Christine la reine-garçon: beauté baroque

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David Boutin et Céline Bonnier, sublime Christine lors du deuxième acte.

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Luc Boulanger
La Presse

Michel Marc Bouchard a connu, en 1987, son premier grand succès avec un drame romantique à saveur historique : Les Feluettes. À en juger par l'accueil du public jeudi, il triomphera à nouveau cet automne au TNM. On reconnaît dans sa nouvelle création les leitmotivs de l'auteur et scénariste: amour impossible, ambiguïté sexuelle, sentiments nobles trahis. Dans le théâtre de Bouchard, le destin est trouble ou ne sera pas.

D'ailleurs, une scène érotique entre la reine Christine et son amante, la comtesse de Sparre, commentée par les figures de l'autorité morale et sociale, rappelle Bilodeau qui épie les ébats entre Vallier et Simon dans Les Feluettes.

La comparaison s'arrête là. Car la production du TNM est d'un autre cru : nous sommes dans l'histoire avec un grand H, avec des personnages épiques et des enjeux (politiques, moraux, religieux) plus vastes.

Au début de Christine la reine-garçon, l'intrigue met un peu de temps à s'installer. Le jeu aussi. (C'est normal, un soir de première.) Certains personnages secondaires frisent la caricature : Descartes, plus fou du roi que philosophe. Or, le rythme se resserre par la suite. Le texte semble battre au rythme du coeur de Christine de Suède qui, à force d'affronter des obstacles sur son chemin, se consume entre raison et passion.

De tous les dramaturges québécois contemporains, Bouchard est (avec Normand Chaurette) celui qui se soucie le plus de la beauté de la langue au théâtre. Pour le meilleur et pour le pire. Ici, son texte propose un bel équilibre entre le lyrisme et l'érudition (il contient des perles de dialogues entre ces grands esprits) et le récit théâtral.

L'auteur des Muses orphelines est un fin observateur de la nature humaine, il sait, à l'instar de Tennessee Williams, que personne ne peut compter sur la gentillesse des étrangers. Encore plus, si ces derniers se trouvent dans notre entourage... parmi la cour d'un palais en Suède au XVIIe siècle. Ou pire : dans sa propre famille. Christine de Suède, qui a reçu une éducation virile, est rejetée dès le berceau par sa mère qui souhaitait un garçon pour le trône.

Christine est défendue avec fougue et passion par Céline Bonnier. Si la comédienne semblait hésitante au début, elle est tout simplement sublime au deuxième acte, alors que la femme vulnérable succède à la souveraine colérique.

Parmi le reste de cette distribution haut de gamme, on se régale du jeu de Catherine Bégin en marâtre. Et aussi des performances très solides d'Éric Bruneau, de David Boutin et de Magalie Lépine-Blondeau.

Serge Denoncourt signe une mise en scène léchée (certaines images font penser à des tableaux de Magritte, de Lemieux et de maîtres hollandais). Le décor de Guillaume Lord est impressionnant, mais pas trop imposant. Les éclairages de Martin Labrecque soignés. Et les costumes de François Barbeau sont tout simplement des pièces de musée.

Au TNM jusqu'au 8 décembre.

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