Grande écoute, le pouvoir de l'inutile

Denis Bernard et Alexandre Bergeron dans Grande écoute,... (Photo Gunther Gamper, fournie par l'Espace GO)

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Denis Bernard et Alexandre Bergeron dans Grande écoute, de Larry Tremblay.

Photo Gunther Gamper, fournie par l'Espace GO

Nous sommes à peu près tous conscients de l'insignifiance et de la futilité de certains talk-shows de fin de soirée.

Ce qui ne nous empêche pas de regarder parfois ces émissions, fascinés à la fois par l'exubérance et le pouvoir hypnotique des animateurs et les propos décomplexés des invités. Dans des échanges qui sont souvent, il faut bien l'admettre, vides de toute substance...

Qu'il s'agisse de personnalités publiques ou de parfaits inconnus, le but demeure le même: divertir. Abrutir diraient certains. Mais aussi rendre «viraux» des moments d'antenne, augmenter les cotes d'écoute. Et, bien sûr, faire briller sous les projecteurs des gens parfaitement ordinaires. Les faire parler de leur tour de poney... Bref, en faire des vedettes pour pas grand-chose.

Du rire au malaise

Grande écoute, de Larry Tremblay, nous entraîne avec cynisme et irrévérence dans cet univers tordu, provoquant à la fois rires et malaises.

Roy, interprété avec panache par Denis Bernard, est un animateur capable de faire parler et pleurer ses invités. Un boxeur, la fille d'un ministre, une chanteuse ou encore un pauvre type devenu millionnaire après avoir trouvé un billet de loto (mémorable performance de Sébastien Dodge). Ils sont tous là pour donner un show et Roy, pour tirer les ficelles.

Leurs discussions sont futiles. On passe du coq à l'âne. Il y a beaucoup de bavardage. De témoignages. C'est de notre temps...

Ces scènes où le spectateur se trouve malgré lui intégré à l'émission sont les plus intéressantes. Elles sont entrecoupées de scènes où on voit l'animateur dans son quotidien. La plupart du temps avec sa femme (Macha Limonchik), au coeur d'une relation usée, elle aussi vidée de toute substance. Ces transitions sont très bien intégrées par le metteur en scène Claude Poissant.

Une langue artificielle

Un mot sur la langue de Tremblay. Sur scène, elle sonne faux. Les acteurs ne parlent ni dans un français soutenu ni en québécois ou en joual, mais dans un entre-deux qui n'est absolument pas naturel. Étais-ce une façon d'amplifier la fausseté des échanges entre l'animateur et ses invités ou avec sa femme? Sans doute. Mais le résultat est agaçant.

L'auteur de Drangonfly of Chicoutimi et du roman L'orangeraie signe ici un texte extrêmement violent dans sa charge contre le vedettariat instantané. Le personnage de Roy, narcissique absolu, ira jusqu'à inviter son fils handicapé à son émission pour aborder la question de sa tentative de suicide. Énorme malaise.

Un jour, Roy sera apostrophé par sa femme: «Plus les cotes d'écoute augmentent, plus tu dégringoles...» Et, oui, il dégringolera. Il finira même par être remplacé, sans parvenir à se désintoxiquer de son personnage public. Les images sont fortes et le metteur en scène a bien traduit la scène finale, qui penche vers le théâtre de genre.

Le paradoxe de la pièce est évidemment de justifier les deux heures qu'on nous gave de ces insignifiances. Même si, apparemment, c'est ce qui passionne les gens.

* * * 1/2

À l'Espace GO jusqu'au 21 mars.




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