Glengarry Glen Ross: grandes gueules au tableau

Dans la scène d'ouverture, Williamson, le gérant de... (Photo: fournie par le Centre Segal)

Agrandir

Dans la scène d'ouverture, Williamson, le gérant de l'agence, écoute les propositions pas trop cachères de Shelly «The Machine» Levene, un ancien as qui traverse une mauvaise passe.

Photo: fournie par le Centre Segal

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Daniel Lemay
La Presse

Dans la scène d'ouverture, Williamson, le gérant de l'agence, écoute les propositions pas trop cachères de Shelly «The Machine» Levene, un ancien as qui traverse une mauvaise passe.

Chicago, début des années 80. La direction d'une agence immobilière a trouvé une nouvelle approche de motivation: le meilleur vendeur reçoit une Cadillac, le deuxième, des couteaux à steak... et les deux autres sont congédiés.

Quatre agents, quatre personnalités, quatre histoires, quatre façons d'approcher la vente, la compétition et, plus vastement, le système capitaliste dans son ensemble.

«Comment je peux me refaire si tu donnes les meilleurs prospects à Roma qui est déjà dans le haut du tableau?», demande Levene à Williamson dans la première scène de Glengarry Glen Ross, la pièce qui a valu à David Mamet le Pulitzer de théâtre en 1984.

Pour ses débuts à la mise en scène, Paul Flicker a choisi une des pièces les plus «parlantes» du répertoire américain et, certainement, la plus mal engueulée. La «poésie des sons» de Mamet se retrouve tout entière dans l'usage répété du mot «fuck», le plus mauvais des «bad words» anglais à quatre lettres. Un mot peu usité par la clientèle habituelle du Segal Centre, dûment avertie avant la première de jeudi dernier de la présence dans la pièce de «coarse language».

Dans Glengarry Glen Ross, tout est dans les mots, dans les mots que débitent en longues tirades Levene, l'ancien «numero uno» (R.H. Thomson), et surtout Ricky Roma, l'élève qui l'a dépassé, joué par Brett Watson, sublime de cynisme rythmé dans des phrases pseudo-philosophiques qu'il lance à ses acheteurs potentiels. Comme à Lingk (Mike Paterson, discret), rencontré par hasard au restaurant chinois: «Si tu passes ton temps à regretter hier et à craindre demain, que reste-t-il du moment présent?»

Moss, lui (Daniel Lillford), a une combine dans laquelle il embarque le pauvre Aaronow (Michel Perron), empêtré dans les mots qui ne sortent pas. «Tu voles les prospects et on les vend. Ou je les vole et, si je me fais prendre, je dis que tu es mon complice. Parce que tu m'as écouté...»

L'agence sera effectivement cambriolée mais par qui? La police est là (Tristan D. Lalla). L'heure est à la combine urgente mais tout le monde engueule tout le monde. «Fuck you

La «Cadillac» de la meilleure grande gueule pourrait aller aussi bien à Watson qu'à Thomson pour son Levene rêvant de recréer les jours passés. Ou même à Lillford qui livre un Moss toujours au bord de l'éclatement.

Les autres ne peuvent être congédiés car les rôles qu'ils ont à «vendre», tout aussi importants, offrent moins d'attraits dramatiques. Paul Flicker l'a compris, qui a porté ce Glengarry Glen Ross à un bel équilibre entre l'infernal rythme verbal de ses «grandes gueules» et la sobriété d'action sur la scène.

Une belle journée au bureau.

_______________________________________________________________________________

Glengarry Glen Ross, pièce en deux actes de David Mamet, mise en scène par Paul Flicker, au Centre Segal des Arts de la scène jusqu'au 30 mars.




publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer