La déprime: La vérité comique

À Denis Bouchard, Julie Vincent et Rémy Girard... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE)

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À Denis Bouchard, Julie Vincent et Rémy Girard (assis sur le banc), tous trois de la distribution originale de la pièce La déprime, viennent s'ajouter Éric Paulhus, Anne-Élisabeth Bossé, Pascale Desrochers et Bernard Fortin.

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Luc Boulanger
La Presse

Plus de 30 ans après avoir participé à la création d'un de plus grands succès du théâtre comique québécois (avec les Broue, Appelez-moi Stéphane et autres Voisins), Denis Bouchard met en scène une nouvelle production de La déprime, au Rideau Vert, portée par un solide quatuor de comédiens.

Voilà 33 ans que Denis Bouchard répond à la même question. Pourquoi avoir donné un tel titre à une comédie? «J'en suis conscient... La déprime est un bien mauvais titre. Or, il faut le prendre au deuxième degré. En 1981, le Québec était dans un état de spleen collectif. Tout un projet de société venait de prendre le bord avec la défaite du Oui au référendum de 1980. On était en pleine crise économique avec l'inflation, le chômage...»

Rien de bien stimulant pour un acteur dans la vingtaine qui se demande s'il pourra vivre de son métier. «J'ai alors fait ce que je fais toujours depuis 35 ans: je me suis créé du travail. Et La déprime m'a donné du boulot durant quatre ans!», confie Denis Bouchard, l'un des artistes québécois les plus actifs et polyvalents de sa génération.

Avec ses camarades acteurs - Julie Vincent, Raymond Legault et Rémy Girard -, Denis Bouchard se lance dans l'écriture d'une pièce. Pourquoi avoir pris ce thème et ce lieu: 24 heures de tranches de vie de personnages disparates et populaires dans la gare d'autobus de Montréal?

«Ça revient en partie à Rémy Girard qui vivait à Québec au début des années 80. Julie [Vincent] et moi allions souvent en autobus le voir jouer à Québec, et lui venait nous voir à Montréal, se rappelle Bouchard. On a donc passé beaucoup de temps au Terminus Voyageur à observer la clientèle, à prendre des notes pour inventer d'éventuels personnages.»

Microcosme de la condition humaine

La pièce n'a toutefois pas été rédigée à huit mains. Chaque acteur a écrit des sketches de son cru. La troupe a retenu les meilleurs. Elle les a regroupés. S'inspirant des films choraux des années 70, comme ceux de Robert Altman, elle a aussi trouvé des fils conducteurs à toutes ces histoires.

«Le terminus représente un lieu de transit où passent toutes sortes de gens. Dans le même univers, on retrouve autant du burlesque que du Tennessee Williams », laisse entendre Denis Bouchard.

Ce décor planté, il était facile de le peupler d'une faune disparate, formée de voyageurs de la province ou de la ville, d'employés ou de sans-abri qui passent leur journée au terminus, de couples d'amoureux ou de solitaires suicidaires. Si le lieu est un microcosme de la banalité de la condition humaine, il est propice au ressort comique.

«Il n'y a pas de comédie sans vérité, avance le metteur en scène. Sous ses habits loufoques, un personnage comique doit avoir une profondeur, une humanité. On doit le sentir dépassé par les événements. Sinon, ce n'est pas drôle.»

Dans la nouvelle mouture de la pièce (qui sera publiée cet automne aux éditions Les Intouchables), La déprime est passée d'une trentaine à une cinquantaine de personnages, défendus par Bernard Fortin, Pascale Desrochers, Anne-Élisabeth Bossé et Éric Paulhus. Tous des virtuoses de la comédie!

Produite par Paul Dupont-Hébert de Tandem (Ladies  Night), la production se veut vintage, avec les costumes des années 80 signés par Suzanne Harel. «Il est impossible de transposer La déprime en 2014, explique Bouchard. L'action se passe en 1981, à une époque sans téléphones intelligents ni ordinateurs portables, iPad ou iPod... Toute cette nouvelle technologie qui nous accompagne désormais lorsque nous voyageons.»

«C'est fascinant de diriger des acteurs d'une autre génération dans une pièce qu'on a créée, poursuit Bouchard. Les interprètes me proposent plein de choses que je n'avais jamais soupçonnées pour incarner leurs personnages. D'ailleurs, je n'aurais aucun intérêt à leur demander de refaire ce qu'on faisait à la création. Dans mon esprit, je dirige une relecture de la pièce à partir de ce que l'équipe me propose. Avec leurs références à eux.»

Denis Bouchard se souvient du moment où il a repris le rôle de Fridolin dans Les Fridolinades au Rideau Vert en 1987. «Ça faisait 40 ans que la pièce n'avait pas été montée. Et son créateur, Gratien Gélinas, avait du mal à lâcher prise. Il n'aimait pas que Denise Filiatrault [qui faisait la mise en scène] et moi prenions la liberté de changer des choses à sa pièce. Or, nous lui disions: "Monsieur Gélinas, faites-nous confiance. Ça ne sert à rien de jouer Fridolin comme en 1945." »

Finalement, Monsieur Gélinas leur a fait confiance. L'auteur a revisité son oeuvre, ajoutant des références pour le public de la fin des années  80. Et ce fut un grand succès! Souhaitons que l'instinct de Denis Bouchard lui assure le même succès avec La déprime.

Au Rideau Vert jusqu'au 6 novembre. En tournée à partir de février 2015.

Info sur la tournée: tandem.mu

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