Joëlle Lanctôt: la tête dans les nuages, les pieds sur terre

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Malgré le fait qu'elle joue actuellement le rôle le plus important de sa carrière, l'interprète de Mary Poppins au théâtre St-Denis, Joëlle Lanctôt, garde les pieds bien sur terre.

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Elle joue tout l'été le rôle-titre de Mary Poppins, au Théâtre St-Denis, mais Joëlle Lanctôt demeure inconnue du grand public. Encore récemment, on la voyait plutôt présenter des spectacles pour enfants à La Ronde. Qui est donc la comédienne qui fait sensation ces jours-ci à Montréal?

L'école: des hauts et des bas

Sur scène, vêtue de son élégant costume de Mary Poppins, Joëlle Lanctôt épate les spectateurs. Naturelle et juste dans son interprétation du personnage éponyme de l'oeuvre de Pamela L. Travers, reprise en 1964 par Disney, la comédienne originaire de Boucherville donne l'impression de jouer sur les planches de Broadway.

Ce talent et son succès n'étaient toutefois pas acquis pour la jeune femme de 30 ans. «Je ne viens pas d'une famille d'artistes, moi! J'ai deux parents comptables», dit-elle en éclatant de rire.

Sa passion pour le théâtre est d'abord née lorsqu'elle étudiait au collège Saint-Paul de Varennes. À l'âge de 16 ans, dans une troupe parascolaire, elle a interprété le rôle de la diva dans La légende de Jimmy, l'opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon, que le professeur d'arts de la scène, Jean-Guy Larin, avait adapté pour ses élèves.

«Joëlle, c'est quelqu'un qui s'est découvert un talent en étant dans le feu de l'action. Elle voulait toujours parfaire les numéros qu'elle faisait, on sentait sa volonté de constamment se dépasser», se souvient l'enseignant retraité.

L'arrivée dans les écoles

Après ses études secondaires, Joëlle Lanctôt a poursuivi son parcours en exploration théâtrale au cégep de Saint-Hyacinthe, tentant ensuite d'être admise dans les prestigieuses écoles professionnelles. Or, parce qu'elle était trop nerveuse en audition, on l'a toujours refusée.

«J'avais un complexe d'infériorité qui faisait que je me mettais beaucoup trop de pression en audition. J'en faisais tellement un plat de ne pas être une assez bonne "théâtreuse" que je perdais confiance en moi.»

Déçue, elle a rejoint malgré tout les rangs du programme d'interprétation en théâtre musical du collège Lionel-Groulx, à Sainte-Thérèse. «Répéter, répéter, répéter, être encadré, se garrocher sur le terrain, c'est ce dont on a tous besoin», explique la jeune comédienne.

«Joëlle est tellement rigoureuse dans son travail. Elle est extrêmement travaillante, dans le top du top des travaillantes au Québec», explique Marie-Pierre de Brienne, son ancienne coloc, qui la remplace cet été une fois par semaine dans le rôle de Mary Poppins.

Mais le travail acharné et la pression qu'elle s'est imposée ont eu raison de son équilibre de vie.

«Je consultais [un psychologue] parce que je ne comprenais pas comment on pouvait autant aimer un métier et autant le détester à la fois. [...] Quand on part d'une école, on a l'impression que l'on doit être capable de tout réaliser, de partir faire un stage de clown en Espagne, de travailler pour 10 $ l'heure dans un labyrinthe, de faire tous les personnages à l'impro, de se garrocher tout nu sur une scène. Mais moi, ces attentes me faisaient me sentir mal, je me demandais où était ma place», se rappelle la comédienne.

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Malgré le fait qu'elle joue actuellement le rôle le plus important de sa carrière, l'interprète de Mary Poppins au théâtre St-Denis, Joëlle Lanctôt, garde les pieds bien sur terre.

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Les auditions: une révélation

Après un passage remarqué dans le rôle de Rizzo dans l'adaptation québécoise de Grease, présentée par Juste pour rire à l'été 2015, Joëlle Lanctôt est comblée. Malgré ses moments de doute et d'anxiété, elle mesure pleinement qu'elle a bel et bien sa place dans le milieu de la comédie musicale au Québec.

Celle qui termine cette année son baccalauréat en psychologie, et qui prévoit poursuivre ses études au doctorat, déchante toutefois en apprenant que c'est Mary Poppins que Juste pour rire présentera l'année suivante.

«Je me suis dit: "Ah, c'est le fun pour Marie-Ève Janvier!" Je ne me voyais pas là. Je me disais qu'ils prendraient quelqu'un qui savait danser et chanter à la perfection. Ça prend un très haut niveau lyrique pour jouer ce personnage», se rappelle Joëlle Lanctôt.

Mais la vice-présidente aux opérations de Juste pour rire, Guylaine Lalonde, à qui Gilbert Rozon avait confié le mandat de produire pour la première fois de sa vie une comédie musicale en lui confiant le projet de Mary Poppins, l'avait déjà dans sa ligne de mire.

«Quand elle est arrivée en audition, elle était costumée. Elle avait acheté les vêtements de Mary Poppins sur l'internet. Je n'ai pas eu à convaincre [le metteur en scène] Serge Postigo. On s'est regardé et on s'est dit: "Wow, c'est elle"», raconte Mme Lalonde.

Selon la comédienne Julie Ringuette, qui a aussi auditionné pour le rôle de Mary Poppins, Joëlle Lanctôt apporte plusieurs éléments positifs à une équipe.

«C'est vraiment une fille pince-sans-rire qui rationalise les choses et qui ramène tout le monde les deux pieds sur terre», dit-elle en parlant de son amie.

Ramener les gens les deux pieds sur terre est certainement positif pour une production qui fait s'envoler chaque soir le personnage de Mary Poppins à l'intérieur du Théâtre St-Denis.

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Le succès: des critiques unanimes

Le 28 juin dernier, l'ensemble du gratin montréalais s'est réuni au Théâtre St-Denis pour la première médiatique de Mary Poppins. Le lendemain, les critiques étaient unanimes: les journalistes ont salué la performance de l'actrice et l'aspect grandiose de la production.

«Je me pince. Depuis 40 ans, je vois presque toutes les comédies musicales qui se font sur la planète. Quand Mary Poppins est sortie, je suis allé la voir à New York, mais je n'étais pas ébloui. Il manquait certains aspects [de magie]. Alors quand mon équipe m'a dit qu'elle voulait monter la pièce, je n'étais pas convaincu», se rappelle Gilbert Rozon, grand patron de Juste pour rire.

«Puisqu'ils insistaient, j'ai dit: "Go, on y va." Honnêtement, j'étais convaincu qu'on ne pouvait pas faire pire qu'à New York, et à New York, c'était déjà un hit. Je crois sincèrement qu'on a finalement fait mieux.»

«Les gens de Disney nous ont même dit qu'ils n'avaient jamais vu une aussi bonne production.»

Mais c'est quand on lui demande de commenter le travail de Joëlle Lanctôt que Gilbert Rozon fanfaronne, tentant au passage d'imiter les mimiques de la comédienne sur scène.

«Joëlle, elle est-tu bonne? Elle est écoeurante! La justesse de sa voix, de son jeu, c'est incroyable. [...] On s'est fait critiquer à l'époque en faisant passer 500 auditions, mais pour nous, il n'était pas question de prendre des membres de l'Union des artistes (UDA) ou pas. On voulait la meilleure», dit-il.

Chaque jour est un spectacle

Or, ce succès instantané - et cette critique élogieuse du patron de l'humour au Québec - ne déstabilise pas Joëlle Lanctôt, qui dit fièrement être la personne la plus terre à terre du bottin de l'UDA.

«Je me sens plus à ma place chaque jour, mais tout reste toujours à refaire. Ce métier-là, je l'aime d'amour, mais je ne lui fais pas confiance. C'est comme un amant passionnel. C'est pour ça que je continue mes études en psychologie», explique la comédienne, qui travaillait encore jusqu'à tout récemment sur la scène de Ribambelle de La Ronde, où sont présentés des spectacles pour enfants.

«C'est un rôle tellement demandant, autant physiquement que vocalement», complète pour sa part Marie-Pierre de Brienne, sa doublure dans la production.

«Mais quand on connaît Joëlle, on comprend pourquoi elle a été choisie. C'est un peu elle, la vraie Mary Poppins», conclut-elle.

***

Jusqu'au 13 août au théâtre St-Denis. 

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