Alexandre Goyette: la quadrature du sexe

Alexandre Goyette en a beaucoup sur les épaules:... (PHOTO ÉDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

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Alexandre Goyette en a beaucoup sur les épaules: jeu, traduction, mise en scène, production... il a investi quelques milliers de dollars dans l'entreprise.

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Avec la pièce britannique COCK, le comédien Alexandre Goyette signe sa première mise en scène autour d'un sujet actuel et provocateur: un triangle amoureux avec une femme et deux hommes gais. Pour en finir avec les stéréotypes.

Avez-vous déjà douté de votre orientation sexuelle? Pas John! Il est gai et a toujours désiré les hommes. Il vit depuis sept ans avec son chum. Or, un jour que son couple bat de l'aile, il rencontre une jeune femme blonde et pétillante. Rapidement, il tombe amoureux d'elle. Celle-ci le fera douter de son couple et de ses préférences sexuelles!

«John est gai, mais il aime cette fille-là», estime Alexandre Goyette, instigateur et metteur en scène de COCK, à l'affiche dès jeudi prochain à l'Espace 4001, au coeur du Plateau. Hélas! John est incapable de choisir entre son chum et sa nouvelle flamme. Or, il doit choisir: c'est ce que tout le monde attend de lui.

Écrite par le dramaturge Mike Bartlett, créée au Royal Court Theatre, à Londres, en 2009, COCK a piqué l'intérêt d'Alexandre Goyette l'été dernier. D'abord à cause de son titre provocateur, mais aussi parce qu'il voulait jouer avec sa blonde - Geneviève Côté - et son ami Michel-Maxime Legault. Daniel Gadouas complète la distribution dans le rôle du père du chum de John. Lors d'un souper où les couteaux volent bas, ce papa va débarquer à l'improviste pour sauver le couple de son fils.

«Au-delà de l'éternel triangle amoureux, j'aime cette pièce pour sa forme et ses thématiques, explique le metteur en scène qui signe également la traduction. Elle est porteuse de discussions et de réflexions.

«De plus, j'avais le goût d'aborder un texte avec un couple homosexuel assumé, alors qu'on assiste à une montée de l'intolérance envers la communauté gaie. En Russie, bien sûr, mais aussi à Montréal, avec la recrudescence des attaques homophobes dans le Village.»

Selon Goyette, COCK aborde l'identité at large; pas seulement sexuelle. «Tous les personnages désirent être aimés, explique-t-il. La pièce montre ce qu'on est prêt à endurer pour accéder au bonheur. Ce show-là risque de résonner auprès de beaucoup de gens. C'est intelligent, contemporain et accessible.»

Masculin/Féminin

Le traducteur vante aussi l'écriture de Bartlett. «C'est vachement bien écrit! Le récit est profondément théâtral: les situations, l'humour, les répliques, etc. Les personnages ne s'écoutent pas. Ils ne finissent pas leurs phrases. Ils se servent des mots pour combler un vide.»

Étonnamment, le créateur de King Dave ne s'est pas attribué le rôle de John (joué par Michel-Maxime Legault), mais celui de l'amant, plus domestique et délicat. «Avec ma compagnie, je veux avoir des défis comme acteur. Au départ, je désirais représenter un couple gai pas stéréotypé, comme dans la télésérie Six Feet Under. Avec un mâle alpha, costaud, qui a tout de même quelque chose de féminin. Alors, ma blonde m'a dit: «Voyons Alexandre, tu penses à toi! Dans la vie, tu es vraiment gars. Mais dans le quotidien, tu as un côté féminin très fort...» »

«Et c'est quoi, le côté féminin d'Alexandre Goyette?

- Ah là, vous demanderez à ma blonde... C'est privé!» (rires)

Gai ou straight?

Avec sa belle carrure, ses bottes de construction, sa casquette de «Hillbilly» et son look viril, Alexandre Goyette fait très gars, en effet. «Mais lorsque je suis avec des hommes qui parlent de chars, de moteurs, je m'ennuie de ma mère», rigole-t-il.

Hétéro, gai, bi, métrosexuel?

La question est plus complexe qu'une étiquette qu'on veut coller sur des individus. Dans COCK, John raconte qu'il a fait son coming out à l'université. Cela lui a attiré les félicitations de tous ses proches. On lui disait combien il était courageux, qu'on était fier de lui... «Mais qu'est-ce que ça change avec qui je fourre? lance crûment le personnage à ses proches. Gai, straight, ce sont des mots des années 60 fabriqués par nos parents. Qui sonnent tellement vieux, inventés juste pour obtenir des droits...»

«Ce que tu mets dans ta bouche ou ce que tu fais avec ton sexe, ça ne devrait regarder que toi, abonde le metteur en scène. Il y a une autre phrase que j'aime dans la pièce. Lorsque la femme dit à John qu'il est comme «un dessin qui n'a pas encore été colorié». Il est toujours l'image que les autres se font de lui.»

Alexandre Goyette est nerveux ces jours-ci. Il en a beaucoup sur les épaules: jeu, traduction, mise en scène, production. Il a investi quelques milliers de dollars dans l'entreprise. Dans une salle de 75 places, avec seulement deux semaines de représentations, l'acteur ne pourra probablement pas se payer à la fin. «Mon beau-père, qui travaille en finances, trouve que ce n'est pas un très bon investissement...»

«Mais j'aime le théâtre et je veux jouer, conclut-il. Si je ne travaille pas, je dois être proactif et me créer des projets. Je suis comme un sportif de haut niveau: il faut que je pratique mon sport, sinon, je ne serai pas à la hauteur.»

COCK, à L'Espace 4001 (4001, rue Berri), du 30 janvier au 15 février.




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