Théâtre: le penchant de nos salles pour le drame

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La comédie En cas de pluie, aucun remboursement, de Simon Boudreault, est présentée chez Duceppe jusqu'au 15 octobre. En 2016-2017, les scènes montréalaises présenteront 60 % de drames et 40 % de comédies.

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Mario Cloutier

En 2016-2017, les scènes montréalaises présenteront 61 % de drames et 39 % de comédies. La Presse s'est entretenue avec des praticiens du théâtre pour voir ce qu'ils pensent du penchant de nos salles pour les drames.

Les gens de théâtre sont surpris du nombre élevé de comédies montées à Montréal pendant une saison. Comme le dit Claude Poissant, «la transposition en comédie de nos vies tragiques est quelque chose de plus rare. Mais les comédies ne font pas plus vendre que les drames».

Le metteur en scène du succès estival Mary Poppins, Serge Postigo, croyait que la proportion de drames en une année frôlait plutôt les 80 %.

Tous nos invités sont néanmoins d'accord sur une chose: au théâtre, le drame n'exclut pas des moments comiques et vice-versa.

«Au théâtre, il y a davantage de mélange des genres; on ne peut pas généraliser, croit la metteure en scène Brigitte Haentjens. Tchekhov, c'est drôle aussi. Une pièce n'est pas toujours une seule chose, drame ou comédie.»

Même son de cloche chez le metteur en scène Serge Denoncourt. 

«On ne peut pas séparer les comédies et les drames comme ça, dit-il. En saison régulière, il y a plus de possibilités de mettre de la chair autour de l'os. Normalement, dans une saison de cinq pièces, tu retrouves deux drames, deux comédies et une pièce du genre on-ne-sait-pas-c'est-quoi. La divine illusion [de Michel Marc Bouchard] fait partie de cette catégorie.»

Denis Bernard, directeur artistique et général de La Licorne.... (Photo Marco Campanozzi, archives La Presse) - image 2.0

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Denis Bernard, directeur artistique et général de La Licorne.

Photo Marco Campanozzi, archives La Presse

Être pris au sérieux

Le metteur en scène et directeur artistique et général de La Licorne, Denis Bernard, soutient que cette question ne lui frôle pas l'esprit quand il prépare une programmation.

«S'il y a une chose qui n'est pas en tête de mes préoccupations, c'est cette question d'équilibre entre les comédies et les drames.»

«J'ai la chance d'explorer la dramaturgie des black comedies anglaises, écossaises et irlandaises sur des sujets névralgiques et graves où il y a une soupape comique au drame, poursuit le directeur de théâtre. Cela a contaminé nos auteurs à La Manufacture et à La Licorne. On ne s'interroge plus à savoir si c'est du drame ou de la comédie.»

Mais doit-on faire des drames pour être pris au sérieux? 

«Je pense que les auteurs comiques sont pris moins au sérieux que ceux qui signent des drames, même si ça commence à changer avec la nouvelle génération», reconnaît Simon Boudreault, auteur et metteur en scène d'En cas de pluie, aucun remboursement chez Duceppe.

«Le milieu a parfois des préjugés par rapport à la comédie. Mais l'écriture comique est exigeante et variée.»

La question demeure: pourquoi y a-t-il moins de comédies que de drames sur les planches?

«Pour avoir fait les deux, je peux dire qu'il est beaucoup plus difficile de faire rire», dit Serge Postigo. Brigitte Haentjens ajoute: «Monter une comédie, c'est moins drôle à faire; c'est rare qu'on rit en la préparant, tandis qu'en drame, c'est intense, mais on rigole énormément.»

Jean-Philippe Lehoux... (Photo David Boily, archives La Presse) - image 3.0

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Jean-Philippe Lehoux

Photo David Boily, archives La Presse

Jean-Philippe Lehoux, lui, rigole tout le temps. L'auteur de L'écolière de Tokyo fait figure de philosophe dans ce débat.

«Je ne sens aucune pression pour écrire des drames et je ne pense pas que je ne suis pas pris au sérieux non plus. J'aime beaucoup Mr Bean, les clowns et Kermit la grenouille. Pour moi, ce sont des philosophes, des modèles.»

«L'autodérision et l'humilité sont des valeurs importantes pour moi en comédie. Mais j'imagine qu'il y a un malaise chez certains parce qu'ils font de la comédie. Mon travail n'exclut pas la réflexion.»

Serge Postigo estime que les auteurs et les metteurs en scène de drames sont parfois déconnectés du public.

«Est-ce qu'on peut faire du théâtre dramatique en n'oubliant jamais qu'il y a des gens assis dans la salle? Tout en restant intransigeant avec notre intégrité artistique, on doit reconnaître que ce qu'on a à dire, il faut que quelqu'un ait envie de l'entendre.»

À l'opposé, Brigitte Haentjens pense que la profondeur du sujet importe plus que tout. 

«Ça me tombe sur les nerfs quand j'entends certains dire qu'on se prend trop la tête au théâtre. C'est pour ça qu'on va au théâtre, sinon, on irait voir des humoristes.»

«Même en tragédie, on oublie tout. La catharsis permet de se dissoudre dans la pièce, de s'oublier pour vivre autre chose», ajoute-t-elle.

Coexistence pacifique

Denis Bernard recentre la question sur la coexistence pacifique entre la comédie et le drame.

«Après Tu te souviendras de moi, François Archambault nous revient avec une comédie cette année. Il aurait écrit un nouveau drame et on l'aurait suivi tout autant. Il n'y a pas trop de drames sur nos scènes. Donnez-moi 18 drames ou 18 comédies, si c'est du bon théâtre, je vais y aller.»

Laissons le dernier mot à un jeune auteur qui mêle habilement les genres, Jean-Philippe Lehoux.

«Si on me disait que ce que je fais est niaiseux et vide, peut-être qu'une petite cloche sonnerait. Je veux écrire du théâtre populaire, accessible et ne cherche pas à être à l'avant-garde. Possiblement que le drame est plus à l'avant-garde. Mais au Québec, l'hiver, on devrait peut-être mettre plus de comédies. Et l'été, il y en a peut-être trop: on est plus disposés à réfléchir.»

- Avec la collaboration de Luc Boulanger et Mario Girard

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