Théâtre: le plafond de verre des femmes

«Les classiques offrent souvent la belle part du... (Photo André Pichette, Archives La Presse)

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«Les classiques offrent souvent la belle part du gâteau aux acteurs; Shakespeare n'a pas inventé l'équité hommes-femmes», remarque Lorraine Pintal, directrice générale et artistique du Théâtre du Nouveau Monde.

Photo André Pichette, Archives La Presse

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Cette année, les femmes représentent les deux tiers des nouveaux membres du Centre des auteurs dramatiques (CEAD). Et pourtant, cette saison, à peine 20 % des pièces professionnelles produites à Montréal sont signées par des femmes. «C'est comme s'il y avait un plafond de verre empêchant leurs oeuvres d'être créées dans les institutions», avance Sara Dion, du CEAD. Le point de vue de quatre femmes de théâtre.

Lorraine Pintal, directrice générale et artistique du Théâtre du Nouveau Monde

«Il est certain que les oeuvres d'un bon nombre d'auteures de talent demeurent sur les tablettes. Je dois faire en partie mon mea culpa, car la mission du TNM vise en partie les classiques. Or, je défie quiconque de trouver des pièces du grand répertoire écrites par des femmes. Toutefois, en création, il n'y a pas de raison valable que nos scènes ne présentent pas plus de pièces écrites par des femmes. La relève à ce sujet-là est affamée et je la comprends. De plus, en ce qui a trait aux grandes distributions, c'est une lutte de tous les instants pour que le nombre de comédiennes soit égal à celui des acteurs. Là aussi, les classiques offrent souvent la belle part du gâteau aux acteurs; Shakespeare n'a pas inventé l'équité hommes-femmes.»

Annick Lefevbre, auteure des pièces J'accuse et Ce samedi il pleuvait

«Je ne suis pas étonnée par cet écart. Confrontée, certes, mais pas étonnée. Comme si l'histoire, sempiternellement, se répétait, et qu'à force de la voir se répéter, on avait fini par accepter cet écart; par transformer une situation anormale, révoltante, en situation normale et anodine. Et j'essaie, comme plusieurs de mes collègues féminines, d'en identifier les causes. À cet effet, un metteur en scène et directeur de théâtre m'a confié qu'en général, les écritures féminines étaient plus difficiles à lire que les écritures masculines. Les écritures féminines exigeraient qu'on s'attarde plus longuement à les décortiquer avant de décider de les porter à la scène. [...] N'empêche que les écritures féminines ont été davantage représentées que leur pendant masculin au dernier Festival du Jamais Lu et à Dramaturgies en dialogue. Notre époque pourrait être celle qui renversera la vapeur. Ceci dit, ce qui m'effraie dans tous ces efforts de "parité à tout prix", c'est que nous les fassions possiblement "pour nous donner bonne conscience" et non par conviction qu'il y a des câlisses de bons textes féminins!»

«Malheureusement, bien qu'il y ait eu des avancées,... (PHOTO ALAIN ROBERGE, Archives LA PRESSE) - image 2.0

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«Malheureusement, bien qu'il y ait eu des avancées, le sexisme est partout, même chez les femmes qui ont du pouvoir», remarque Brigitte Haentjens, metteure en scène et fondatrice de Sibyllines.

PHOTO ALAIN ROBERGE, Archives LA PRESSE

Brigitte Haentjens, metteure en scène et fondatrice de Sibyllines

«J'ai toujours eu la préoccupation de soutenir le travail des femmes au théâtre [Sylvia Plath, Marguerite Duras, Sarah Kane, Louise Dupré]. Je ne le fais pas par militantisme. Pour moi, c'est tout naturel de monter leurs textes. Malheureusement, bien qu'il y ait eu des avancées, le sexisme est partout, même chez les femmes qui ont du pouvoir. Pour ce qui est de la mise en scène (au théâtre, comme au cinéma ou à la télé), il n'existe pas assez de modèles féminins. Et les femmes se sentent obligées d'imiter l'autorité masculine si elles veulent diriger une production. Contrairement aux hommes qui ont souvent leur cour, les femmes metteures en scène sont très solitaires.»

Catherine Vidal, metteure en scène (Le grand cahier), elle dirigera l'adaptation de L'idiot de Dostoïevski au TNM en 2017

«Il faut poser des actes volontaristes. Faire de la parité un outil qui ouvrirait le chemin à l'égalité. Sinon, rien ne changera ou ça ne fera que fluctuer selon les saisons. Si le théâtre est un lieu d'éveil des consciences, il se doit d'être représenté de façon égalitaire. J'ose espérer que nous n'en sommes plus à ghettoïser la création faite par les femmes, à douter de l'universalité de la parole des auteures féminines. [...] Il ne faudrait plus que ce soit possible, par exemple, que la programmation d'un théâtre soit composée à 90 % d'auteurs masculins. Je pointe du côté de la direction des théâtres, mais je me mets aussi dans la ligne de mire: même si dans toutes les pièces que je monte, je veille à ce qu'il y ait des personnages forts de femmes, ma moyenne au bâton d'auteures féminines n'est pas reluisante... Mais je ferai un effort plus grand pour les propositions que je ferai. Je m'y engage.»

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