Jean-Philippe Lehoux: normal comme... Woody Allen

Jean-Philippe Lehoux présente Normal à La Petite Licorne,...

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Jean-Philippe Lehoux présente Normal à La Petite Licorne, un récit de voyage, doublé d'une réflexion sur le voyage, augmenté de personnages pittoresques. Une pièce inspirée d'un séjour qu'il a lui-même fait dans la petite ville de Normal, en Illinois.

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Mario Cloutier

Deux spectacles cet automne pour Jean-Philippe Lehoux: une reprise au Rideau-Vert et une création, issue de sa résidence à La Licorne. Il y présente Normal, pièce sur son voyage d'un mois dans une ville normale qui s'appelle... Normal.

Normal, Jean-Philippe Lehoux? À La Petite Licorne dès lundi, jour normalement de congé dans les théâtres, il jouera Normal, sa nouvelle pièce où il citera notamment du Barthes et du Foucault, tout en faisant dans l'autofiction de voyage. Normal comme Woody Allen peut-être, qu'il aime d'ailleurs beaucoup.

«Mon personnage, c'est vrai, est un peu à la Woody Allen. C'est beaucoup moi, aussi. Il se permet des clins d'oeil et des contacts directs avec le public. Si je le dramatisais davantage, ça deviendrait lourd. Je préfère le fait qu'il avoue être parfois ridicule.»

À le voir regarder par-dessus ses lunettes avec un demi-sourire, on saisit l'autodérision doublée d'un signe d'intelligence indélébile. La preuve? Il lit Barthes et Foucault!

«Je lisais Barthes là-bas à Normal, en Illinois. Ça m'a imprégné. Mon personnage est un peu intello et raconte ses lectures plutôt que de vivre son voyage. Ça me fait rire. C'est une façon de décrocher aussi, d'analyser ce que le personnage a vu et vécu.»

Normal est donc un récit de voyage, doublé d'une réflexion sur le voyage, augmenté de personnages pittoresques. Sans se prendre au sérieux.

«Je ne mets jamais de filtre. Je ne suis jamais glorieux dans mes rôles. Je n'ai pas le point de vue d'un grand voyageur ou explorateur. Je suis timide, malhabile... Je suis qui, moi, pour lancer de grandes théories ou écrire de grands drames?»

Philosophe un brin tout de même, aussi.

«La vie est un long voyage, mais c'est aussi aller à la rencontre des autres. Au-delà du déplacement géographique, comment se comporte-t-on en voyage? Même ici, à Montréal, est-ce un état d'esprit, le tourisme? Part-on de notre condo à Ahuntsic pour aller à la rencontre des Montréalais?»

Touriste de tout

Comme deux de ses oeuvres précédentes, Napoléon voyage et Comment je suis devenue touriste, Normal parle de tourisme au sens large. Le récit se déroule cette fois dans une banlieue ennuyante de l'Illinois où l'acteur-dramaturge a passé un mois à la suite d'un vote populaire auprès du public de la Licorne afin de désigner la ville la plus «contournable» dans le monde.

«L'idée était d'avoir un angle très pointu sur la définition de touriste ou ce qu'on peut faire dans une ville où il n'y a rien à voir. Il y a aussi un aspect ludique et social qui m'intéressait.»

Au départ, presque dans un esprit documentaire, il souhaitait rencontrer des gens pour voir comment ils vivent dans une petite ville, mais il s'est rendu compte qu'«ils n'avaient pas besoin d'un auteur qui allait sauver leur vie».

«J'ai compris que c'est moi qui avais besoin d'eux, que j'étais tanné d'être seul chez nous et que j'avais besoin de parler à des gens. Je devais accepter que cela devienne un voyage communautaire.»

Pièce à deux

Pour lui donner la réplique dans la pièce, Sarah Laurendeau agira à titre de narratrice et de DJ.

«C'est un rôle presque plus important que le mien. C'est un peu ma voix intérieure et le destin qui me fait c... un peu. Elle incarne certains personnages aussi. C'était important de recréer ce qui s'est passé là-bas au Motel 6, comme si j'étais un rat de laboratoire.»

L'acteur a aussi rencontré des Américains tout à fait «normaux» là-bas qui l'ont invité, hébergé, formant avec le temps un petit réseau. «C'est devenu moins angoissant et plus intéressant», avoue-t-il.

«Je me devais de leur donner une place pour les remercier. C'était la moindre des choses. Je ne pouvais pas n'être que narcissique. Mon expérience est somme toute banale, je ne suis pas allé faire la guerre, mais rencontrer des gens.»

Non? Aller vers l'autre en 2015, quelle idée saugrenue?

«C'est pas sexy ni technologique. Dans un voyage, on cherche de beaux hôtels ou des aéroports technos. Ça nous rassure. Mais ce n'est pas là que ça se passe. C'est dans un café qu'il faut aller.»

«On est tellement des milliards qui voyagent maintenant, poursuit-il, alors pour sortir des sentiers battus, il faut chercher longtemps. D'où l'idée de visiter un lieu super accessible, mais qu'on a oublié parce qu'il n'y a pas d'intérêt à la base. Comment on crée l'aventure dans ce temps-là? C'est en allant prendre un café avec des inconnus, même si c'est dur!»

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La pièce Normal est présentée à La Petite Licorne du 31 août au 25 septembre.

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