Les deux voyages de Suzanne W.: un projet fou de cinéma-théâtre

Sylvie Léonard dans Les deux voyages de Suzanne... (PHOTO ULYSSE LEMERISE, COLLABORATION SPÉCIALE)

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Sylvie Léonard dans Les deux voyages de Suzanne W.

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Créée au Théâtre national de Chaillot à Paris fin mars, Vanishing Point, du scénographe et metteur en scène français Marc Lainé, arrive à Montréal coiffée d'un nouveau titre : Les deux voyages de Suzanne W. et accompagnée d'une rumeur extrêmement favorable. La Presse s'est entretenue avec la comédienne Sylvie Léonard, qui partage la vedette de ce « road trip » théâtral avec Pierre-Yves Cardinal.

C'est Ginette Noiseux qui a joué les entremetteuses. Après avoir convaincu Marc Lainé de faire son road trip dans le Grand Nord québécois, la directrice artistique d'Espace Go a communiqué avec Sylvie Léonard pour lui parler de son projet de cinéma-théâtre.

La comédienne venait de rentrer d'une tournée européenne des Femmes savantes, mise en scène par Denis Marleau, qu'elle retrouvera d'ailleurs la saison prochaine au Rideau Vert dans Les diablogues, de Roland Dubillard.

La chimie a opéré, et le projet a été mis sur les rails. Un projet fou, il faut le dire, avec ses caméras mobiles et ses images du Grand Nord projetées sur deux écrans, un groupe de musique rock atmosphérique, Moriarty, qui joue « live » et une Honda Civic 78 sur scène (à Montréal, ce sera une Pontiac Acadian !).

Cette histoire est celle de Suzanne W., femme dans la cinquantaine qui revit, en flashback, le voyage qu'elle a fait en voiture avec un autostoppeur (Pierre-Yves Cardinal) qui part retrouver sa bien-aimée dans le Grand Nord québécois (Marie-Sophie Ferdane).

Jackie, Les femmes savantes, Vanishing Point... Depuis la fin de la série Un gars, une fille, c'est surtout au théâtre qu'on vous voit...

Absolument. Au départ, quand j'ai voulu faire ce métier-là, je ne pensais qu'au théâtre. Je voulais raconter des histoires sur une scène. Même si j'ai préféré certains rôles au cinéma ou à la télé, le lieu où je me sens le mieux, c'est au théâtre. Ne serait-ce que pour les répétitions. Tout le travail de recherche est presque plus intéressant pour moi que le spectacle à proprement parler. Je suis vraiment très heureuse durant les semaines de répétitions. Je ne m'en lasse pas.

Ça fait deux fois que vous jouez en France. Est-ce que c'est un rêve pour vous de mener une carrière là-bas ?

Non. C'est simplement une autre aventure. Qu'on me demanderait de jouer n'importe où, si le rôle m'intéresse, je vais y aller. Là-bas, les gens m'ont demandé : « Vous voulez vous installer ici ? » La réponse est non. Si c'est pour jouer de petits rôles dans un grand pays, ce n'est pas vraiment intéressant. Là, j'ai joué un grand rôle dans un autre pays. C'est différent.

Parlez-moi de votre séjour au Théâtre de Chaillot. Comment avez-vous vécu les trois semaines de représentations là-bas ?

C'est un sentiment de vertige, de plaisir, de bonheur. Je me sentais un peu comme les joueurs de golf qui s'en vont jouer en Écosse. L'idée de jouer sur la scène de ce grand théâtre était magnifique. C'est un lieu de création unique. Comme à Grignan, où on a joué Les femmes savantes. Juste de prendre conscience des comédiens qui ont foulé ces planches, c'est très émouvant. Ça me rend joyeuse. Quand je suis passée devant le théâtre de Louis-Jouvet où on peut lire l'inscription « Ici est mort Louis Jouvet sur scène », j'avais juste envie de pleurer...

Parlez-moi de votre personnage de Suzanne W. Quels sont ses deux voyages ?

C'est une femme de 50 ans qui mène une vie assez solitaire, assez sédentaire, qui n'a pas vécu beaucoup de folies et qui décide un jour de prendre sa voiture pour aller rejoindre une amie à Winnipeg. Mais elle vit aussi un voyage intérieur pendant ces trois jours-là. Elle va changer de trajectoire en décidant d'embarquer un jeune homme qui fait du stop. Il y a donc sa quête, mais aussi la quête du jeune homme qui part à la recherche de la femme qu'il a aimée et qui vit dans le Grand Nord.

Le dispositif scénique de Marc Lainé est original : une voiture, des projections, un groupe de musique. Avez-vous déjà vécu une expérience théâtrale comme celle-là ?

Non. Marc est d'abord un scénographe. Le dispositif et l'idée du road trip ont inspiré l'histoire, et non l'inverse. Quand nous sommes arrivés, le décor était fait, la scéno était faite. Les images du Grand Nord avaient été tournées. Donc, on travaillait dans le décor avec les images, le son. Le texte a découlé de tout ça. Tout s'est construit au plateau. C'est très différent de ce qu'on est habitué à faire, mais c'était plus facile par moments parce que tout s'intégrait au fur et à mesure.

Qu'est-ce qui était le plus difficile dans le processus créatif ?

Il a fallu qu'on trouve nos balises. Le plus difficile a été de trouver le bon dosage entre les scènes filmées et les scènes jouées. Il ne fallait pas oublier qu'on était au théâtre, même si on était filmés. Mais il ne fallait pas jouer trop gros à la caméra. Il a fallu faire attention à ce que la forme ne soit pas plus lourde que le fond, que le rythme soit clair. Il a fallu que les contraintes deviennent des outils. Il y avait beaucoup d'exploration à faire, il y a aussi des scènes oniriques avec le personnage de Marie-Sophie Ferdane, alors il a fallu trouver un équilibre.

Est-ce qu'un road trip au théâtre aurait été possible sans ce dispositif ?

Je ne pense pas. Dans ce cas-ci, le dispositif est aussi important que le texte. C'est un tout. Ça ne pouvait pas être monté autrement. À Paris, les gens nous disaient qu'ils sentaient l'angoisse, l'ennui, la distance, le voyage, donc il y a quelque chose de très intéressant dans ce dispositif. Mais aussi dans l'histoire qui nous est racontée. C'est un triangle amoureux, mais c'est surtout une quête identitaire. C'est émouvant et triste, mais il y a de l'espoir. C'est une quête.

À l'Espace Go du 5 au 23 mai.

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