Éloïse Lepage / Petits tableaux: venir au monde

C'est la grossesse d'Éloïse Lepage et la naissance... (Photo Martin Chamberland, La Presse)

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C'est la grossesse d'Éloïse Lepage et la naissance de son fils qui l'ont décidée à plonger dans les eaux troubles d'Anne-Si, droguée, prostituée... qui se bat pour s'en sortir.

Photo Martin Chamberland, La Presse

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Mario Cloutier

Éloïse Lepage publie un beau premier roman chez XYZ. Petits tableaux raconte l'histoire d'une mère prostituée - et, non, ce n'est pas une autofiction.

C'est l'histoire de naissances salvatrices. Toutes les naissances le sont un peu dans un espace qu'on pourrait nommer «miracle». C'est là que se rencontrent l'auteure Éloïse Lepage et Anne-Si, personnage central de son premier roman Petits tableaux. Les deux femmes ont vécu la difficulté et l'épanouissement de la mise au monde.

«Je n'écrivais pas par peur que ça ne fonctionne pas, raconte la jeune femme de 33 ans. En ayant un enfant, je me suis rendu compte qu'il fallait plusieurs essais avant que ça marche. Je ne voulais pas donner à mon fils l'image de quelqu'un qui n'essaie pas, par peur de l'échec. Je me suis mise au travail.»

Ce livre, elle le porte depuis 10 ans en elle. Cela a commencé par l'écriture d'une nouvelle à l'université. Son travail d'enseignante dans les milieux défavorisés ainsi qu'auprès de jeunes décrocheurs l'a ensuite alimenté.

Mais c'est sa propre grossesse - venue après des années d'espoir et d'efforts - et la naissance de son fils qui l'ont enfin décidée à plonger dans les eaux troubles d'Anne-Si, droguée, prostituée... qui se bat pour s'en sortir.

«Ce n'est pas la prostitution qui la définit, souligne-t-elle. Ce n'est pas un livre à propos de ça. C'est l'histoire d'une mère qui essaie d'être adéquate. Ce chemin qu'elle a pris, c'est malgré elle.»

Loin de la rue

Le chemin d'Éloïse Lepage, lui, est baigné de bonheur: une enfance bercée d'histoires racontées par le père, un entourage aimant, un mari et un enfant qu'elle adore. La rue, elle n'y a jamais été.

«Je ne crois pas que je pourrais écrire quelque chose de très autobiographique. J'ai besoin d'aller loin de moi afin de pouvoir travailler dans le doute et me surpasser. Mais je ne suis pas attirée par les sujets "happy"», reconnaît-elle.

Il n'y a tout de même rien de la colère et de la détresse de Nelly Arcan chez Éloïse Lepage, malgré une ouverture de roman en mode majeur, double tout croche: «Je me masturbe avant d'aller travailler, c'est ma routine. J'atteins un faible orgasme, le genre qui déçoit. Je me lave les mains et le visage. Mes joues accueillent l'eau du robinet comme un gendre accueille sa belle-mère; sans agrément, avec obligation. J'attaque mes peintures de guerre. Je me maquille beaucoup pour être sûre qu'on me prenne pour ce que je suis.»

Style cru

Le destin d'Anne-Si se déploie telle une fleur qui pousse parmi les déchets. Dans un style cru, ne brimant pas des élans poétiques, ainsi qu'à l'aide de courts chapitres et de constants allers et retours dans le temps, Éloïse Lepage crée un rythme, une musique de blues.

«J'ai une façon d'écrire qui est très fragmentée, dit-elle. Je ne sais pas si je pourrais écrire un roman de a à z. Avec le recul, je crois que cette façon de faire apporte au récit. Je suis de la génération vidéoclip. Je pense en capsules. J'aimais aussi le fait que chaque tableau soit complet en soi.»

Son style permet de créer une certaine distance avec la douleur. Les sujets abordés touchent à la maternité versus la sexualité, la drogue, la fin d'une grande amitié, les difficiles relations mère-fille, mais le livre ne respire pas la tragédie pour autant.

«L'emploi du "je" me permettait de donner la parole à Anne-Si sans la juger ou banaliser la prostitution. Pour moi, c'était important que ça finisse bien aussi. Je le sentais comme ça. Il y a de la lumière dans cette histoire, et pas qu'à la fin», estime-t-elle.

La lumière dans ce premier livre vient surtout de l'enfant d'Anne-Si, David. Les enfants seront également au centre du prochain roman d'Éloïse Lepage. Mais, pour l'instant, elle savoure les joies de l'enfantement.

«Depuis que je suis petite, dit-elle, je veux écrire. Ma victoire, c'est d'avoir terminé le roman et de l'avoir présenté aux éditeurs. Si c'est publié, c'est un plus. Si c'est aimé, c'est le summum.»

Petits tableaux

Éloïse Lepage

XYZ, 122 pages




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