Les auditions d'une vie

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N'entre pas qui veut dans une école de théâtre professionnelle. Les personnes intéressées doivent passer par un processus d'auditions long et exigeant. Ils sont plus de 400 jeunes adultes à cogner chaque année aux portes des six établissements qui offrent des programmes d'interprétation. La Presse a suivi trois jeunes dans ce laborieux processus.

En septembre dernier, Lydia Sherknies, Vincent Michaud et Charles Voyer ont commencé à préparer leurs scènes pour les auditions. Pratiquement chaque semaine, ils ont rencontré leur coach pour peaufiner les deux scènes qu'ils allaient présenter dans les six écoles (l'École nationale de théâtre du Canada, le Conservatoire d'art dramatique de Montréal et celui de Québec, l'Université du Québec à Montréal, le Collège Lionel-Groulx et le Cégep de Saint-Hyacinthe).

«Je trouve vraiment que c'est important d'être coaché, dit Charles, 19 ans. Si on fait nos scènes seul dans notre sous-sol, on ne sait plus ce qu'on fait, on ne peut pas prendre de recul.»

Temps et argent

Ils sont donc plus de 400 à avoir tenté leur chance dans les écoles de théâtre cette année. En général, ils ont tous déboursé entre 1000 et 2000 $ pour obtenir les services d'un coach, et ce, même s'ils savent très bien qu'il y a des risques qu'aucune école ne les accepte.

«Faire ses auditions, je pense que ça se planifie, ça se prévoit, dit Vincent, 21 ans. Moi, quand j'ai commencé à penser à faire mes auditions le printemps dernier, j'ai commencé à mettre des sous de côté. Et je n'ai pas pris de jours de vacances de l'année au cas où je serais accepté à un stage.»

La coach d'auditions de Charles, Gina Couture, abonde: «La préparation des auditions, c'est un gros investissement de temps et d'argent. Il faut prévoir un budget; sinon, ça va devenir pas mal plus stressant. Cette année-là, ils ne peuvent pas faire huit ligues d'improvisation ou des comédies musicales. Non, tu te focusses. Les auditions, ça peut changer ta vie.»

Jouer sa vie

Pendant plusieurs mois, les trois élèves ont donc répété des centaines de foiuditionner: «Nous avons l'impression de jouer notre vie!», dit Lydia.

«D'abord, dans les deux cégeps. Et il y a une différence entre les cégeps et les autres écoles, dit Samuël Côté. Lorsque tu rentres au cégep, tu n'es pas sûr de rester, parce qu'ils en prennent 28 à peu près et, à la fin de la première année, ils en coupent la moitié, peut-être même plus. Mais quand tu rentres à l'École nationale ou au Conservatoire, tu es pas mal sûr de rester.»

Les deux écoles les plus convoitées par ces trois élèves sont l'École nationale de théâtre et le Conservatoire de Montréal. «Ce sont les deux écoles qui m'intéressent le plus, parce qu'elles sont à Montréal et j'aime Montréal, confirme Vincent. Et il y a aussi le rayonnement des diplômés. Parmi les comédiens qui travaillent et que nous voyons beaucoup, plusieurs sont issus de ces deux écoles-là.»

Après ce long processus d'auditions, la centaine d'aspirants qui ont été élus par les professeurs feront leur entrée dans une des six écoles. C'est le cas de Vincent Michaud, Lydia Sherknies et Charles Voyer, qui auront tous récolté les fruits de leur labeur.

Lydia Sherknies, Vincent Michaud et Charles Voyer... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE) - image 2.0

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Lydia Sherknies, Vincent Michaud et Charles Voyer

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, LA PRESSE

Des répétitions aux auditions

Vincent Michaud

Vincent Michaud a toujours été considéré par ses pairs comme «le gars qui fait du théâtre et de l'impro».

Pourtant, il a attendu d'avoir son diplôme d'études collégiales avant de se lancer dans le processus d'auditions pour les écoles de théâtre professionnelles.

Il y a un an, il a demandé à Lydia Sherknies d'être sa partenaire dans cette aventure. Ensemble, ils ont répété pendant cinq mois avant de se présenter aux auditions des cégeps.

Résultat? Vincent a été accepté dans les deux établissements. Il a eu moins de chance au Conservatoire de Montréal, où le jury ne l'a même pas vu en deuxième audition.

À l'École nationale de théâtre, Vincent a passé chaque étape avec joie et confiance, mais après quatre jours intenses de stage à travailler avec les professeurs, l'homme de 21 ans a reçu une réponse négative.

Il n'a quand même pas eu le temps de s'apitoyer sur son sort: le jour où il a appris qu'il n'était pas admis à l'École, il auditionnait au Conservatoire de Québec.

Lundi, Vincent saura si les portes de l'école de la Vieille Capitale lui seront ouvertes en septembre. S'il essuie un refus, il ira étudier au Cégep Lionel-Groulx avec son amie Lydia.

Charles Voyer

Charles Voyer est une vieille âme dans un corps de jeune homme.

À 19 ans, ce finissant en théâtre au Cégep de Saint-Laurent a fait ses auditions dans quatre des six écoles professionnelles. 

Tout comme Vincent Michaud, il a été accepté dans les deux cégeps.

Les choses se sont gâtées à l'École nationale (l'établissement qu'il convoitait le plus), puisqu'il n'a pas réussi à se tailler une place au stage. Un refus difficile à avaler.

Par contre, au Conservatoire de Montréal, les professeurs ont décelé le potentiel de Charles, ce qui l'a conduit jusqu'au stage. 

À cette dernière étape, le Montréalais était plus nerveux qu'à l'habitude, puisque cette école était maintenant celle où il désirait entrer.

Après le stage, il a reçu la réponse espérée: les professeurs avaient envie de travailler avec lui au cours des trois prochaines années. C'est donc dans cette école que Charles ira apprendre le métier de comédien.

Lydia Sherknies

Dans quelques semaines, Lydia Sherknies obtiendra son diplôme d'études collégiales en arts et lettres, profil théâtre, au Cégep Marie-Victorin.

Comme des centaines d'autres Québécois, elle s'est préparée avec beaucoup de rigueur en vue des auditions aux écoles de théâtre.

La jeune femme de 20 ans rêvait d'être acceptée à l'École nationale de théâtre ou au Conservatoire de Montréal, mais elle n'a pas eu la chance de se rendre en deuxième audition au Conservatoire. Par contre, à l'École nationale, elle a pu faire le stage.

Parmi la trentaine de candidats présents à cette ultime étape, 12 ont été choisis pour faire partie de la nouvelle cohorte. Lydia, malheureusement, n'a pas été retenue. Immense déception pour la jeune femme de L'Assomption. «J'étais si près du but», laisse-t-elle tomber.

À l'automne, elle ira dans une école de théâtre professionnelle, puisqu'elle a été acceptée au Cégep Lionel-Groulx.

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