Ain't Misbehavin' : pas de révolution, que du plaisir!

Dans le Harlem bouillonnant des années 30, Thomas Fats Waller faisait figure de... (Photo: fournie par le Centre Segal)

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Daniel Lemay
La Presse

Dans le Harlem bouillonnant des années 30, Thomas Fats Waller faisait figure de héros. Ce fils de pasteur aimait la fête, ne manquait jamais de faire rire la galerie de mafieux et il était la star du stride, un style de piano qui faisait les belles nuits du Cotton Club et du Savoy.

Toute cette énergie, cette musique et cet humour se retrouvent fortement condensés dans Ain't Misbehavin' - The Fats Waller Musical Show, qui ouvre la saison théâtrale du Centre Segal des arts de la scène.

Coproduit par la maison montréalaise Copa de Oro, ce musical mis en scène par Roger Peace (Mahalia) est source de pur plaisir même s'il ne transforme pas le genre ou, on peut le supposer, la production originale de Broadway en 1978 (livret de Murray Horwitz et de Richard Maltby).

L'âme de Harlem

En scène, cinq personnages noirs et cinq musiciens blancs. Ce choix peut apparaître comme un écart par rapport à la réalité historique, voire à l'esprit de la pièce - Harlem était le haut-lieu de la culture noire américaine -, mais ne nuit en rien à la qualité musicale du spectacle. Le pianiste et chef d'orchestre Chris Barillaro n'est pas un spécialiste du stride, mais il rend bien «l'âme» de la musique de Fats Waller.

On connaît depuis longtemps le talent de chanteuse de Kim Richardson, présentée en haut de l'affiche, subtile à souhait dans Mean to Me, puissante et drôle dans Cash Your Trash.

LA découverte d'Ain't Misbehavin', par ailleurs, est diplômée du collège Dawson et a pour nom Aiza Ntibarikure, un talent rare, explosif, qui a fait partie de la distribution de Hairspray (Kim Richardson y jouait aussi), musical mis en scène par Denise Filiatrault, l'été dernier pour Juste pour rire.

Entourée de «géants», cette petite dame d'à peine 50 kg produit son effet chaque fois qu'elle s'avance sur scène, que ce soit pour chanter (Yacht Club Swing, Keeping Out of Mischief Now), danser ou jouer la comédie. Notons que, outre des one-liners et de brefs échanges entre les chansons, Ain't Misbehavin' ne comprend aucun dialogue à proprement parler.

Entertainer absolu

Le liant, l'identité de ce musical oserait-on dire, repose toutefois sur les larges épaules et le regard de Michael-Lamont Lytle qui s'avère ici l'entertainer absolu. Excellent chanteur et danseur - il a déjà travaillé avec Céline Dion et le Cirque du Soleil -, Lytle est avant tout un grand comédien comme il le prouve dans Your Feet's Too Big et dans Fat and Greasy où la foule crie son plaisir.

Même si la cohésion est totale, tant du point de vue gestuel qu'harmonique (ça ne danse pas beaucoup par contre), Lytle vaut à lui seul le prix d'entrée. Présence...

La distribution est complétée par l'Ontarienne Toya Alexis, artiste de la suraiguë et bonne comédienne, et par le rapper montréalais Jonathan Emile qui offre une spectaculaire interprétation de la pièce The Viper's Drag. Dans le Harlem du temps, une vipère était ce que l'on appellerait en québécois un «fumeux de pot» et il est ici question d'un joint de cinq pieds - «Pas trop heavy, pas trop fort» - à déguster avant que la police n'arrive.

Fats Waller (1904-1943) aimait le scotch et s'envoyait peut-être aussi un petit reefer avant de s'installer au piano dans un dive de Harlem. Pas besoin de ça pour apprécier sa musique, drogue douce tout ce qu'il y a de légal.

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Ain't Misbehavin' - The Fats Waller Musical Show, présenté au Centre Segal des arts de la scène jusqu'au 20 octobre (segalcentre.org).




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