Oh les beaux jours: avec le temps

Dans Oh les beaux jours, Catherine Frot incarne avec... (PHOTO PASCAL VICTOR, FOURNIE PAR LE TNM)

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Dans Oh les beaux jours, Catherine Frot incarne avec brio cette petite «fleur dans le désert» de l'humanité.

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Luc Boulanger
La Presse

Elle cause beaucoup, Winnie. Elle parle seule (ou presque) pour passer le temps qui la tire inexorablement vers la mort. Elle fait et refait son petit rituel de toilette quotidien, glanant des souvenirs de jeunesse «comme si la mémoire était l'antidote à la mort», pour reprendre la belle formule d'André Brassard, qui a dirigé Oh les beaux jours en 2008 à l'Espace GO.

La magnifique pièce de Samuel Beckett est à l'affiche du Théâtre du Nouveau Monde (TNM) pour quelques jours seulement, hélas à guichets fermés, avec l'actrice française Catherine Frot. L'interprète d'Odette Toulemonde reprend ce rôle immense, avec une belle et fragile lumière. La comédienne a la cinquantaine plus svelte et coquette que «plantureuse et grassouillette»... comme l'aurait souhaité Beckett.

Or, depuis que la grande Madeleine Renaud a créé ce personnage en 1963, Winnie a pris les traits féminins des actrices belles et lumineuses. Ce qui, à notre avis, rend ce rôle encore plus tragique. Car cela expose l'inévitable déclin de la condition humaine. Mais du point de vue d'une femme pour qui cesser de séduire - ou plutôt d'être séduisante -, c'est mourir un peu.

Une (autre) journée délicieuse

Au petit jour, donc, Winnie se réveille. Gaie et déterminée. «Pas de douleur!», se réjouit-elle, en constatant que ce sera une autre délicieuse journée.

Pourtant, elle a toutes les raisons de souffrir, cette pauvre Winnie. D'abord physiquement. Elle est à moitié enfouie dans le sol, sous un soleil lourd et aveuglant. Ensuite amoureusement. Elle est en couple avec Willie, un époux taciturne, pratiquement absent, muet et sourd à ses paroles, encore plus à ses désirs. Ici et là, on l'aperçoit lisant son journal et éructant quelques borborygmes. En Willie, Éric Frey est parfait d'inquiétante présence.

Le metteur en scène Marc Paquien a transformé l'habituel monticule désertique, en forme de mamelon, en un gros rocher au bord de la mer. Dans le beau décor de Gérard Didier, une toile occupe aussi toute l'arrière-scène pour représenter le littoral, donnant ainsi un point de fuite et d'espoir au cruel destin de cette femme solitaire.

Dans cette excellente production française qui tourne depuis 2012 (avec environ 300 représentations), le public assiste effectivement à un combat entre l'espoir et la fatalité de l'existence.

Catherine Frot incarne avec brio cette petite «fleur dans le désert» de l'humanité. L'ennui, la futilité, le sentiment de vide, l'angoisse, la peur de vieillir... C'est tout cela, Oh les beaux jours. Et encore plus! Au final, Winnie va chanter sa fameuse chanson pour passer le temps qu'il lui reste à vivre. Et on retourne chez soi, comme Aragon, le coeur content.

La parole et la poésie nous ont rendus moins seuls l'espace d'une soirée au théâtre. Chapeau, madame Frot!

De Samuel Beckett. Mise en scène par Marc Paquien. Avec Catherine Frot et Éric Frey.

Au TNM jusqu'au 26 février (à guichets fermés).

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