Icare: les ailes du désir

Véritables virtuoses des images scéniques, Michel Lemieux (à... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE)

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Véritables virtuoses des images scéniques, Michel Lemieux (à gauche) et Victor Pilon (à droite) aiment briser les frontières entre les disciplines artistiques. Ils le font de nouveau dans la pièce Icare, dont le rôle-titre est interprété par le talentueux Renaud Lacelle-Bourdon (au centre).

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Il y a un an, La Presse a annoncé un printemps Michel Lemieux/Victor Pilon, en 2014, pour souligner le 30e anniversaire de leur compagnie. À l'image de celui du monde arabe, le «printemps» de ces deux créateurs multimédia commence... en janvier. Avec la création, dès mardi, du spectacle multimédia Icare au Théâtre du Nouveau Monde (TNM).

Il y aura des ailes, de la lumière, des images et de la musique. Mais aussi des épreuves, de l'ombre, de la poésie et de l'illusion, dans Icare. Après La tempête et La belle et la bête, il s'agit du troisième spectacle, en moins de 10 ans, du tandem Michel Lemieux et Victor Pilon créé au TNM. Sous le regard de ces deux créateurs qui ont collaboré avec le Cirque du Soleil (One, Delirium), l'histoire d'Icare, qui s'est brûlé les ailes pour avoir volé trop près du soleil, aura assurément une résonance toute contemporaine.

Si Icare continue de susciter la fascination, c'est parce que ce mythe fondateur est plus grand que nature. Et que la vie est une éternelle matière à créer des mythes. «Si on cherche toute une vie un secret enfoui, lorsqu'on le trouve, sa lumière est aussi aveuglante qu'un soleil, illustre Victor Pilon. C'est comme si, devant cette vérité, il n'y avait plus d'ombre du tout!»

Revisitée par l'auteur Olivier Kemeid, qui signe un texte nouveau à partir du mythe ancien, la fable devient une allégorie de la démesure et de l'ambition des hommes; mais aussi de l'envol créateur, des relations père-fils, de la quête d'identité, de la transmission, entre autres thèmes.

«Mon père et ma mère sont morts dans les trois dernières années, raconte Michel Lemieux. À la fin de sa vie, mon père avait le parkinson cognitif. Il tremblait un peu et, surtout, il hallucinait. Il pouvait parler avec moi et avec le vide en même temps! Je devais lui dire: «Papa, c'est moi, Michel, ton fils...» Ironiquement, depuis des années, Victor et moi, nous créons des hallucinations sur scène. On remet la réalité en question. Nos spectacles suggèrent que le rêve est parfois plus réel que la réalité. Et là, c'était mon père qui inventait des personnages que je ne pouvais pas voir...»

À partir du deuil de son père, Lemieux avait donc la prémisse de sa nouvelle création. Encore fallait-il l'ancrer dans une plus grande histoire, une fable universelle. De là l'idée de prendre le mythe d'Icare (le talentueux Renaud Lacelle-Bourdon, magistral en Néron, l'automne dernier à La Licorne!) et de son père Dédale (Robert Lalonde), architecte de grande renommée dans la version du TNM.

Le deuil sied bien à Dédale

«Dédale n'a jamais fait le deuil de sa femme. Il en a négligé son fils, qui a souffert de son absence, explique Lemieux. Après la chute mortelle d'Icare, le père lâchera tout pour aller se réfugier en forêt. Et là, au milieu du bois, Dédale va se mettre à halluciner, à voir plein de choses, des bribes de son passé, de ses souvenirs. Et il fera revivre son fils.»

Pour illustrer la relation trouble entre Icare et Dédale, Victor Pilon rappelle ce que Robert Lalonde a dit en répétitions: «On ne donne pas ce qu'on veut à ses enfants: on donne ce qu'on est.» C'est ce que Dédale a fait avec son fils. Ils ont le même élan, la même soif d'apprendre, de se libérer, de grandir. Mais leur moyen d'y arriver est aux antipodes. Le père voit la réussite dans le matériel, la réalisation, le succès. Alors que le fils veut voyager, découvrir, vivre.»

Le processus de création était un continuum, un échange entre Olivier Kemeid et les deux metteurs en scène. Lemieux a fait des centaines de dessins, puis les a soumis à l'auteur. Le visuel inspirait le texte et vice versa. Sans parler du côté technique qui nécessite une mise en place réglée au quart de tour.

«Une création, c'est comme un être vivant, dit Michel Lemieux. Le spectacle évolue constamment durant les répétitions, jusqu'à sa naissance, à la première.»

Comme pour leurs précédents spectacles au TNM (La tempête, La belle et la bête), les metteurs en scène proposent avec Icare un univers fantastique où se croisent le réel et le virtuel. Les personnages sur scène sont interprétés par Renaud Lacelle-Bourdon, Robert Lalonde et la chanteuse mezzo-soprano Noëlla Huet (qui joue un peu le rôle du coryphée et chante en grec ancien!). Des personnages filmés, tridimensionnels (défendus par Pascale Bussières, Maxime Denommée), interviennent avec les personnages réels. Le jeune Loïk Martineau incarne Icare enfant.

«Cette troisième dimension ouvre le champ des possibles tout en laissant une bonne place à l'imagination du spectateur, ce qui lui permet de faire surgir des images poétiques», note Victor Pilon.

Véritables virtuoses des images scéniques, Michel Lemieux et Victor Pilon aiment briser les frontières entre les disciplines artistiques. Or, ils sont aussi des conteurs de notre ère technologique. Des poètes qui estiment que nos vies sont des mythes qu'il faut sans cesse raconter.

Au TNM, du 14 janvier au 8 février. En tournée au Québec, dans le cadre des sorties du TNM, dès le 28 février.




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