10+1 avec Simon Brault

Simon Brault, directeur de l'École nationale de théâtre,... (Photo: Ninon Pednault, La Presse)

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Simon Brault, directeur de l'École nationale de théâtre, président de Culture Montréal et vice-président du Conseil des arts du Canada.

Photo: Ninon Pednault, La Presse

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Chaque semaine, Nathalie Collard rencontre un acteur de l'actualité et lui pose 10 questions liées à la couverture dont il a été l'objet. La 11e question vient du public. Cette semaine, notre journaliste s'entretient avec Simon Brault, directeur de l'École nationale de théâtre, président de Culture Montréal et vice-président du Conseil des arts du Canada. Il présidait cette semaine le Rendez-vous 2012, Montréal métropole culturelle.

1 Cette semaine, vous avez réuni dans un même lieu créateurs, politiciens, entrepreneurs et décideurs. En quoi est-ce un exploit?

Ce n'est pas évident d'avoir l'attention de ministres et de gens d'affaires toute une journée pour discuter de culture. Étant donné le contexte de crise à l'hôtel de ville, l'exploit était d'autant plus grand. Il y a quelques semaines, la plupart des gens invités ne voulaient pas être sur la même photo, ils disaient carrément qu'ils ne voulaient plus participer à l'événement. Disons que le niveau d'insécurité était très grand alors oui, c'était un genre d'exploit.

2 À quoi sert ce genre d'exercice quand on sait que tout se joue en coulisse et que les gens viennent y faire des déclarations connues d'avance?

C'est de travailler à maintenir quelque chose de rare, c'est-à-dire un consensus autour de la culture. Il y a très peu d'endroits dans le monde où on voit des gens d'affaires et des politiciens en arriver à dire que la culture est quelque chose d'important et de porteur. De plus, il ne faut pas sous-estimer l'ignorance des uns par rapport aux pratiques des autres. Les icônes du moment - les Moment Factory - tout le monde en entend vaguement parler, mais les choses plus structurantes - comme le projet de La Ligne Bleue -, on ne connaît pas ça. Ce sont donc des moments de pédagogie importants qui permettent d'expliquer aux autres l'état des choses.

3 L'ex-maire de Montréal Gérald Tremblay avait présidé la première rencontre en 2007. Il était très enthousiaste et adhérait à votre vision. Son départ représente-t-il une perte pour vous?

Oui, dans le sens où chaque fois qu'un politicien a passé un cycle de quatre ou cinq ans, il connaît les enjeux. Au fil des ans, le maire Tremblay était devenu un maire culturel et on pouvait compter sur lui. Quand un élu part, il faut tout recommencer. C'est toujours un réinvestissement et cela demande une patience et un enthousiasme inaltérés. C'est probablement la force des gens qui font un travail comme le mien, on est là plus longtemps, on pense à plus long terme.

4 Est-ce que Montréal a évolué comme métropole culturelle depuis la rencontre de 2007?

Il y a eu des rattrapages importants en terme d'infrastructures comme le réseau des bibliothèques publiques par exemple, ou toutes ces installations majeures que sont le Quartier des spectacles, le Musée des beaux-arts, etc. On a à Montréal des capacités de production et des lieux de création d'une qualité et d'une modernité exceptionnelles. Il y a aussi eu une évolution des mentalités. Depuis cinq ans, la compétition entre les différentes entreprises culturelles a fait place à une plus grande collaboration. J'ai trouvé que les gens tiraient moins la couverture de leur côté qu'il y a cinq ans.

5 Vous voyagez beaucoup au Canada et à l'étranger. Est-ce que toutes ces histoires de corruption nuisent à l'image de Montréal?

Absolument. Au Canada plus qu'à l'international, l'image de Montréal est plombée par ces scandales-là. Mais il ne faut pas exagérer, on est capables de montrer que Montréal ne se réduit pas à cela. Pas en le niant mais en montrant qu'on est capables d'autre chose. Le milieu de la culture est la carte de visite, la lumière que Montréal peut projeter sur le reste du monde.

6 Vous militez pour que le branding de Montréal soit celui d'une métropole culturelle. D'autres, comme Sid Lee par exemple, parlent plutôt de ville de créativité. Est-ce que vos visions sont très éloignées?

Pas forcément. Je pense que ce sont deux angles qui reflètent la même réalité. L'idée de métropole culturelle a ceci d'intéressant qu'elle est plus inclusive tandis que l'idée de villes créatives, inspirée des théories de Richard Florida, tend à donner le premier rôle à un groupe - les créatifs - très limité dans la ville. Or, la créativité n'est pas l'apanage d'un groupe, elle doit être développée chez tous les citoyens.

7 Cette semaine, le nom du club 357c a rebondi dans l'actualité. Daniel Langlois a voulu en faire un lieu de rencontres entre les arts et l'entreprise. En 10 ans, diriez-vous que le 357c a rempli sa mission, qu'il est devenu un lieu d'interaction entre artistes et entrepreneurs?

Il y a une interaction au 357c mais on s'entend qu'on est dans la pointe du triangle, l'élite artistique et économique. J'y suis allé à plusieurs reprises faire des présentations à des gens d'affaires avec le Conseil des arts de Montréal et j'irai en janvier car un groupe de gens d'affaires veut entendre parler de développement culturel. Je pense que ce genre de lieu est important. Chaque grande ville en a, mais c'est un lieu parmi d'autres. Le Rendez-vous 2012 en était un autre, ouvert au public, gratuit, transparent. On a besoin des deux.

8 Cette semaine, vous avez dit souhaiter un virage vers les quartiers de Montréal et vous avez souhaité un engagement des citoyens. Pouvez-vous préciser, donner des exemples?

Montréal est en sur-offre quant à sa production culturelle. Cela vient du fait qu'il existe un irrépressible désir de créer, de s'exprimer. On ne peut pas le réprimer mais si on veut que cela trouve écho, il y a deux possibilités: le rayonnement international et le développement de la participation culturelle des citoyens par des actions de proximité. Je fais le parallèle avec le sport: s'il se résumait au sport professionnel et s'il n'y avait pas toute cette activité amateur bénévole à l'échelle des quartiers, on serait plus pauvre comme société. C'est la même chose en culture. On voit apparaître des micro-festivals, des événements localisés qui durent une journée ou deux et qui servent de points d'entrée au système culturel. C'est très important.

9 Diriez-vous que les gens d'affaires encouragent suffisamment les arts à Montréal comparé à d'autres grandes villes?

À Montréal, il y a du rattrapage à faire en philanthropie dans tous les domaines. En 2007, on discutait de combien d'argent était donné. Cette année, on a mis l'accent sur ceux qui le reçoivent. Dans une ville comme Montréal, 10% des organismes culturels reçoivent 90% des fonds privés disponibles. Ce qu'on essaie d'expliquer aux gens d'affaires, c'est que oui, il faut soutenir l'OSM (Orchestre symphonique de Montréal), mais qu'il y a aussi toute une série de petites et moyennes entreprises de création pour qui un don de 5 ou 10 000$ fait toute la différence du monde. C'est l'enjeu des prochaines années: oui à plus d'argent mais aussi à une meilleure distribution.

10 Est-ce que vous remarquez un changement de ton à Québec depuis l'arrivée du Parti québécois au pouvoir?

Oui, mais on n'est pas rendus dans les mesures concrètes. Je note un discours moins marqué par l'économie, plus attentif aux choses plus modestes comme la culture dans les écoles, par exemple.

TWITTER +1 de Sophie Banville@banvills

Avez-vous l'intention de vous présenter à la mairie de Montréal?

(Rires) Non, je ne pense pas être fait pour faire de la politique comme ça. Par contre, je travaille toujours avec quelque élu que ce soit sans jamais faire de la politique partisane. Le prochain maire de Montréal ne pourra pas gérer la Ville s'il n'est pas capable d'intégrer la dimension culturelle. Et moi, je vais être là pour l'aider, peu importe qui c'est.

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