Soumission triomphe sur les planches

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Eloi Rouyer
Agence France-Presse
Hambourg

Le dernier roman de Michel Houellebecq, Soumission, qui raconte l'arrivée au pouvoir d'un président musulman dans la France de 2022, rencontre un vif succès théâtral en Allemagne, où la peur de l'islam gagne du terrain, en lien avec la crise des réfugiés.

Une première adaptation se joue à guichets fermés à Hambourg tandis qu'à Dresde, bastion du mouvement islamophobe Pegida, la Première d'une autre mise en scène a eu lieu le week-end dernier et qu'une troisième version est prévue à Berlin fin avril.

«La salle est aussi remplie parce que c'est un texte totalement actuel», explique à l'AFP Edgar Selge, l'acteur qui interprète François, le personnage central du roman, dans la mise en scène du Deutsches Schauspielhaus à Hambourg.

Pour l'acteur, à travers ce personnage d'universitaire falot qui se convertit à l'islam par pur opportunisme, Houellebecq «demande de manière provocante quelle valeur a notre culture, si elle signifie vraiment quelque chose pour nous».

«Unterwerfung (Soumission en allemand) décrit comment une idéologie musulmane pré-moderne transforme de fond en comble la société occidentale, comment les femmes se voient dénier tous leurs droits, comment les valeurs de l'Occident perdent en adhésion. Cela ne vous rappelle rien?», interroge l'influent hebdomadaire Die Zeit.

«Cela rappelle justement les voix de ceux qui depuis la Saint Sylvestre voient dans les migrants les ambassadeurs d'une guerre culturelle entre mondes islamique et occidental», poursuit le journal.

«Absolument pas islamophobe»

Dans la nuit du 31 décembre, de nombreuses agressions, notamment sexuelles, commises à Cologne contre des femmes par des hommes dont beaucoup étaient originaires d'Afrique du nord selon les autorités, avaient choqué l'Allemagne, aux prises avec un flux migratoire sans précédent depuis 1945.

Le mouvement Pegida (Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident) ou le parti populiste Alternative für Deutschland (AfD) attisent les peurs liées à ce flux.

«Je crois qu'il n'est pratiquement pas possible de regarder cette pièce à Dresde sans penser à Pegida ou à l'AfD», a affirmé à l'AFP Malte C. Lachmann qui monte la pièce dans la capitale saxonne.

Pourtant, insiste le metteur en scène, Soumission n'est «absolument pas islamophobe», et s'il a été reçu comme tel par certains en France, c'est parce que le livre «met vraiment le doigt dans la plaie».

«Soumission» ne parle pas vraiment de l'islam, il parle de «nous», de l'Occident et de ses tourments, juge M. Lachmann.

C'est aussi l'avis d'Edgar Selge. «Il faut des gens comme lui qui analysent vraiment la réalité de notre attachement aux concepts qui ont soi-disant pour nous de la valeur: l'émancipation individuelle, la démocratie, la séparation des pouvoirs, l'humanisme, l'athéisme, le sentiment de responsabilité vis-à-vis du tiers-monde».

Dans son livre, «Houellebecq dit: «Ce ne sont que des mots, des tigres de papier» et il nous met au défi de remettre de la vie dans ces concepts, ou d'en trouver d'autres».

«Confrontation avec le monde»

Après les attentats jihadistes qui ont fait 130 morts à Paris le 13 novembre dernier, dont 90 dans la salle de concerts du Bataclan, M. Selge a un moment hésité à jouer Soumission. «J'ai pensé que la réalité nous avait pris de vitesse», a-t-il confié.

«Et puis, entretemps, je suis arrivé à une autre conclusion: justement parce que ces évènements - les attentats du Bataclan ou ce qui s'est passé à Cologne, même si ce sont des choses différentes - nous tétanisent, justement pour cette raison, il est important qu'il existe un espace au théâtre où l'on peut à la fois prendre de la distance avec ça et composer avec ces problèmes grâce au jeu, en riant».

«C'est bien le devoir essentiel du théâtre: offrir une confrontation avec le monde dans lequel nous vivons», complète Malte C. Lachmann.

Aux yeux de M. Selge, le texte démontre la nécessité de travailler pour défendre la démocratie: «Il faut investir massivement dans l'éducation et l'intégration», estime-t-il, affirmant soutenir la politique d'accueil des réfugiés d'Angela Merkel.

«Je trouve bonne sa position, mais il faut faire en sorte qu'elle soit acceptée dans la population. Il ne suffit pas d'avoir cette position, il faut aussi la financer», dit-il.

Selon un sondage de la semaine passée, 59% des Allemands ne sont pas satisfaits de la voie choisie par le chancelière.

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