Nassim Soleimanpour et Lapin blanc, lapin rouge: auteur sans frontières

L'artiste iranien Nassim Soleimanpour a écrit un texte... (Photo fournie par la production.)

Agrandir

L'artiste iranien Nassim Soleimanpour a écrit un texte qui voyage à sa place...

Photo fournie par la production.

Partager

Luc Boulanger
La Presse

Nassim Soleimanpour est un artiste iranien et objecteur de conscience, ayant refusé de faire son service militaire obligatoire en Iran. Résultat: son passeport lui a été confisqué et l'auteur de 31 ans ne peut plus sortir de son pays. Il a donc écrit un texte qui voyage à sa place.

Traduite en 10 langues, Lapin blanc, lapin rouge est un solo livré chaque soir par un interprète différent. Ce dernier prend connaissance de l'oeuvre en même que les spectateurs. Parmi les acteurs invités à l'Espace Libre, qu'on annonce seulement au début de la représentation, on retrouve Sophie Cadieux, Monique Miller, Sébastien Ricard, Alexis Martin, Étienne Pilon... et un acteur de la scène politique, Amir Khadir.

Après Édimbourg, San Francisco, Toronto, Kingston et Vancouver, l'Espace Libre présente la pièce en français à partir de mercredi, dans une traduction de Paul Lefevbre.

Nous avons joint l'auteur par courriel à Téhéran.

Q: Comment avez-vous eu l'idée d'écrire une pièce qui ferait le tour du monde sans vous?

R: Il y a sept ans, j'ai fait un cauchemar où je me suicidais sur scène, devant le public, mes amis et mes parents! J'ai écrit un premier jet de Lapin blanc, lapin rouge d'après ce rêve. Quelques années plus tard, lorsque j'ai pris la décision d'écrire et de «jouer» en anglais, j'ai vu en ce thème un bon cadre où insérer mes autres idées.

Q: Chaque soir, un acteur différent lit la pièce et la découvre en même temps que le public, puisque aucune répétition ne précède la performance. Pourquoi interdisez-vous au comédien de prendre connaissance du texte à l'avance?

R: J'aime la pureté des instants, dans les répétitions, où le comédien fait de superbes «erreurs» en lisant le texte une première fois. Ce type de situation est propice à l'écriture, mais ce n'est pas facile d'écrire ainsi. Dans Lapin..., cette situation est partie intégrante de l'histoire. On détient des lapins rouges dans une cage; le comédien est prisonnier du texte; je suis retenu dans mon pays contre mon gré. Ces similarités permettaient de tisser une oeuvre solide.

Q: D'ailleurs, que raconte Lapin blanc, lapin rouge?

R: Lapin... est un drame «situationniste» plutôt qu'un récit. La pièce comporte quelques sous-récits: un lapin qui décide d'aller voir une pièce de théâtre au cirque, mon oncle qui mène d'étranges expériences sur des lapins, etc. Or, ces histoires sont toutes des éléments d'une situation qui aide l'acteur et le public à vivre une expérience ensemble.

Q: La production montréalaise marque la première francophone de votre pièce. Dans combien de pays a-t-on présenté Lapin blanc, lapin rouge?

R: La pièce a été présentée en plus de 10 langues, dans autant de pays, et cette première production en français devrait lui ouvrir de nouvelles portes.

Q: Après le spectacle, vous invitez les spectateurs à vous écrire par texto ou par courriel. Quel genre de commentaires recevez-vous? Les réactions varient-elles d'une ville à l'autre?

R: Ce sont les plus beaux messages que j'aie reçus de toute ma vie. Ils sont effectivement différents d'une ville à l'autre. Et pourtant, la plupart comportent des similitudes. Ils sont gentils, intelligents et pleins d'émotion.

Q: Que pouvez-vous nous dire sur le milieu théâtral à Téhéran, où vous vivez? Trouve-t-on beaucoup de troupes de théâtre, de dramaturges, de spectacles?

R: Téhéran compte quelques troupes de théâtre, mais très peu sont sans but lucratif. Le festival de théâtre le plus prestigieux en Iran est le festival Fadjr, qui a lieu en février depuis plus de 30 ans. En Iran, le théâtre est surtout gouvernemental; on y fait du théâtre sous la supervision directe du ministère de la Culture et de la Recherche.

Q: Un dramaturge iranien peut-il parler de ce qu'il désire dans ses pièces? Sans crainte d'être censuré?

R: Pour écrire en Iran, il faut tenir compte de certaines «règles»...

Q: Pouvez-vous être plus explicite?

R: Pas vraiment. Il faut bien comprendre le contexte...

Q: Croyez-vous que le théâtre (ou l'art) a le pouvoir de changer le monde en mieux?

R: Peut-être. Cependant, le théâtre (ou l'art) sert aussi à analyser le monde. Du moins, pour moi. C'est pourquoi j'écris: parce que j'ai des questions à propos de ce monde, et non par ambition personnelle.

Q: Que pensez-vous du regard de l'Occident sur votre pays? Au Canada ou ailleurs, les gens ont-ils une perception juste de l'Iran et de son peuple?

R: Je l'espère. Et je crois que les médias occidentaux essaient d'expliquer la situation. Règle générale, tout journaliste pourrait se méprendre sur l'Iran en raison des rapides changements qui l'animent. Or, ce n'est pas le cas en ce moment. Mais les écrivains ne sont pas des reporters. Ils racontent leurs propres versions d'un événement pour donner plus de relief à son essence.

Lapin blanc, lapin rouge, à Espace Libre. Du 28 novembre au 15 décembre.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

Les plus populaires : Arts

Tous les plus populaires de la section Arts
sur Lapresse.ca
»

publicité

la boite:1600147:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer