Robert Lepage: la vraie nature de la censure

Robert Lepage joue le marquis de Sade dans... (PHOTO STÉPHANE BOURGEOIS, FOURNIE PAR LE TRIDENT)

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Robert Lepage joue le marquis de Sade dans Quills, une Production Ex Machina, en coproduction avec le Trident, présentée à l'Usine C à compter du 16 mars.

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Mario Cloutier

On verra Robert Lepage, l'acteur, deux fois plutôt qu'une au cours des prochaines semaines à Montréal. Dans un premier temps, il sera le marquis de Sade dans la pièce Quills.

Texte portant sur les limites de la liberté d'expression, Quills, du dramaturge américain Doug Wright, explore également la vraie nature de la censure.

C'est ce qui a attiré Robert Lepage dans ce projet, en plus de l'idée de pouvoir jouer le marquis de Sade au sein d'une troupe.

«La censure s'exerce d'abord et avant tout en défendant certains intérêts, croit-il. La morale n'a rien à voir avec ça. À l'époque du marquis de Sade, on voulait le faire taire. L'excuse était morale, mais la vraie raison était le discours du marquis sur la société française. Chez nous, la censure des conservateurs pour empêcher les scientifiques de publier leurs recherches, c'était clairement pour servir des intérêts économiques liés à l'effet de serre et au pétrole.» 

De Sade à Je suis Charlie

Vaste sujet, la censure. Celle qu'on s'impose soi-même, celle des autres. Pour les bonnes ou les mauvaises raisons.

«Ça sera toujours d'actualité. Il faut être à l'écoute. Dans le cas des attentats contre Charlie Hebdo, tout le monde était Charlie, mais sans connaître la publication. Après, c'est devenu Je suis Charlie oui, mais...»

«Le propos de la pièce est là. Quelles sont les conséquences et les limites de la liberté d'expression?»

La petite histoire démontre toutefois qu'à long terme, la censure dessert souvent les censeurs.

«L'auteur Doug Wright a écrit cette pièce en raison de la controverse, dans les années 90, au sujet des photos homoérotiques de Robert Mapplethorpe. Malgré tout ça, l'oeuvre de Mapplethorpe est devenue fort populaire par la suite.»

On ne peut pas dire que la mise à l'index des écrits de Sade aura nui à sa réputation non plus. Même si certains le voient comme un indécrottable bourgeois, plusieurs autres le considèrent comme un vrai révolutionnaire. Qu'on lit toujours!

Robert Lepage le qualifie davantage d'amoral que d'immoral.

«Le vrai marquis était au début un vrai macho. Ses dérives sexuelles l'ont amené à inclure d'autres pratiques, comme la sodomie. À la fin, il est devenu un symbole de libération sexuelle pour tous. On parle de sadisme pour le décrire, mais, dans la vie réelle, il était beaucoup plus soumis, plus masochiste que sadique. Il évoque tout notre côté noir, obscur, caché et cela se situe au-delà de la morale.»

Doug Wright

Racontant les dernières années de Sade, ses démêlées avec les autorités religieuses et politiques notamment, la pièce a été adaptée au cinéma par Philip Kaufman en 2000.

«La pièce est beaucoup plus intéressante, plus crue, plus virulente que le film. L'histoire a été édulcorée au cinéma.»

«Je voulais jouer Sade, mais la chose intéressante dans Quills, c'est que l'artiste est un incontournable. Sade dit une chose: "C'est toujours dans l'adversité que s'épanouit l'artiste." Le marquis a passé 30 ans de sa vie en asile ou en prison et cela a donné de grandes oeuvres.»

Doug Wright n'est pas tout à fait une verte recrue non plus. Écrite en 2003, sa pièce I Am My Own Wife traite de transsexualité.

«Cet auteur s'intéresse aux changements de systèmes. L'histoire d'I Am My Own Wife est celle d'un transgenre qui survit aux régimes hitlérien et communiste allemand. Il incarne l'exception dans les valeurs morales. Wright sait comment mettre la chair et le sang sur ces thèmes-là.»

Jeu

La chair et le sang de Robert Lepage passeront de l'Usine C au TNM en avril où il présentera son solo 887. Puis il reprendra Quills en France en juin et 887 au Japon avant de revenir au Metropolitan Opera à New York, à la fin de l'année, pour L'amour de loin, présentée en 2015 à Québec.

Surchargé, le metteur en scène québécois? 

«On s'est rendu compte l'an dernier qu'on allait jouer à Montréal durant trois mois de suite, mais on a réussi à planifier les choses autour de ça. C'est un marathon qui n'est pas essoufflant. Apprendre le texte d'un autre et mon propre texte, ce sont deux choses différentes, donc c'est complémentaire finalement.»

Pour Quills, il a partagé la mise en scène avec Jean-Pierre Cloutier (aussi interprète de l'abbé de Coulmier) et cette aventure représente une oasis de fraîcheur à ses yeux.

«J'ai toujours aimé jouer. Je me suis souvent pénalisé parce que je ne pouvais pas jouer dans mes pièces de gang. Je jouais dans des one man show à l'occasion. Ça me fait du bien de jouer avec d'autres personnes. Je dirige beaucoup de monde, mais là, me faire diriger, j'aime ça. C'est une alchimie entre la mise en scène et l'interprétation. Ça m'apprend à diriger les acteurs un peu mieux aussi, de jouer. Je trouve ça étonnant, les metteurs en scène qui ne jouent jamais.»

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À l'Usine C du 16 mars au 9 avril.

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