Amuleto : un élan brisé

L'adaptation vive, physique et évocatrice que Catherine Vidal a faite du roman... (Photo: Yanick MacDonald)

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Photo: Yanick MacDonald

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L'adaptation vive, physique et évocatrice que Catherine Vidal a faite du roman Le grand cahier, reprise au Quat'sous en août dernier, l'a tout de suite placée parmi les artistes à surveiller. Déjà de retour au petit théâtre de l'avenue des Pins, elle offre un autre spectacle tiré d'un roman: Amuleto, d'après l'oeuvre de Roberto Bolaño. Son talent s'y déploie une fois de plus, mais le spectacle n'a pas, au bout du compte, la force de ses qualités.

Amuleto est de ces récits qui, à travers une anecdote, ont l'ambition d'évoquer un moment charnière de l'histoire d'une communauté ou d'un pays. Ici, c'est du «mai 68» des étudiants mexicains qu'il est question. En septembre de cette année de grands bouleversements en Occident, l'armée mexicaine a forcé l'évacuation de l'Université de Mexico. Restée seule dans les toilettes de l'institution désertée, Auxilio (Dominique Quesnel) revoit en songe de jeunes poètes mexicains, symboles d'une génération exaltée.

Catherine Vidal a opté pour un amalgame de scènes narrées et de scènes jouées, comme pour Le grand cahier. Le mouvement entre ces deux pôles s'avère toutefois moins éloquent et la narration a même tendance à prendre le pas sur l'action et l'interaction. La principale faiblesse du spectacle est d'ailleurs l'adaptation elle-même et non pas le travail de mise en scène.

On saisit mal l'importance donnée à certaines anecdotes (les scènes où il est question d'un «roi des prostitués»), alors que la personnalité, les ambitions littéraires et les idées politiques des jeunes poètes qu'Auxilio revoit en rêve sont si peu approfondis. Conséquence: leur élan brisé en plein vol nous laisse indifférents, alors qu'il devrait nous heurter de plein fouet.

Si Catherine Vidal peine à se détacher de la forme du roman et à faire vibrer son propos, son talent pour créer des atmosphères, jouer avec les conventions et diriger des acteurs ne fait aucun doute. L'accent trop «français de théâtre» d'Olivier Morin et Renaud Lacelle-Bourdon agace, bien sûr, surtout comparé à la juste neutralité de celui du troisième poète, Victor Andres Trelles Turgeon. Mais pour le reste, la distribution offre une performance juste et soutenue.

Les flottements narratifs de cet Amuleto ne font pas non plus d'ombre au doigté avec lequel la metteure en scène a orchestré les nombreux sauts dans le temps (notamment à l'aide d'astucieux jeux d'éclairages). Soulignons enfin que la manipulation en direct par les comédiens de l'environnement sonore s'avère aussi un choix fort intéressant, même si le spectacle n'a pas la portée poétique escomptée.

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Jusqu'au 16 décembre au Quat' sous.




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