Les lettres d'amour: amour, tu me tueras

Macha Limonchik, ici aux côtés d'Anthony Weiss, a... (Photo Caroline Roberge, fournie par Espace Go)

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Macha Limonchik, ici aux côtés d'Anthony Weiss, a remplacé au pied levé la comédienne Béatrice Dalle pour le rôle de l'amoureuse éplorée de Les lettres d'amour.

Photo Caroline Roberge, fournie par Espace Go

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Luc Boulanger
La Presse

Je ne t'aime plus. Cinq petits mots qui peuvent provoquer un ouragan de détresse. Un sentiment d'abandon, de trahison, qui laisse une blessure pour toujours au fond de l'âme.

Ne vous fiez pas au titre de la nouvelle pièce à l'affiche d'Espace Go... Ce sont davantage des lettres de « désamour » qui forment le propos de la pièce. Plus qu'une pièce, le metteur en scène français et directeur du Centre dramatique national de Haute-Normandie, David Bobée, propose un spectacle multidisciplinaire (théâtre, cirque, musique, vidéo), mettant en vedette Macha Limonchik. D'entrée de jeu, disons que Macha Limonchik - qui remplace au pied levé la comédienne française Béatrice Dalle - est grandiose dans le rôle d'une femme qui écrit (et crie) son manque et sa peine d'amour.

Son personnage fait écho à quatre légendaires figures féminines du répertoire : Phèdre, Ariane, Didon, Pénélope. Sur le même thème, la prose antique d'Ovide se mêle à la parole contemporaine d'Évelyne de la Chenelière, car, bien sûr, la peine d'amour est intemporelle ; et sa douleur, difficilement consolable.

Entre rage et souffrance, cette femme furieuse et désespérée lancera que « la famille est une supercherie ». Elle ira jusqu'à croire que celui qui part est le plus « courageux ». Elle sera tantôt victime, soumise, résiliente...

Est-ce ainsi que les femmes sont condamnées à vivre l'abandon ? Malgré la beauté de cette proposition, tant dans la forme que dans la livraison, le propos nous a laissé sceptique. Certes, la rupture ne se vit pas de la même manière du point de vue des hommes que des femmes, peu importe les époques. Toutefois, la femme contemporaine est-elle condamnée à rester prisonnière du modèle de Pénélope ? Sera-t-elle toujours condamnée à attendre un homme qui fuit ? À désirer un amant qui ne l'aime pas en retour ? 

Le coeur féminin est résolument un chasseur solitaire...

Esthétiquement, cette production est une belle réussite. Le décor réalisé par Bobée intègre bien la configuration bifrontale (le public face à face et la scène au milieu), avec de chaque côté deux grands écrans permettant de voir l'interprète sur plusieurs angles et en gros plan. Côté cour, les musiciens du groupe Dear Criminals (Frannie Holder, Charles Lavoie et Vincent Legault) accompagnent habilement la complainte de l'amoureuse solitaire.

Côté jardin, Anthony Weiss s'exécute avec des acrobaties spectaculaires. Retenu par des sangles aériennes, le gymnaste fait des figures au-dessus du plateau, pour illustrer l'inaccessible fantasme amoureux.Toutefois, David Bobée aurait pu laisser plus de place à son actrice. Celle-ci semble par moments mise de côté par les prouesses circassiennes. 

Les lettres d'amour fait parfois penser à la pièce de La voix humaine. Un monologue écrit par Jean Cocteau dans les années 50 et qui met aussi en scène une femme vivant une rupture amoureuse difficile, douloureuse, voire insurmontable.

À l'exception que l'oeuvre de Cocteau est beaucoup plus minimaliste. Ici, le parti-pris est plus esthétique et, au final, plus froid.

Les lettres d'amour

***1/2

Textes d'Évelyne de la Chenelière et d'Ovide

Mise en scène de David Bobée

Avec Macha Limonchik, Anthony Weiss et le groupe Dear Criminals

Au Théâtre Espace GO, jusqu'au 7 mai ; ensuite en tournée en France.

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