Serge Boucher: un coeur qui bat

Maude Guérin, Étienne Pilon, Serge Boucher et René... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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Maude Guérin, Étienne Pilon, Serge Boucher et René Richard Cyr s'apprêtent à présenter la pièce Après, dont le point de départ est un fait divers rappelant l'histoire de Guy Turcotte.

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Mario Cloutier

Au moment où l'on efface le nom de Claude Jutra partout, rappelons-nous un certain Guy Turcotte. Entre ses séries Apparences et Feux (à venir), le dramaturge Serge Boucher propose Après, une pièce sur un homme qui a tué ses deux enfants...

L'éléphant est dans la pièce, le pachyderme en question étant le fantôme de Guy Turcotte. Serge Boucher y a pensé avant d'écrire Après. Le public y pensera sûrement aussi, mais le propos du dramaturge est ailleurs. Plus près de l'humain, tout juste au coeur.

L'auteur d'Aveux et d'Apparences dit ne pas craindre les réactions que pourra provoquer Après. Sa pièce, mise en scène par René Richard Cyr, ne cherche ni à justifier ni à juger. Il s'agit d'un huis clos entre une infirmière, Adèle (Maude Guérin), et son patient (Étienne Pilon), un ingénieur ayant commis l'irréparable. Il s'est demandé ce qui se passe après.

«Je pense que j'aurais écrit cette pièce même si le cas Guy Turcotte n'avait pas existé. Ce sur quoi j'ai le moins lu, c'est l'affaire Guy Turcotte. Je voulais m'en détacher. L'intérêt d'Après, c'est de dire que ce tueur pourrait être vous ou moi.»

L'incompréhensible

Serge Boucher ne tente pas d'expliquer l'incompréhensible. Son sujet, c'est la rencontre de deux êtres humains dans des circonstances extraordinaires.

«Qu'est-ce que deux êtres humains peuvent s'apporter en peu de temps dans un huis clos total? C'est certain que cette infirmière se demande si elle doit prendre sa pression. C'est son devoir, mais la pièce traite de ça, des dilemmes moraux. Si on imaginait Adèle à sa sortie de l'hôpital, chez elle, ça doit être terrible. Elle est troublée, mais ce qui m'intéressait, c'est de voir comment ça change sa vie.»

Qu'on le veuille ou non, qu'on choisisse d'ignorer ou de détester d'emblée ce tueur, on reste placé devant un être humain qui a fait des choses monstrueuses.

«Ce monstre humain, il s'est enrégimenté dans une ligne droite toute sa vie. C'est peut-être ça qui le perd. À partir d'une première difficulté dans sa vie, il est fini. C'est quelqu'un qui aime le quotidien. Ça le rassure. Sorti de ce cadre, il déraille.»

«Ça me trouble, quelqu'un qui veut être normal à tout prix et qui est perdu au moment où un grain de sable entre dans l'engrenage.»

L'une des plus belles répliques de la pièce vient du personnage de l'homme, d'ailleurs: «Faut que tout ait l'air normal. Juste normal. C'tu ça, l'enfer? Faire comme si tout était normal?»

La vie d'Adèle

De son côté, Adèle est une femme solitaire pour qui le travail est la chose la plus importante. Elle possède une certaine foi, mais sa vie va changer.

«Qu'est-ce qu'il y a entre Adèle et lui, qu'est-ce qui peut arriver? Adèle n'en sortira pas indemne. C'est elle qui fait le plus grand chemin. Il y a là deux êtres humains et lui la révèle à elle-même. Il vient libérer quelque chose chez elle.»

«C'est bête et triste, mais la vie continue, poursuit le dramaturge. On ne veut pas avoir de la compassion pour cet homme. Ça se comprend. Mais en même temps, il vit. C'est la complexité de l'être humain. Une chance qu'il existe des Adèle sur terre. On peut aider à vivre. Un coeur qui bat, c'est un coeur qui bat. J'y crois.»

Mais Serge Boucher insiste. Il ne porte pas de message du genre: pardonnons!

«Non, je pose des questions, je montre quelque chose et je laisse le public s'arranger avec ce qu'il reçoit. Je ne m'en cacherai pas: tant mieux si la pièce suscite un certain malaise. Un trouble.»

Après ce premier retour au théâtre en cinq ans, Serge Boucher ne délaissera pas la télé pour autant, mais il avoue retrouver sur les planches un grand espace créatif.

«C'est ma pièce la plus difficile à écrire. C'est une pièce de moi, mais différente dans mon parcours, plus minimaliste. Ça s'imposait. Je pourrais en faire des pages de "parler pour ne rien dire". Je voulais parler d'éthique et de moralité, mais ce n'est pas ma tasse de thé de partir dans un discours philosophique. J'ai essayé plein de choses, mais, à l'instinct, je sentais que ça n'allait pas. Ç'a été plus laborieux. Et ça restera toujours un sujet troublant.»

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Au Théâtre d'Aujourd'hui du 23 février au 19 mars.

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