Angela Konrad: l'humanité en marche

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«Shakespeare est un mélange de grotesque et de sublime. Je suis proche de lui depuis toujours», dit la metteure en scène Angela Konrad.

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Luc Boulanger
La Presse

Les classiques sont des contemporains de toutes les époques, dit-on. La metteure en scène d'origine allemande Angela Konrad aime relire les oeuvres du répertoire pour les mettre au goût du jour. Après un spectacle qui bousculait La Cerisaie de Tchekhov, Konrad propose, dès demain au Quat'Sous, une création percutante d'après Richard III.

Installée à Montréal depuis trois ans seulement, Angela Konrad a déjà fait sa place dans le milieu théâtral et académique. Allemande qui a longtemps travaillé en France, son approche du théâtre épouse théorie et pratique pour mieux bousculer les conventions. Nous l'avons rencontrée afin de parler d'Auditions ou Me, Myself and I. Son adaptation de Richard III, réalisée avec ses fidèles collaborateurs, les comédiens Philippe Cousineau, Stéphanie Cardi, Marie-Laurence Moreau, Dominique Quesnel, Lise Roy, ainsi que son assistant William Durbau.

Vous êtes une inconditionnelle du théâtre de Shakespeare. Pourquoi cet auteur en particulier?

Shakespeare est un mélange de grotesque et de sublime. Je suis proche de lui depuis toujours. Car, dans la tradition théâtrale allemande, Shakespeare fait partie des classiques allemands. Il a sa place aux côtés de Goethe et de Schiller. J'aime énormément la langue qui est à la fois forte, baroque, allégorique, équivoque... En plus, elle exige de l'acteur une très grande mobilité.

Pourquoi alors revisiter ses pièces et non les monter telles quelles?

J'ai monté Hamlet et Richard III en France. Et j'aimerais retravailler ses grands textes avec les moyens des grosses productions. Or, pour l'instant, ma compagnie (La Fabrik) n'a pas l'argent pour monter ainsi de grands classiques. Et je ne vais pas attendre les subventions ou institutions pour travailler à faire entendre cet auteur.

Auditions ou Me, Myself and I, présentée dans la salle de répétitions du Quat'Sous (50 places), est une variation autour de Richard III...

Ce n'est pas autour! La pièce n'est pas un prétexte: elle est au centre du projet. La fable de Richard racontée par Shakespeare demeure la ligne directrice. Ceux qui connaissaient bien la pièce auront du plaisir à découvrir le maillage entre les scènes.

Et ceux qui sont néophytes auront du plaisir à découvrir les coulisses d'une production théâtrale. Le spectacle présente des interprètes en pleine répétition. Ils jouent plusieurs personnages pivots de l'oeuvre, sous la direction d'une metteure en scène très égocentrique, manipulatrice (jouée par Dominique Quesnel). C'est une mise en abyme?

C'est aussi une mise en miroir du personnage de Richard par rapport à celui de cette artiste qui est davantage au service de sa névrose que de l'oeuvre à présenter. Certes, le texte critique le fonctionnement de l'industrie culturelle au Québec. Mais c'est aussi une autocritique, un genre de satire qui caricature le milieu du théâtre.

L'ego surdimensionné de Ricky (la metteure en scène) l'empêche donc de bien faire son travail. Elle oublie sa réelle fonction.

Dans la troupe, on a tous vécu des histoires horribles en répétition. Des acteurs qui manipulent ou se font manipuler. Acteurs, metteurs en scène, producteurs... On a tous des contradictions entre nos intérêts personnels et la création, qui doit être le but ultime.

Vous aimez citer Heiner Müller: «Tant que Shakespeare écrit nos histoires, on n'est pas sorti de l'auberge.» L'actualité nous le montre: le monde contemporain abrite son lot de monstres et de meurtriers, à l'image du roi Richard III. Vous êtes pessimiste?

Shakespeare nous montre comment se fabrique l'histoire. Hélas, l'histoire se répète. Après le drame de Charlie Hebdo, j'ai ressenti encore plus de pessimisme pour la France et pour l'Europe, où j'ai vécu durant plus de 40 ans. Désormais, tout est en place pour que les événements soient récupérés par Marine Le Pen et le Front national.

Shakespeare nous dit aussi que le pire ennemi de Richard III, c'est lui-même. À la fin de la pièce, Richard fait face à sa propre morale. Il délire, entouré des fantômes de son passé.

En effet. Si espoir il y a, c'est parce que des textes comme ceux-là traversent le temps et nous demandent toujours de réfléchir. Tout le monde a besoin d'appartenir à quelque chose: un courant de pensée, une famille, un travail, un couple, etc. Or, au-delà du cercle intime, familial ou professionnel, il y a un autre cercle. C'est le grand cercle de l'humanité. Cette belle communauté humaine qui, le 11 janvier dernier, a défilé pour la liberté à travers la France et la planète.

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