.

S'il existait sur la patinoire, en des temps reculés, une rivalité entre Québec et Montréal, sur les planches, le jeu d'équipe est davantage mis de l'avant. On a assisté à près d'une vingtaine de jeux de puissance Québec-Montréal en un an. Pas de quoi laisser tomber les gants. Mais les préjugés, si.

« Les choses ont changé, il y a une plus grande ouverture des deux côtés », dit la metteure en scène, comédienne et auteure Marie-Josée Bastien, qui participe depuis longtemps à au moins une production par an à Montréal. 

« Le théâtre, ça prend du temps. Gloucester a mis cinq ans. Faire Québec-Montréal nous aide à jouer plus de 20 fois, Gloucester, 45 fois au total. Sinon, on arrête de faire de la création. »

Le nouveau directeur artistique de la section française de l'École nationale de théâtre, Frédéric Dubois, qui est originaire de Québec, note aussi que la donne a changé. « Depuis cinq à dix ans, ça s'est ouvert. Il y a moins de scrupules et de protectionnisme. Dans les années 70, au Trident, les acteurs de Québec jouaient les poignées de porte, donc il fallait protéger Québec. Mais les jeunes n'ont plus cette sorte de pudeur d'être de telle ou telle ville. Parfois, un acteur habite à Montréal, mais joue à Québec et personne ne le sait. »

Le Prospero de Montréal a présenté plusieurs productions québécoises depuis cinq ans. Sa directrice, Carmen Jolin, souligne la qualité de ces pièces.

« Ils ont le goût de rencontrer d'autres publics qui ont d'autres regards et exigences. Nous, on est ouverts aux coproductions dans les deux sens. Ce n'est pas fini, ça va continuer. Il faut que les publics et les spectacles se rencontrent aussi. La circulation fait que le sang de la culture se renouvelle. La ville de Québec doit s'ouvrir davantage aussi. »

La metteure en scène, auteure et comédienne Marie-Josée... (photo Guillaume Simoneau, fournie par l'artiste) - image 2.0

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La metteure en scène, auteure et comédienne Marie-Josée Bastien

photo Guillaume Simoneau, fournie par l'artiste

Dans la foulée

D'ailleurs, l'idéal reste de pouvoir présenter une pièce dans une ville et de la poursuivre dans une autre quelque temps après. 

« Depuis 2003, j'essaie que les productions se jouent à Québec et Montréal dans la foulée, sans attendre les reprises qui sont plus laborieuses à organiser. À quelques semaines ou mois d'avis, ça permet d'allonger la durée de vie d'une pièce », explique Christian Lapointe, metteur en scène et codirecteur du Théâtre Blanc. 

« On peut créer des objets, puisqu'ils sont vus dans les deux villes, plus singuliers à Québec. On peut jouer un show 15 fois à Montréal et 10 à Québec. Si on ne l'avait fait que 10 fois à Québec, ce ne serait pas aussi intéressant. »

Les coproductions permettent notamment de répartir les coûts entre deux compagnies ou plus. « Je n'ai plus les moyens de faire un show sans coproducteur, dit Frédéric Dubois. Il faut faire des alliances naturelles en trouvant les bons partenaires. Côtoyer d'autres acteurs et concepteurs, c'est très intéressant, même si ça demande plus d'organisation. »

« Moi, j'aime avoir beaucoup de monde sur scène, ajoute Marie-Josée Bastien. Les coproductions permettent de le faire. Sinon, on ne ferait que des solos. Les budgets n'augmentent pas, mais le prix du bois des décors, oui. Alors, on coupe des acteurs, c'est terrible. »

Le metteur en scène Christian Lapointe... (photo IVANOH DEMERS, archives LA PRESSE) - image 3.0

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Le metteur en scène Christian Lapointe

photo IVANOH DEMERS, archives LA PRESSE

Québec-Canada

Les trois artistes estiment qu'il faut désormais regarder au-delà de l'autoroute 20 afin d'explorer d'autres avenues québécoises, voire canadiennes. 

« Il faut sortir de l'axe Québec-Montréal, soutient Frédéric Dubois. Il faut que les pièces voyagent davantage au Québec. Il y a de belles salles et des acteurs partout à travers le Québec. Tout le monde a intérêt à ce que ça circule plus. Pour y arriver, ça va prendre des appuis des institutions. Le gouvernement doit appuyer la circulation parce qu'on paie ça avec nos budgets de production. » 

« La vieille question Québec-Montréal est réglée, il faut ouvrir la toile, maintenant. »

Marie-Josée Bastien estime que les jeunes gens de théâtre voient déjà les choses de cette façon. « Il y a beaucoup d'échanges chez les jeunes aussi. On le voit même avec les francophones hors Québec pour des coproductions. Prendre l'avion n'est plus un problème », dit-elle. 

Et le monde?

Plusieurs pièces québécoises sont jouées à l'étranger, mais le Québec reste sous-exploité, croit aussi Christian Lapointe. 

« Et après Québec et Montréal, il faudrait aller à Paris ? C'est un non-sens, il y a des salles et des publics à Drummondville et à Chicoutimi. Le réseau de tournée existe, il faut l'inviter à présenter des oeuvres contemporaines. »

« Québec, c'est plus homogène. Il y a une école, alors qu'il y en a cinq à Montréal. À Québec, il y a quatre théâtres, deux diffuseurs et deux producteurs, en plus de quelques compagnies. Le fait de jouer dans deux villes la même année m'a permis de créer des équipes mixtes Québec et Montréal. Il faut aussi encourager ces pratiques qui encouragent les échanges entre des réalités différentes. Les pouvoirs publics doivent s'y mettre. »




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