Anne-Marie Olivier: poseuse de bombes

La dramaturge et comédienne Anne-Marie Olivier... (Photo Olivier Pontbriand, La Presse)

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La dramaturge et comédienne Anne-Marie Olivier

Photo Olivier Pontbriand, La Presse

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«Je veux essayer de poser des petites bombes», dit Anne-Marie Olivier. Même si elle se dit «inconsolable» à l'idée que le Québec ne soit pas un pays, la femme de théâtre ne songe pas à faire sauter des boîtes aux lettres comme les felquistes d'antan. En disant cela, elle pense plutôt à son nouveau rôle: celui de directrice artistique du Théâtre du Trident, institution théâtrale de Québec.

La dramaturge, metteure en scène et comédienne a posé sa candidature dans un élan empreint de spontanéité. «Une fille s'essaye», résume-t-elle. Sa candidature a été retenue. Elle en est ravie. «Je veux essayer que ce soit un plus grand vecteur de sens, cette grosse boîte-là», dit-elle.

«Pour l'instant, j'ai le goût de partir en peur», ajoute-t-elle, en rêvant tout haut que cette boîte a les outils qu'il faut pour proposer «le meilleur théâtre du monde». Parce que c'est ce qui lui importe: voir des comédiens «en feu» enflammer l'assistance.

«Je ne veux pas m'installer là, je ne veux pas de titre, je ne veux rien d'impérial. Je veux juste essayer de faire du bon théâtre», insiste Anne-Marie Olivier, tout en réaffirmant sa foi envers le théâtre populaire.

Par «populaire», elle entend un art capable de toucher les connaisseurs comme les néophytes. Son propre travail s'inscrit d'ailleurs dans cette lignée. Annette, présentée l'an dernier à La Licorne, alliait une intelligence vive du jeu, un humour juste et une mise en scène aussi simple qu'inventive. «Pour bien du monde, c'était un show coquet, fleur bleue, a-t-elle constaté. Je ne suis pas d'accord.»

Elle a raison: si la fin était touchante, presque cute, l'essentiel de sa pièce était franchement dur. «C'est là que ça grince, que ça coince et que ça pue qu'il y a du théâtre, juge-t-elle. C'est là que c'est intéressant.»

Oeuvre au noir

Scalpée, sa nouvelle création, est ce genre de diamant noir. Elle met en scène trois personnages dépossédés d'une part d'eux-mêmes. «Je voulais mettre en scène des personnages qui perdent leur identité, leur force et leur courage d'une façon subite et violente», explique l'auteure.

Charles, dans Scalpée, est l'un de ceux à qui le miroir renvoie soudainement une image amputée qu'il doit recomposer: il apprend en effet tardivement qu'il a du sang amérindien. Anne-Marie Olivier elle-même et un de ses proches ont aussi découvert récemment qu'ils avaient des ancêtres autochtones.

«Plusieurs d'entre nous sont métis sans le savoir», en a-t-elle conclu. Elle a voulu creuser cette forme d'aliénation et gratter la cicatrice qui nous sert de lien avec les Premières Nations.

Fouiller le passé est pour elle une nécessité. «Tout ce qui est caché, pas dit ou mal dit peut créer l'illusion d'être informé sur ce qu'on est et d'où on vient, alors qu'on ne l'est pas, observe-t-elle. Je suis une bibitte à vouloir tout savoir. Même ce qui pue. Tout ce que j'apprends sur mes origines m'éclaire énormément.» Même si la vérité est parfois une bombe prête à nous sauter au visage.

Du 24 janvier au 9 février à Espace libre. Scalpée sera aussi présenté en mars à Québec.

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