Dieudonné devant la justice

Même si les saillies antisémites et racistes de... (Photo David Boily, archives La Presse)

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Même si les saillies antisémites et racistes de Dieudonné (ci-dessus) ont été très largement condamnées dans la classe politique et les médias, l'«interdiction préalable» de ses spectacles, assimilée par certains à une «censure», a suscité débat et malaise en France

Photo David Boily, archives La Presse

Alexandra TURCAT
Agence France-Presse
NANTES

La justice française se prononce jeudi sur l'interdiction dans plusieurs villes du pays des spectacles de Dieudonné, un humoriste condamné à de multiples reprises pour antisémitisme et injures raciales.

Une première décision était attendue à la mi-journée à Nantes où le comédien, un métis franco-camerounais de 47 ans, devait entamer dans la soirée une tournée avec son one-man-show «Le Mur», déjà rodé à Paris, dans lequel il multiplie les charges contre les juifs.

Son avocat, Me Jacques Verdier, qui plaide notamment la liberté d'expression, a assuré n'avoir «pas de doute» sur le fait que son client serait sur scène à Nantes.

Une victoire de Dieudonné constituerait un sérieux revers pour le gouvernement socialiste, en particulier pour le ministre de l'Intérieur Manuel Valls, très engagé sur ce dossier et qui s'est fait fort de «casser» la «mécanique de haine» développée par l'humoriste, bannie par les médias depuis plusieurs années, mais de plus en plus populaire sur les réseaux sociaux.

Pour le ministre, les spectacles de Dieudonné «ne relèvent en rien de la création artistique», mais sont des «rassemblements politiques» où il «déverse sa haine» des juifs. Pour justifier leur interdiction, il a invoqué le «risque de trouble à l'ordre public» et «l'atteinte au respect de la dignité humaine».

Même si les saillies antisémites et racistes de Dieudonné ont été très largement condamnées dans la classe politique et les médias, l'«interdiction préalable» de ses spectacles, assimilée par certains à une «censure», a suscité débat et malaise en France, y compris au sein des associations antiracistes et de la majorité de gauche.

Prise de risques

En début de semaine, la Ligue des droits de l'homme (LDH) avait estimé qu'une telle décision, «au fondement juridique précaire et au résultat politique incertain», pouvait s'avérer «contre-productive». Manuel Valls «prend le risque de fédérer autour de Dieudonné une sympathie réactionnelle de ceux qui se considèrent opprimés, socialement ou politiquement», avait mis en garde la LDH.

«Le rôle d'un responsable politique public, c'est de prendre des risques», a rétorqué jeudi le ministre, chahuté la veille au soir par des sympathisants d'extrême droite lors d'un déplacement à Rennes (ouest).

Mercredi, la porte-parole du gouvernement français Najat Vallaud-Belkacem s'était inquiétée «des esprits qui s'échauffent» autour de cette affaire. «Ce n'est pas de censure dont on parle, mais de justice», avait-elle affirmé.

Dans le passé, une quinzaine de municipalités françaises ont tenté d'interdire ses spectacles, mais la justice administrative leur avait toujours donné tort, au nom de la liberté d'expression.

La question divise également les Français: une faible majorité (52%) est favorable à l'interdiction, mais 64% pensent que la mesure ne sera pas efficace pour lutter contre l'antisémitisme, selon un sondage CSA pour le site Atlantico.fr.

Plusieurs humoristes ont également jugé que l'interdiction était «un cadeau» pour Dieudonné. «Plus il dit des choses que la loi interdit, plus il est populaire», a aussi estimé le politologue Jean-Yves Camus.

À Nantes, plus de 5500 personnes ont acheté leur place, vendue 43 euros (63 $CAN), pour le spectacle de Dieudonné.

Et sur les réseaux sociaux, l'audience de Dieudonné croît au fil de ses dérapages. Près de 500 000 personnes «aiment» sa page Facebook, et certaines de ses vidéos ont été vues plus de deux millions de fois sur internet.

La polémique Dieudonné intervient sur fond de montée de l'extrême droite en France, à trois mois d'échéances électorales. Si la présidente du Front national Marine Le Pen a pris ses distances avec le polémiste en se disant «choquée» par certains de ses propos, son père Jean-Marie Le Pen est le parrain d'un des enfants de Dieudonné.

Outre Nantes, plusieurs autres spectacles ont été annulés en France par les autorités locales et de nouvelles décisions de justice étaient attendues jeudi après-midi après des recours déposés par Dieudonné et par un spectateur.

Les avocats de Dieudonné ont aussi saisi mardi la Cour de justice de la République pour des «accusations attentatoires à l'honneur et à la considération», tenues par le ministre de l'Intérieur à son encontre, ont-ils affirmé, sans préciser lesquelles.




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